Autant le dire tout de suite : oui, on attendait beaucoup plus de cette 16e étape. Peut-être était-ce notre faute d’ailleurs, mais avec le Goletto di Cadino, le Mortirolo, Teglio et le Valico di Santa Cristina, cette journée de mardi était l’une des plus dures, si ce n’est LA plus dure, de ce Giro. Et, pourtant, encore une fois, les favoris n’ont pas su se départager. Bien sûr, il serait injuste et inexact de dire qu’ils ne se sont pas fait la guerre. Dans l’ultime ascension, Mikel Landa et la Bahrain-Victorious ont mis le feu aux poudres et les outsiders ont perdu beaucoup de temps, à l’image de Pozzovivo (12e à 2’47’’ des favoris) ou de l’ancien maillot rose Juan Pedro Lopez (16e, + 5’51’’). Mais les favoris, eux, se sont encore tenus dans un mouchoir de poche.
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Heureusement que Carapaz a tenté à Turin…

Giro
Girmay, Démare, Hindley... Voici en quoi ce Giro était spécial
02/06/2022 À 11:11
A Aprica, Joao Almeida a été le seul des quatre cadors en lice pour la victoire finale à perdre du temps. Mais le Portugais, dans son style caractéristique qui consiste à ne jamais suivre pour monter à son rythme, a encore largement limité la casse, ne concédant que 14’’ à ses rivaux, bien peu vu la difficulté de la journée. Un scénario qui n'est pas sans rappeler celui de Turin, ou même du Blockhaus en fin de première semaine. Car s’il y a bien une récurrence depuis le départ de cette 105e édition, c’est l’inaction des leaders. Des quatre, seul Richard Carapaz a véritablement tenté sa chance depuis Budapest. C’est lui qui avait tenté dans le Blockhaus et c’est encore lui qui a osé passer à l’attaque dans Superga (14e étape). A part ça ? Nada.

La BORA puis Carapaz en détonateurs, Yates en finisseur : le résumé d'une 14e étape épique

L’Etna était trop facile mais personne n’a cherché ne serait-ce qu’à durcir le rythme. Potenza offrait un terrain de jeu intéressant mais tous les favoris sont restés au chaud derrière l’échappée. Idem à Naples, sur un profil qui se prêtait à un éventuel coup de force mais tout le monde a préféré se préserver pour l’étape du Blockhaus le lendemain. La bagarre a bien eu lieu dans le géant des Apennins mais le vent de face et le manque d’organisation a empêché les coureurs de créer des écarts et on a eu droit à un sprint à six. Vers Turin, la Bora-Hansgrohe a créé un chantier pas possible en faisant exploser le peloton à 80km de l’arrivée mais, au final, personne d’autre que Carapaz n’a osé. Ne parlons même pas de Cogne, aussi décevante que son tracé le laissait craindre. Et ça commence à faire beaucoup d’occasions manquées.

Hindley et Landa oublieraient presque Almeida

Nous voici à cinq jours de la fin de cette 105e édition, avec 4 coureurs en moins d’une minute, alors que le peloton a effectué 6 des 9 étapes difficiles de ce Giro. Bien sûr, sur le plan du suspense et pour le spectateur, le scénario est idéal. Pour les trois grimpeurs qui entourent Joao Almeida, beaucoup moins. Car, il ne faut pas l’oublier, ce Tour d’Italie se conclut par un chrono, certes assez court (17km), mais où le Portugais est certain de reprendre du temps à ses trois adversaires. En 2019, sur l’exact même chrono, Landa avait perdu 57’’ sur le vainqueur du jour, Carapaz 1’12’’. Un point que Jai Hindley aurait presque tendance à oublier. "Je me sentais assez bien donc j'ai essayé d'attaquer, mais je n'ai pas vraiment réussi à secouer Richard Carapaz et Mikel Landa, avouait-il après l’arrivée. Au bout du compte ça reste une bonne journée, d'autant plus que j'ai fait la bonification à la fin et que j'ai repris du temps à pas mal de concurrents".

Richard Carapaz, Mikel Landa et Jai Hindley, lors de la 16e étape du Giro - 24/05/2022

Crédit: Getty Images

Même son de cloche pour Mikel Landa. "J'ai essayé de distancer Carapaz et Hindley mais ils sont très forts, expliquait le Basque. Il reste des opportunités. Pour ma part, je suis content de mes sensations". Comme si le Portugais n’était pas un adversaire direct. Seul l’Equatorien d’INEOS semblait y penser un peu. "Le plus dangereux entre Hindley et Landa ? Les deux, j'ai envie de dire, expliquait-il. On a vu qu'on était les trois plus forts dans la dernière ascension, mais le Giro n'est pas fini. On garde l'avantage et le maillot, ce qui est important, tout comme le fait d'avoir repris du temps à Joao Almeida". Plus qu’important, ça doit être la priorité pour Carapaz, Hindley et Landa. Dans le Valico di Santa Cristina, le trio a au moins eu le mérite de s’entendre pour éviter le retour d’Almeida, ce qui n’avait pas été le cas au Blockhaus. Mais, pour l’heure, à défaut d’être le plus fort, le Portugais reste peut-être l’homme à battre, vu ses qualités en chrono. Le maillot rose a beau compter 44’’ d’avance sur le maillot blanc, ce n’est suffisant pour être à l’abri. Et Almeida le sait.

Almeida "prêt à se battre jusqu’au bout"

"Pour être honnête, je me suis surpris moi-même, avouait-il après l’arrivée sur le site officiel de son équipe. Dès le départ, c’est allé à bloc et ça n’a jamais débranché de la journée, je n’ai jamais eu le moindre moment de répit où respirer un peu. Mais je suis vraiment content de ma performance et du résultat. Je suis prêt à me battre jusqu’au bout". Il aurait tort de s’en priver. Chaque étape qui passe où les favoris peinent à faire des différences est une opportunité gâchée pour eux, purs grimpeurs, et une raison supplémentaire pour Joao Almeida d’espérer gagner ce Giro. Pour l'heure, Carapaz ne veut pas encore y penser. "Je ne suis pas inquiet, avoue le maillot rose. Nous devons encore affronter des étapes avant de penser au dernier contre-la-montre. Le Giro ne se jouera pas à grand-chose. Les détails feront la différence." Mais encore faudrait-il la faire, justement, la différence. Et pour ça, il faudra essayer, plus. Pour lui comme pour Hindley. Et encore plus pour Landa.

Joao Almeida (UAE Team Emirates) éprouve le besoin de se rafraichir sur la route de Turin, lors de la 14e étape du Giro 2022

Crédit: Getty Images

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