Nous sommes le 14 septembre 2003, jour de la 9e étape du 58e Tour d’Espagne, jour d’une grande étape de montagne entre Vielha et le Port d’Envalira par-delà le Port de la Bonaigua et le Port del Canto. Tout le monde attend le grand favori, Roberto Heras (US Postal), ou alors les Ibanesto.com, ou encore le grimpeur de la Kelme, Oscar Sevilla. C’est pourtant un jeune coéquipier de Sevilla, Alejandro Valverde, qui va s’imposer, au sprint, à la surprise générale.
Le Murcien de 23 ans n’est déjà plus un inconnu depuis son succès en avril sur les routes du Tour du Pays Basque, mais personne ne l’imaginait capable de jouer avec les meilleurs en haute montagne. Pour lui, pour ses adversaires, pour le monde entier, c’est une révélation, le lancement d’une carrière exceptionnelle et le début d’une histoire sans pareille avec la Vuelta.

92% de Tours d’Espagne conclus dans le top 10

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08/10/2022 À 14:47
Vendredi soir à Utrecht, vingt ans après ses débuts dans une des rares Vuelta dont il n’aura pas vu l’arrivée (abandon en 2002 et 2021), Valverde s’alignera sur le Tour d’Espagne pour la 16e fois de sa carrière. Lorsqu’il a vu l’arrivée, soit quatorze fois, le Murcien n’a fini qu’une seule fois en dehors du top 10 du général, en 2016 (12e), la seule année de sa carrière où il avait décidé de s’aligner sur les trois Grands Tours, à 36 ans. Autant dire qu’il en faut beaucoup pour ne pas le voir aux avant-postes.
Alejandro Valverde sur la Vuelta, c’est une victoire, sept podiums (2e en 2006, 2012 et 2019, 3e en 2003, 2013 et 2014), dix tops 5 et donc douze tops 10 en treize éditions bouclées. Un bilan exceptionnel. Multiplier les tops 10, le Murcien l’a également réussi sur le Tour de France (sept fois en douze Tours terminés). La différence, majuscule, est qu’il n’a jamais réussi à gagner le Tour, ne parvenant pas à faire mieux que troisième (2015), même lorsqu’il semblait au-dessus de la concurrence.

Alejandro Valverde (Caisse d'Epargne), vainqueur de la Vuelta 2009 devant Samuel Sanchez (Euskaltel-Euskadi) et Cadel Evans (Silence-Lotto)

Crédit: Getty Images

Bien que tout le monde ait parfois tendance à l’oublier, Valverde a bel et bien gagné un Grand Tour : la Vuelta 2009. Un succès hautement symbolique dans la carrière de l’Espagnol.

2009, la consécration pour la dernière du maillot de "oro"

Cette année-là, il s’était senti "libéré" et expliquait alors, pour RTS : "J'avais très envie de gagner un grand Tour. Je savais qu'avec de la chance je pouvais le faire". L’humilité, encore et toujours. Un maître mot dans les discours du Murcien. Mais ce n’était pourtant pas la chance qui lui avait permis de remporter le général devant Cadel Evans et Samuel Sanchez, plutôt son calme, sa gestion de ses efforts et une régularité à toute épreuve.
Leader dès la 9e étape, il n’avait plus quitté la tunique de leader, même lors de la 14e étape à La Pandera. Sous la pluie qu’il déteste, et qui le lui rend bien, l’Espagnol passe tout près de connaître un de ses fameux jours sans.
Distancé par les autres favoris, à l’arrêt, ou presque, il semblait irrémédiablement lâché avant de se reprendre, de revenir sur ses adversaires, de les dépasser un à un pour consolider sa tunique or de leader, qu’il aura été le dernier à porter avant le passage au maillot rouge l’année suivante. Comme si la Vuelta ne voulait pas souiller les souvenirs d’un Valverde paré d’or pour la première fois de sa carrière et qui attendra les Mondiaux 2018 pour l’être une deuxième fois.

Alejandro Valverde

Crédit: Eurosport

"Le plus fort a gagné, dira d’ailleurs Sanchez après la Vuelta 2009. Le plus important c'est la régularité et celui qui a eu le moins de mauvais moments, c'est Valverde". Une déclaration des plus ironiques au regard de la carrière jusqu’ici du Murcien en Grand Tour.

Le cruel souvenir de 2006

Coureur exceptionnel, capable de s’imposer sur tous les terrains, Alejandro Valverde n’a jamais été l'attentiste que beaucoup stigmatisent. Bien au contraire : jusqu’à 2009, l’Espagnol était toujours l’un des premiers à attaquer, à faire la course de loin. Si le Galibier, par exemple, est le théâtre connu de la première grosse attaque de Contador sur le Tour de France 2007, personne ne se souvient que Alejandro Valverde avait été le premier à attaquer, par deux fois, à plus de 40 kilomètres de l’arrivée. Mais, ces efforts, le Murcien les a lui souvent payés.
Parfois en contre-la-montre (Tour 2007), souvent en haute altitude (Tour 2008 et 2014, Giro 2016), y compris sur la Vuelta, dont l’édition 2006 aura été l’une des plus cruelles pour le natif de Monteagudo. A 26 ans, Valverde était au sommet de son art et sortait d’un Tour qu’il avait abandonné sur chute après seulement trois jours de course.
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Le Tour d’Espagne semblait à sa portée et cela s’était confirmé puisqu’il aura porté huit jours le maillot de leader. Mais il s’était écroulé lors de la 17e étape vers Grenade, isolé et attaqué de toute part par les deux Kazakhs d’Astana Kashechkin et Vinokourov, le vainqueur final. Une désillusion terrible dont Valverde aura fini par se remettre. Comme il s’est toujours remis de tout, d’ailleurs. Toujours sur la Vuelta.

Des records à la pelle pour Mr. Vuelta

C’est sur l’épreuve espagnole qu’il retrouve son meilleur niveau en 2012, après son année et demie de suspension pour l’affaire Puerto. C’est sur la Vuelta 2018 qu’il se bagarre de nouveau pour le classement général d’un Grand Tour, plus d’un an après sa terrible chute sur le Tour 2017. Valverde a souvent été payé en retour d’une loyauté quasi-totale à la Vuelta, avec seize participations - et quatre absences involontaires (blessé en 2005 et 2017, suspendu en 2010 et 2011) - sur vingt-et-une possibles. Le Murcien aura seulement choisi de faire l’impasse en 2007. Difficile, alors, de contredire Javier Guillén lorsqu'il parle de Valverde et de sa loyauté pour l’épreuve.

Valverde sur les raisons de sa longévité : "Ce n’est pas un sacrifice de prendre soin de moi"

"L’image de Valverde dépasse son palmarès, qui est déjà inégalé en soi., expliquait l’an dernier le directeur de La Vuelta. Il représente le sourire permanent, l’effort personnifié, la loyauté envers une équipe et une course, l’implication avec les fans…Alejandro est l’une des personnalités les plus importantes du sport espagnol du 21e siècle. C’est un coureur qui fait partie de l’identité de la course, non seulement au niveau cycliste, mais aussi au niveau sportif en général."
Tout dans sa carrière aura poussé Valverde à une évidence : faire ses adieux aux Grands Tours, en 2022, sur les routes de la Vuelta.
Ainsi s’achèvera une histoire riche en rebondissements, en déceptions et en succès, notamment sur la Vuelta donc, où Alejandro Valverde détient le record de podiums (7), de victoires au classement par points (4) et au classement du combiné (3), sans oublier 12 victoires d’étapes. Une 13e et dernière victoire bouclerait la boucle des Grandes Boucles et renfermerait en beauté la carrière de l’un des plus grands cyclistes de l’histoire. Peut-être le plus grand d’Espagne. Définitivement Monsieur Vuelta.
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