Une maille à l'envers, une maille à l'endroit. A l'image de la météo, changeante, Simon Yates souffle le chaud et le froid depuis quelques jours sur le Giro. Samedi, au Monte Zoncolan, il avait terminé une petite dizaine de secondes derrière Egan Bernal, se montrant le meilleur des "autres" parmi les prétendants au classement général. Lundi, à Cortina d'Ampezzo, le Britannique fut le grand perdant en finissant à plus de deux minutes trente du Colombien, vainqueur de l'étape. Pire, il avait aussi cédé du terrain sur tous ses rivaux dans la course au podium. Puis mercredi, il s'est refait la cerise, dans des proportions que même lui n'avait sans doute pas imaginées.
Retombé à la 5e place avant la dernière journée de repos, Yates s'est idéalement replacé dans la course au podium. En passant à l'offensive à Sega di Ala, le leader du Team BikeExchange a retrouvé sa place sur le podium derrière Bernal et Damiano Caruso. Derrière eux, le ménage est fait puisque Alexander Vlasov, Hugh Carthy et Romain Bardet naviguent à près de trois minutes, voire un peu plus pour le Français.
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Je n'ai même pas vu que Bernal avait été lâché
C'est dans les quatre derniers kilomètres de cette 17e étape que Simon Yates a porté l'estocade. Après le travail de sape des coéquipiers du maillot rose, il a démarré, parce que les jambes répondaient bien mieux que l'avant-veille. "Simon se sentait bien, et quand les gens se sentent forts, c'est toujours intéressant de tester les adversaires, explique son directeur sportif, Matt White. Après les 60-70 premiers kilomètres qui étaient dingues, Simon a dit qu'il était bien, donc on a décidé de tenter quelque chose."
Dans un premier temps, ce quelque chose n'a pas semblé de nature à rebattre les cartes au général. Vlasov, Bardet et d'autres avaient déjà sauté, mais quand Yates y est allé, Egan Bernal a tranquillement pris sa roue. Comme toujours. Le scénario attendu, c'était que le vainqueur du Tour 2019 gère à sa guise, voire place un contre pour dynamiter ce qu'il restait de concurrence. Mais à un peu plus de trois kilomètres du sommet final, l'inattendu s'est produit : Bernal s'est affaissé, au point de peiner à suivre son propre coéquipier, Daniel Martinez. Simon Yates, lui, a filé sans demander son reste. Bilan comptable : 57 secondes reprises sur le leader du Giro.

Et Bernal s'est écarté : le moment où il a été lâché par Yates... et son équipier

Pourtant, le natif de Bury a mis du temps à réaliser que Bernal n'était plus dans sa roue. Comme si lui-même ne croyait pas la chose possible. "Je n'ai même pas vu que Bernal avait été lâché avant un petit moment, a-t-il confié à Eurosport après l'arrivée. J'étais déjà à fond donc ce n'est pas comme si je pouvais accélérer encore plus pour creuser davantage l'écart." Si Bernal était au plus mal (selon ses standards depuis le départ de ce Tour d'Italie, en tout cas), Simon Yates n'était effectivement pas ultra fringant non plus. Il n'a d'ailleurs pas pu suivre jusqu'au bout Joao Almeida, pas plus qu'il n'a pu revenir sur l'échappé Dan Martin, vainqueur de l'étape.

Il prie pour une météo clémente

Si regret il y a du côté de l'équipe BikeExchange, il se situe là. "Bien sûr, nous aurions aimé gagner l'étape, mais Dan Martin a fait une super course, et puis l'autre plan du jour, c'était de prendre du temps sur nos adversaires, donc on peut considérer que c'était une très bonne journée pour nous", juge Matt White.

Et si Bernal en avait trop fait depuis le début du Giro...

Désormais bien ancré sur le podium, le vainqueur de la Vuelta 2018 a signé une superbe opération dans cette optique. Et pour le maillot rose ? Bernal conserve une marge conséquente : 3'23". Mais Yates, 3e derrière le Colombien et Damiano Caruso, a montré une chose mercredi : si quelqu'un flanche, tout peut aller très vite, et il peut regarder davantage devant que derrière lui. Et ça, ça change tout.
Le retour du soleil et d'une douceur printanière lui ont redonné le sourire. Le froid glacial, ce n'est pas son truc. "J'espère que le temps va rester comme ça, dit-il. Chaque fois qu'il a plu, je n'ai jamais eu une bonne journée, donc si ça peut se maintenir, je verrai ce que je peux faire dans les prochains jours." "Il reste encore beaucoup d'efforts à faire jusqu'à Milan, pour tout le monde, rappelle Matt White. Jeudi, ce sera une très longue journée, avant deux grosses étapes de montagne. Le Giro n'est pas fini." Sur ce point, tout le monde sera d'accord, et c'est peut-être la nouvelle la plus inattendue du jour. Pas la moins bonne, pour Simon Yates.

Simon Yates et Egan Bernal sur la 17e étape du Giro

Crédit: Getty Images

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