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Roglic, Quintana ou Lopez : qui sont les favoris de la Vuelta ?

Roglic, Quintana ou Lopez : qui sont les favoris de la Vuelta ?

Le 24/08/2019 à 08:53Mis à jour Le 24/08/2019 à 08:55

TOUR D’ESPAGNE – La Vuelta est par habitude imprévisible, parce qu’il y est surtout question de fraîcheur, autant physique que mentale. Face à la difficulté de choisir un leader, plusieurs équipes prendront donc le départ avec deux cadors. Face aux duos de Jumbo-Visma, Astana et même Movistar, pourtant privée de Carapaz, les leaders isolés devront être inventifs.

Primoz Roglic (29 ans, Jumbo-Visma)

Le Slovène est en conquête. Lui le spécialiste des courses d’une semaine, quasiment imbattable dans l’exercice (cinq victoires en six courses World Tour disputées depuis janvier 2018), vise désormais plus grand et court après son premier Grand Tour. Le premier essai avait été prometteur, sur le Tour de France, il y a un peu plus d’un an (4e à Paris). Mais le dernier Giro, où Primoz Roglic était arrivé avec le statut de grandissime favori s’est achevé dans l’amertume avec une troisième place, loin des attentes, arrachée de justesse.

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Cette Vuelta doit être l’occasion de remettre les pendules à l’heure. Le Slovène n’a quasiment pas couru depuis l’arrivée à Vérone, disputant seulement son championnat national au début de l’été. Il pense aux routes espagnoles depuis des mois et il y arrive avec deux arguments massues : il est le meilleur rouleur parmi les favoris, et a la meilleure équipe en montagne. Il faudra seulement réussir à se mettre d’accord avec Steven Kruijswijk, troisième du dernier Tour de France et qui lui aussi, se verrait bien en rouge à Madrid.

Nairo Quintana (29 ans, Movistar)

Citer Nairo Quintana parmi les favoris d’un Grand Tour, c’est se demander ce qui compte le plus entre les références du Colombien sur les courses de trois semaines et ses résultats, depuis trois ans. Personne n’a oublié ses trois podiums sur le Tour de France ou ses victoires finales sur le Giro (2014) et la Vuelta (2016), mais tout ça commence à dater. Eusebio Unzué, le patron de Movistar, l’a bien compris et ça fait un moment maintenant qu’il n’a pas complètement donné les clés du camion à son grimpeur sud-américain. Depuis trois saisons, Quintana doit presque systématiquement partager le leadership, et quand c’est le cas, il fait très souvent moins bien que son coéquipier.

Nairo Quintana (Movistar)

Nairo Quintana (Movistar)Getty Images

Sur cette Vuelta, une nouvelle fois, il devra donc faire face à une concurrence interne avant même de penser à ses autres rivaux. Richard Carapaz, forfait de dernière minute, lui retire une épine du pied, mais Alejandro Valverde, encore cinquième du Tour d’Espagne il y a un an, pourrait être un coéquipier encombrant. C’est pour ça, notamment, que le Colombien a décidé de quitter le navire l’hiver prochain. Il lui reste une opportunité d’offrir un joli cadeau de départ.

Miguel Angel Lopez (25 ans, Astana)

Jusqu’ici, la progression du Colombien sur les Grands Tours était assez linéaire. Un abandon pour apprendre, puis un premier Top 10 (Vuelta 2017), avant les podiums (Giro 2018 et Vuelta 2018). Mais le dernier Tour d’Italie, où Miguel Angel Lopez a été malchanceux, beaucoup, et décevant, un peu, est venu enrayer la machine. Septième à Vérone, le grimpeur pouvait être frustré, lui qui, privé de Tour de France une année de plus par son manager Alexandre Vinokourov, comptait bien montrer qu’il avait les capacités de l’emporter sur trois semaines.

Miguel Angel Lopez lors de la 15e étape

Miguel Angel Lopez lors de la 15e étapeGetty Images

Comme pour d’autres, ce Tour d’Espagne montagneux est l’occasion de rendre réussie une saison jusqu’alors mitigée. "Superman", comme il se fait surnommer, aura un terrain à sa convenance, vu le nombre d’arrivées en altitude, à condition de ne pas laisser filer de précieuses secondes sur les rares étapes de plaine. Lopez ne sera jamais le premier Colombien à remporter le Tour, ce que Bernal a fait il y a quelques semaines, mais il pourrait être le troisième à remporter la Vuelta, après Herrera et Quintana.

Jakob Fuglsang (34 ans, Astana)

Le Danois a quitté le Tour meurtri, incapable de défendre ses chances alors qu’on le présentait comme l’un des grands favoris. Mais il sera là au départ de Torrevieja, et ce ne serait pas la première fois qu’un coureur frustré et blessé au mois de juillet prendrait sa revanche à la fin de l’été. En 2014, Alberto Contador était ainsi revenu montrer à tout le monde qui est le patron. Jakob Fuglsang n’a pas le même statut que l’Espagnol à l’époque, mais sa volonté de victoire sur un Grand Tour reste intacte.

Lopez Fuglsang

Lopez FuglsangGetty Images

A 34 ans, il vit sa meilleure saison, avec une campagne de classiques prolifique, ponctuée par un succès de prestige sur Liège-Bastogne-Liège, et une victoire finale sur le Critérium du Dauphiné. La cohabitation avec Miguel Angel Lopez pourrait s’avérer électrique, sur cette Vuelta, mais Jakob Fuglsang, qui vient de prolonger jusqu’en 2021 avec Astana, peut compter sur une confiance toute particulière de son manager, Alexandre Vinokourov.

Steven Kruijswijk (32 ans, Jumbo-Visma)

Au moment de dévoiler son équipe pour la Vuelta, Jumbo-Visma a distribué les rôles. Le patron s’appelle Primoz Roglic et Steven Kruijswijk est un "leader de substitution". Pas de co-leadership façon Ineos, donc, bien que l’équipe néerlandaise avait testé cette formule sur le Tour de France 2018, avec succès (Roglic 4e, Kruijswijk 5e). Mais cette fois, la hiérarchie est sans doute dictée par l’état de fraîcheur des deux coureurs : le Néerlandais, troisième de la Grande Boucle, a eu moins de quatre semaines pour se préparer avant le départ de Torrevieja, c’est trois fois moins que son coéquipier slovène.

Winner Egan Bernal (Team INEOS) of Colombia, Second Placed Geraint Thomas (Team INEOS) of Great Britain and third placed Dutch Steven Kruijswijk (Team Jumbo-Visma) of The Netherlands celebrate during trophy ceremony on the Champs-Elysees avenue in Paris

Winner Egan Bernal (Team INEOS) of Colombia, Second Placed Geraint Thomas (Team INEOS) of Great Britain and third placed Dutch Steven Kruijswijk (Team Jumbo-Visma) of The Netherlands celebrate during trophy ceremony on the Champs-Elysees avenue in ParisGetty Images

Pourtant, Kruijswijk a légèrement changé de statut pendant l’été. Il a décroché son premier podium sur trois semaines, derrière Egan Bernal et Geraint Thomas, le duo d’Ineos. Si son attentisme a pu lui être reproché, parfois, il a sans doute décroché le meilleur résultat qu’il pouvait espérer. Surtout, le bonhomme connaît les routes espagnoles et sait comment y briller. Il y a un an, il avait même parfaitement su enchaîner Tour de France et Vuelta, avec une cinquième place à Paris et une quatrième à Madrid.

Alejandro Valverde (39 ans, Movistar)

Il était déjà difficile de lire les plans de Movistar, et c’est encore pire depuis le forfait de dernière minute de Richard Carapaz, qui vient redistribuer les cartes. Alejandro Valverde, maillot de champion du monde sur le dos, devait venir sur cette Vuelta pour jouer les étapes. Mais on ne se refait pas à 39 ans et faire une croix sur le maillot rouge d’entrée semble en vérité une fausse promesse de la part de l’Espagnol.

Alejandro Valverde, Vuelta a España 2019

Alejandro Valverde, Vuelta a España 2019Getty Images

Sur le dernier Tour de France, déjà, l’idée était d’abandonner le classement général avant même le départ. Mais une fois la course lancée, Alejandro Valverde est bien incapable de perdre du temps volontairement, et ses qualités naturelles l’avaient mené à la neuvième place à Paris. Sur des routes espagnoles qu’il connaît par cœur, l’écarter de la bagarre trop prématurément serait une erreur. Il y a un an, il était encore deuxième du général à quarante-huit heures de l’arrivée. Il avait finalement terminé cinquième à Madrid, à 38 ans.

Wout Poels (31 ans, Ineos)

"On aimerait lui donner sa chance sur un Grand Tour, il le mériterait." Les mots sont de Nicolas Portal, directeur sportif d’Ineos, sur le Tour de France 2018. Depuis qu’il a rejoint Sky il y a bientôt cinq ans, Wout Poels a toujours été un lieutenant modèle, au service de Chris Froome, Geraint Thomas et récemment Egan Bernal. Mais jamais il n’avait endossé le statut de leader sur une course de trois semaines, ce qu’il va donc expérimenter sur cette Vuelta, à 31 ans.

Wout Poels célèbre sa victoire lors de la 7e étape du Critérium du Dauphiné 2018

Wout Poels célèbre sa victoire lors de la 7e étape du Critérium du Dauphiné 2018Getty Images

L’opportunité est belle pour le Néerlandais, grimpeur reconnu, adepte des très forts pourcentages, qui avait par exemple volé sur l’Angliru, en 2017, en emmenant dans sa roue Froome et Contador. Jusqu’à maintenant, il est aussi le porte-bonheur de l’équipe britannique. A chaque fois qu’il a été aligné sur le Tour de France, le Giro ou la Vuelta, c’est-à-dire six fois au total, Sky, devenue Ineos, a gagné. Si la série se poursuit, c’est donc qu’il sera probablement en rouge à Madrid.

Rigoberto Uran (32 ans, Education First)

Il est déjà monté deux fois sur le podium du Giro, une fois sur celui du Tour de France, mais jamais sur celui de la Vuelta. Rigoberto Uran a une anomalie à réparer. Septième il y a un an à Madrid, le Colombien, le plus ancien d’une génération qui s’est mise à régner sur les Grands Tours, n’a jamais été un grand attaquant. En montagne, pas aidé par une équipe régulièrement limitée à ses côtés, il se contente de suivre autant qu’il peut. Il n’est pas du genre à risquer de tout perdre pour gagner.

Rigoberto Uran lors de la première étape du Tour de Colombie

Rigoberto Uran lors de la première étape du Tour de ColombieGetty Images

Il ne courra probablement pas différemment, à partir de samedi sur la Vuelta, mais restera un adversaire redoutable, celui que tout le monde voudra décrocher pour être sûr de ne pas le traîner trop longtemps sur le porte-bagages. Après sa fracture de la clavicule sur Paris-Nice, il a observé une longue coupure et il arrivera à Torrevieja relativement frais, même s’il a disputé le Tour de France en juillet. Sans faire de bruit, comme souvent, Uran avance ses pions.

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