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Le Giro l'a révélé, Roglic revient pour y triompher

Le Giro l'a révélé, Roglic revient pour y triompher

Le 10/05/2019 à 16:26Mis à jour Le 11/05/2019 à 15:25

TOUR D'ITALIE - Primoz Roglic, lauréat de six des huit dernières courses par étapes auxquelles il a participé, entamera samedi le 102e Giro (11 mai - 2 juin) sur une excellente dynamique. Le Slovène n'a participé qu'une fois à l'épreuve, en 2016. Il s'y était révélé en tant que rouleur. Il y revient dans la peau d'un coureur beaucoup plus polyvalent, et même dans celle d'un potentiel vainqueur.

15 mai 2016. Ou l'acte de naissance de Primoz Roglic dans la cour des grands. Le coureur slovène décroche son premier succès en World Tour, lors de la 9e étape du Giro. Un chrono de 40 bornes couru sous la pluie par les meilleurs du classement général et surtout marqué par la déroute de Tom Dumoulin (15e à 1'58"). De quoi relativiser la victoire de Roglic ? Pas tellement. Lors du contre-la-montre inaugural, il avait échoué à moins d'une seconde de ce même Dumoulin. Son déboulé dans le gotha des rouleurs peut déjà être envisagé comme pérenne. Mais envisager mieux est prématuré, son classement final en atteste (58e). Trois ans plus tard, son statut a radicalement changé, à quelques heures d'un Tour d'Italie qu'il aborde en favori.

Roglic, 29 ans, est venu au vélo sur le tard, en 2013 au sein de l'équipe continentale slovène Adria Mobil. Ancien sauteur à ski, il a intégré la formation Jumbo-Visma (alors LottoNL-Jumbo) en 2016 et a d'abord été médiatisé par le prisme de sa drôle de reconversion. Aujourd'hui, ses résultats suffisent amplement à en faire un personnage central du cyclisme mondial. En 2019, il a participé à trois courses par étapes – l'UAE Tour, Tirreno-Adriatico, le Tour de Romandie –, toutes inscrites au calendrier World Tour… et il les a toutes achevées en vainqueur.

Primoz Roglic lors du Tour de Romandie.

Primoz Roglic lors du Tour de Romandie.Getty Images

Quatorze mois d'excellence

Si on élargit le spectre, et que l'on étudie les faits d'armes de Roglic depuis le Tour du Pays basque en mars 2018, c'est tout aussi impressionnant. Huit courses par étapes, dans lesquelles il s'est très nettement spécialisé : six victoires. Les deux épreuves qui lui ont échappé ? Le Tour de Grande-Bretagne, dont il a pris la troisième place, et le Tour de France, qu'il a bouclé au pied du podium, pour sa première expérience sur trois semaines dans un rôle de co-leader.

Tour du Pays basque 2018 (WT) 1er du classement général, une victoire d'étape
Tour de Romandie 2018 (WT) 1er
Tour de Slovénie 2018 (2.1) 1er, deux étapes
Tour de France 2018 (WT) 4e, une étape
Tour de Grande-Bretagne 2018 (2.HC) 3e, une étape
UAE Tour 2019 (WT) 1er, deux étapes (dont un CLM par équipes)
Tirreno-Adriatico 2019 (WT) 1er
Tour de Romandie 2019 (WT) 1er, trois étapes

Il a (en partie) fait ses preuves sur trois semaines

Sur les routes hexagonales l'an dernier, Roglic a partagé le costume du patron avec Steven Kruijswijk (31 ans), à peine plus âgé que lui mais bien plus expérimenté en matière de Grands Tours (treize alors déjà disputés, dont le Giro 2016, justement, qui l'avait vu perdre le maillot rose lors de la 19e étape). Face à ce solide CV, Roglic avait une victoire d'étape sur le Tour 2017, à Serre-Chevalier, et une efficacité croissante sur les courses d'une semaine à opposer. Les deux hommes ont cohabité et réussi à se montrer performants. Mais à la fin, c'est bien le Slovène (4e, à 3'22" du vainqueur, Geraint Thomas) qui a devancé le Néerlandais (5e, à 6'08").

Comme un symbole, lors du Tour de Romandie que Roglic vient de remporter, Kruijswijk a été un équipier excellent et dévoué. Et son leader a survolé la course. Sans pour autant être, selon lui, dans la forme de sa vie. Interrogé au soir d'un succès sur la 4e étape qui lui offrait quasiment le général sur un plateau, Roglic a ainsi dit qu'il était surtout "venu pour courir après une période de repos à la suite de Tirreno (remporté un mois et demi auparavant, ndlr)." Sa "sérénité" est prégnante, selon Guillaume Martin, invité de Guillaume Di Grazia dans Bistrot Vélo ce lundi. "Je ne le sentais pas impérial quand cela montait… et à la fin, c'est lui qui gagne, c'est le signe d'un coureur en confiance et à qui tout réussit", estime le coureur de la Wanty Gobert, 18e du général en Romandie. Illustration de cette réussite ? Roglic s'est adjugé le général de Tirreno pour une seconde, devant Adam Yates (Mitchelton-Scott).

Vidéo - Martin : "Roglic, je ne le sentais pas impérial et pourtant..."

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Pas encore le mètre étalon

Au départ du Giro (11 mai - 2 juin), samedi à Bologne, Roglic est le candidat à la victoire finale qui présente le plus de références en 2019. Face à lui, il retrouvera Tom Dumoulin, qui a donc vécu de près son éclosion au plus haut niveau en 2016 et avec qui il a croisé le fer lors du dernier Tour, terminé sur la deuxième marche du podium par le Néerlandais de la Sunweb. Les deux hommes, qui sont la parfaite illustration de l'absence d'incompatibilité entre briller en chrono et en altitude, pourraient bien se livrer un nouveau duel, pour la gagne cette fois. Dumoulin n'a participé qu'à deux courses d'un jour depuis deux mois, mais vainqueur en 2017 et 2e en 2018, il s'impose comme un spécialiste du Giro.

Outre Dumoulin, dominé aux Emirats (6e) et lors de la "course des deux mers" (4e), Roglic n'a pas réellement affronté ces rivaux en ce début de saison, Nibali ayant un programme similaire au sien – avec quelques classiques en plus (8e de Milan-Sanremo et de Liège-Bastogne-Liège notamment) – mais aussi l'habitude de monter lentement en puissance (35e de l'UAE Tour, 15e de Tirreno). Lopez et Yates, eux, n'ont même pas croisé sa route. Le Colombien a gagné deux courses par étapes (son tour national et celui de Catalogne), le Britannique s'est offert deux bouquets (un en Andalousie, l'autre lors de Paris-Nice). Pour ces coureurs, qui ont tous déjà fait mieux que le Slovène en Grand Tour, s'étalonner face à lui n'est pas un passage obligé. Roglic n'est pas la référence. Mais il est peut-être en passe de le devenir. Et cela passe par les routes de son éclosion.

Primoz Roglic - Tour de Romandie 2019

Primoz Roglic - Tour de Romandie 2019Getty Images

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