A quoi pense Primoz Roglic quand il se souvient de mars 2018 ? Ce temps où il n'était pas (encore) une terreur des courses à étapes ? Vainqueur d'un jour sur Tirreno-Adriatico, il avait terminé 29e du général. Une chute sur la deuxième étape avait sonné le glas de ses ambitions. Depuis, le vainqueur de la Vuelta évite tous les pièges et prend place dans le top 5 de toutes les courses à étapes qu'il achève. Un monstre de régularité et le meilleur coureur du monde dans l'exercice.

Pour simplifier le propos, conservons seulement les succès en World Tour de Primoz Roglic. Depuis ce fameux Tirreno-Adriatico 2018, le Slovène a pris part à dix courses à étapes World Tour. Il en a remporté sept, les seuls Giro 2019 et Tours 2018 et 2020 lui échappant. Sept classements généraux en trois saisons, c'est exceptionnel évidemment. Sur la même période, Bernal en a remporté trois, Porte, Kwiatkowski, Thomas, Valverde et Yates deux. Le boulimique Roglic ne laisse que des miettes.

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Les résultats de Primoz Roglic sur les courses à étapes World Tourd depuis Tirreno-Adriatico 2018

CourseRésultat
Tour du Pays Basque 20181er
Tour de Romandie 20181er
Tour de France 20184e
UAE Tour 20191er
Tirreno-Adriatico 20191er
Tour de Romandie 20191er
Giro 20193e
Vuelta 20191er
Tour de France 20202e
Vuelta 20201er

Comment expliquer un tel appétit premièrement et une telle domination deuxièmement ? Primoz Roglic, on le sait, vient du saut à ski. Son arrivée dans le vélo s'est faite sur le tard puisqu'il a découvert le monde professionnel à 23 ans et l'élite du cyclisme, à 26. Il a moins couru que les autres coureurs de son âge et se trouve actuellement, à 31 printemps, en pleine maturité physique sans souffrir de la lassitude due au poids des années. Ses qualités de rouleur en font un adversaire létal sur les courses d'une semaine où le chrono joue un rôle majeur C'est là qu'il fait la différence avant de gérer son avantage en montagne, ce que ses détracteurs lui reprochent.

Jamais il n'écrase la course en montagne

Le style Roglic, n'est pas populaire. C'est un euphémisme mais force est de constater qu'il est terriblement efficace. Sa Vuelta 2020 est d'ailleurs un beau résumé de sa manière de remporter des courses prestigieuses. Jamais, ou presque, il ne se met en position d'écraser la course au risque de tout perdre. Depuis le début de son règne, il n'a jamais obtenu plus de 13 secondes d'un coup sur ses adversaires en montagne. C'était à l'Alto de Moncalvillo face à Richard Carapaz, précisément sur le Tour d'Espagne qu'il vient de remporter.

Primoz Roglic

Crédit: Getty Images

Pour le reste, c'est donc le chrono et les bonifications qui lui permettent de devancer ses rivaux. "Je suis fasciné par ce mec, il est hyper professionnel, il se comporte en leader sur le vélo. Je ne crois pas qu'il soit le plus talentueux, mais il fait tout bien", expliquait l'ancien vainqueur du Tour, Andy Schleck, à La Provence en septembre. Coureur complet s'il en est, Roglic est meilleur que tous ses adversaires à peu près partout. Seule la montagne échappe donc à sa domination mais rares sont les coureurs capables de lui faire vivre l'enfer.

Enfin, et ce n'est pas la partie la moins importante de sa domination, Roglic possède une armada à son service. Au fil des ans, Jumbo-Visma progresse jusqu'à atteindre un niveau ahurissant cette saison. La force de la formation néerlandaise épouse parfaitement le style de Roglic. Grimpeur-rouleur, il abhorre les changements de rythme. Elle lui permet en outre de parer à tout imprévu, chose importante pour lui.

Jumbo-Visma ou Roglic, qui a le plus de mérite ?

Bogdan Fink, patron de sa première équipe, Adria Mobil, ne disait d'ailleurs pas autre chose à 20 minutes : "Avec nous, il avait besoin de tout prévoir, quand il allait prendre un bidon, quand il allait attaquer, tout". Jumbo-Visma et Roglic c'est le duo gagnant d'un cyclisme moderne, qui calcule tout. Un cyclisme d'ailleurs que la nouvelle génération, beaucoup plus offensive et audacieuse à l'image de Tadej Pogacar ou Remco Evenepoel, tend à ringardiser.

Primoz Roglic doit-il s'excuser d'avoir la meilleure équipe du monde ? Doit-il se priver de sprinter pour aller chercher des bonifications ? Rouleur, grimpeur, puncheur, sprinteur honnête, il correspond au profil-type d'un vainqueur de courses à étapes. Autre question : qui de lui ou de son équipe a le plus de mérite dans ses succès ?

Le maillot rouge Primoz Roglic, bien encadré par ses coéquipiers de la Jumbo-Visma lors de la 14e étape de la Vuelta 2020

Crédit: Getty Images

Chacun peut avoir son interprétation. Un indice cependant : aucun autre coureur de Jumbo-Visma n'a remporté de classement général sur la période. Steven Kruijswijk a eu sa chance sur la Vuelta 2018 et le Tour 2019 sans la saisir. En attendant d'avoir une réponse plus claire, quand Tom Dumoulin retrouvera sa forme par exemple, force est de constater que personne ne fait mieux que Primoz Roglic dans l'exercice. Si seulement ce Tour de France ne lui avait pas échappé, le tableau serait complet.

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