Vuelta 2023 | Jeunisme et course à la pépite : A la recherche du prochain Evenepoel

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Les réussites de Lenny Martinez et à un degré moindre de Romain Grégoire sur le Tour d'Espagne ont mis la lumière sur la formation au sein de la Groupama-FDJ. Avec son équipe de développement, l'équipe de Marc Madiot a créé un exemple que ses homologues français tendent à suivre. Après Tadej Pogacar ou Remco Evenepoel, tout le monde cherche la prochaine pépite.

L'ombre de Remco Evenepoel

Crédit: Getty Images

La tendance est-elle en train de s'installer ? Faut-il avoir plus ou moins de 30 ans pour remporter un grand tour dans le cyclisme moderne ? A l'exception de Primoz Roglic (3 Vuelta et 1 Giro), tous les vainqueurs depuis 2019 affichent moins de 30 printemps et quatre (Bernal, Pogacar et Evenepoel) étaient bien plus près du début de leur carrière que de la fin. Un phénomène qui pousse de plus en plus d'équipes professionnelles à axer leur stratégie sur la formation. Les champions d'aujourd'hui étant déjà financièrement intouchables pour 95% du peloton, chacun veut trouver les prochains en se servant à la source.
Sport lancé dans une évolution exponentielle depuis une dizaine d'années, le cyclisme voit ses habitudes changer extrêmement rapidement : entraînement, stratégie, nutrition et donc… détection et formation. Groupama-FDJ s'est ainsi dotée d'une équipe au niveau continentale (3e division) qui fait office de dernière pépinière avant le haut niveau. Un modèle que va suivre Arkéa-Samsic en 2024, tout comme AG2R-Citroën qui coupera l'an prochain les ponts avec son centre de formation à Chambéry pour créer sa propre structure.

Aujourd'hui les juniors, demain les cadets ?

Directeur sportif de Groupama-FDJ sur la Vuelta, Benoît Vaugrenard est aussi responsable de la détection. Après la génération Pinot-Démare, celle de Gaudu et Madouas, l'équipe a accueilli les Lenny Martinez et Romain Grégoire. Fruit d'un travail qui commence dès les cadets. "Il y a 15 ans, on attendait que les coureurs aient 20 ans pour les détecter, note-t-il. Maintenant on le fait de plus en plus jeune, dès 15-16 ans. Notre sport était en retard par rapport à d'autres."
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Video credit: Eurosport

Sans véritable structure avant la continentale, Groupama-FDJ se contente d'un suivi qui consiste en une aide matérielle et un accompagnement pour les juniors, soit la catégorie qui suit les cadets. "Aujourd'hui tout le monde va recruter chez les juniors. L'équipe qui veut se démarquer remonte et on va arriver dans les rangs cadets, note Loïc Varnet, directeur de Chambéry Cyclisme Formation. La tendance me paraît inéluctable. Les équipes recrutent de plus en plus tôt, davantage pour priver le concurrent de la pépite. Il y a une concurrence effrénée particulièrement ici en France."
Avec des jeunes de plus en plus entraînés, "les cadets sont les juniors de mon époque" dit notre consultant David Moncoutié, le travail du scout peut être facilité. La profusion de données physiologiques permet ainsi d'avoir un bon aperçu du profil d'un coureur. Mais attention préviennent nos interlocuteurs, le capteur de puissance, alpha et oméga du cyclisme moderne, est "un faux-ami" pour ce qui est des jeunes sauf à considérer les cyclistes comme des robots à l'évolution stable.

Lecuisinier, Le Gac et Le Bon, champions du monde juniors mais jamais leaders

"La performance en cyclisme est multifactorielle. S'auto-centrer sur les données physiologiques, c'est fermer le jeune à l'observation de tout ce qui se passe dans le peloton", analyse Loïc Varnet. "On peut demander les données de puissance, confie Vaugrenard de son côté. Mais on ne s'arrête pas à ça". Et chacun de rappeler que ni les datas, ni le palmarès chez les juniors ne garantissent une grande carrière. Pierre-Henri Lecuisinier, Olivier Le Gac et Johan Le Bon partagent deux points communs : celui d'avoir été champions du monde juniors et de ne jamais avoir été un leader chez les pros.
"Tout le monde cherche la même chose, le même palmarès et le même profil de puissance", poursuit Varnet. D'où une immense concurrence, entre équipe française donc mais aussi avec les étrangères. Benoît Vaugrenard narre ainsi sa tentative pour faire, dès 2020, de Cian Uijtdebroeks, vainqueur du Tour de l'Avenir 2022, un coureur de la Groupama-FDJ : "J'étais l'un des premiers à prendre contact avec lui et ses parents mais quand j'ai enfin pu aller en Belgique, dix équipes étaient sur lui". La pépite belge a filé chez BORA Hansgrohe.
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Video credit: Eurosport

Pour la France, recruter à la source est donc une nécessité. S'il confirme son potentiel, Uijtdebroeks ne courra jamais chez Groupama-FDJ ou AG2R Citroën, tout comme Lenny Martinez ou Romain Grégoire deviendront intouchables le jour où ils quitteront le nid. "On est obligé de faire de la formation, on ne peut pas se permettre d'acheter des coureurs et c'est valorisant pour une équipe de faire de la formation", confie encore Benoît Vaugrenard.

Plus de masse, plus de casse ?

Pour Loïc Varnet, il y un hic dans tout cela. A Chambéry Cyclisme Formation, tous les coureurs poursuivent leurs études en parallèle de leurs formations sportives. Le développement des équipes continentales, professionnelles donc, les déscolarise automatiquement à 19 ou 20 ans. "Je ne suis pas sûr que les jeunes y trouvent leur intérêt à terme", dit-il.
En cause une professionnalisation de plus en plus précoce, l'absence de plaisir chez certains et la casse inhérente à la formation qui pourrait s'accroître à mesure que les besoins des structures grandiront. "Du Top 5 chez les juniors, on va passer au Top 10 ou Top 15", prévoit Vaugrenard. Et tous n'auront pas leur place au plus haut niveau, d'autant plus que dès aujourd'hui, Loïc Varnet constate une augmentation du nombre de jeunes qui abandonnent le cyclisme ou qui tombent en burn-out.
Détecter jeune ne rime donc pas toujours avec bien détecter mais trop cibler peut vous faire rater le champion de demain. D'ailleurs personne ne connaît encore son identité. Est-ce Lenny Martinez, Romain Grégoire, Cian Uijtdebroeks, Isaac Del Toro vainqueur du Tour de l'Avenir 2023, ou un gamin qui n'a pas encore fait parler de lui ?
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