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Plus c’est long, plus c’est bon ?

Plus c’est long, plus c’est bon ?

Le 25/10/2019 à 10:50Mis à jour Le 25/10/2019 à 12:01

TOUR D’ITALIE - Pendant que les organisateurs du Tour de France et de la Vuelta s’efforcent de ramasser les difficultés pour condenser l’action, ceux du Giro lorgnent l’histoire du cyclisme et ses étapes à rallonge dans lesquelles les légendes s’écrivent.

"La corsa più dura del mondo, nel paese più bello del mondo." Les organisateurs du Giro d’Italia (le groupe RCS) en ont fait leur mantra, leur raison d’être face au Tour : ils organisent "la course la plus dure au monde, dans le pays le plus beau du monde". Les chauvinismes et sensibilités de chacun animeront toujours le débat sur le deuxième point de ce slogan, mais pour ce qui est de la première partie, la Corsa Rosa impose ses arguments année après année… et particulièrement lors de la présentation du parcours de l’édition 2020, jeudi dans les studios de la télévision italienne.

De Budapest à Milan, les organisateurs ont tracé 3 579,8km de défis, avec un parcours qui se veut équilibré pendant deux semaines et déséquilibrant par son abondance de difficultés dans les derniers jours de course. Le Giro 2020 s’annonce 100 km plus long que le Tour de France, alors qu’il consacra trois étapes au contre-la-montre (contre un seul chrono en juillet). Sur les seules étapes en ligne, la distance moyenne est de 195,6km, une distance que le Tour atteindra sur seulement trois étapes l’été prochain (171,7km en moyenne).

L’opportunité pour de plus longues siestes ? Possible. Mais cela répond aussi aux attentes de nombreux suiveurs convaincus par les vertus des longues distances pour éprouver les champions. Je me joins à eux.

Le Tour condense, le Giro étire

Les embuches de la dernière semaine de course vers Milan font frissonner. Un vertige exaltant ou effrayant pour les coureurs, vivifiant pour ceux qui les observeront s’échiner sur de grandes étapes de montagne de plus de 200 bornes. La Vuelta s’est recréé une identité avec un parcours nerveux, blindé de "repechos" (des bosses courtes aux pentes sévères). Le Tour cherche son souffle épique en condensant l’action. Le Giro, qui célébrera sa 103e édition et n’a de cesse de vanter les exploits de Gino Bartali et Fausto Coppi, lorgne plutôt la légende des forçats de la route.

L’idéal d’antan a ainsi inspiré une terrible 20e étape entre Alba et Sestrières : 200 bornes, 4 géants (Agnel, Izoard, Montgenèvre, et la montée finale vers Sestrières). Une "réinterprétation moderne de l’étape de légende Cuneo-Pinerolo", explique RCS, invitant à se replonger dans la grande histoire du Giro 1949 remporté par Bartali. Charge ensuite aux coureurs de faire la course, mais j’ai déjà coché la date pour ne pas en rater une miette. Pareille pour l’étape de l’avant-veille, par-delà le Stelvio, dont les chiffres bruts sont encore plus extrêmes : 209km, 5 400m de dénivelé.

Au risque de basculer dans l’extrême avec un parcours parfois trop exigeant, le Giro s’efforce ainsi d’en appeler à la panoplie complète du champion (panoplie qui inclure également les capacités contre-la-montre). Il faut des jambes, des poumons, du coeur, mais aussi de la vaillance, de la résilience et du sens tactique. Que pouvez-vous inventer sur une bosse comme celle des Machucos (6,8km à 9,2%) domptée par Tadej Pogacar sur la dernière Vuelta ? Pas grand chose : le cerveau sert essentiellement à tempérer les jambes trop audacieuses, pour ne pas exploser, et à stimuler les jarrets qui flanchent devant la difficulté.

Vidéo - Dans le final, Pogacar et Roglic ont éparpillé les ténors : revivez l'arrivée de la 13e étape

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Une longue étape de plat, merveilleux !

Les courtes étapes de montagne comme celle remportée par Thibaut Pinot cet été au Tourmalet limitent les temps morts mais négligent une partie de l’essence du cyclisme, sport d’endurance. Sur 120km, on privilégie l’intensité à la résistance. La 12e étape du Giro 2020, qui reprend le parcours du célèbre Gran Fondo Nove Colli, promet un tout autre chantier : on atteint même pas les 800m d'altitude mais ça monte et ça descend sans cesse pendant 205km.

Je reconnais toutefois que les recettes du Giro, où l’on fait longuement mijoter les coureurs pour mieux exalter les saveurs de la course, sont d’autant plus efficaces que le niveau moyen du peloton y est moins élevé et moins dense. Sur le Tour, les équipes ont les moyens et l'envie de cadenasser… Mais en seraient-elles capables sur une étape comme celle de Sestrières ?

La question se posera également sur le plat, avec cette étape de 251 km sans relief à deux jours de l’arrivée à Milan. Aucun intérêt ? Bien sûr que si : au moment de compter ses efforts, une telle distance ouvre le jeu en faveur des baroudeurs plutôt que de le verrouiller en faveur des sprinteurs. Ce sera long, mais ça peut être très bon, à l’image des 300 bornes de Milan-Sanremo. Après une longue procession qui entame tout de même les organismes, les derniers kilomètres par-delà le Poggio ne sont pas les plus durs de la saison, mais ils sont souvent les plus beaux.

Le parcours du Giro 2020
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