Le maillot à pois peut-il échapper à un favori au général ?

  • Julien Chesnais
Tour de France
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J’ai longtemps pensé que l’étalement des difficultés sur ce Tour permettrait à un baroudeur-grimpeur de prendre le large avant le dénouement dans les Alpes. Je m’étais trompé. Désormais, il me semble évident qu’un homme du général va remporter le classement de la montagne, et ce sans vraiment le chercher. Le miraculé Benoit Cosnefroy, dont le dernier des 36 points inscrits remonte à la 9e étape (!), lâchera sa tunique mercredi à moins d’improbables circonstances de course.

Car l’arrivée à la La Loze, où l’on attend l’explication majeure de ce Tour, semble promise à un cador. Et au sommet, le vainqueur s’offrira 40 points au classement de la montagne, ce qui lui donne de très fortes chances d’en être le nouveau leader et de le rester jusqu’à Paris, surtout s’il s’appelle Pogacar (34 pts) ou Roglic (33 pts), tous deux déjà en embuscade. Les autres protagonistes du général sont en revanche plus loin (12 points pour Porte par exemple).

Pierre Rolland (36 pts, à égalité avec Cosnefroy) pourra peut-être profiter de la Madeleine (20 pts) pour limiter la casse mercredi avant d’espérer un carton plein jeudi vers la Roche-sur-Foron (45 points répartis en quatre ascensions). Mais il restera ensuite 10 points à la Planches des Belles Filles, terme d’un contre-la-montre qui n’échappera pas à un ténor. Autant dire que la mission s’annonce très compromise pour un baroudeur comme lui ou Marc Hirschi (31 pts).

Benoit Cosnefroy - Tour de France 2020, stage 15 - Getty Images

Crédit: Getty Images

  • Laurent Vergne

Oui. J'irais même plus loin : il aura du mal à échapper à Primoz Roglic ou Tadej Pogacar. Après leur doublé au Grand Colombier, les deux Slovènes se sont rapprochés dans le sillage de Benoît Cosnefroy, rattrapé par Pierre Rolland ce mardi. Mais le duo français compte 36 points. Pogacar 34 et Roglic 33. Rappelons que les points seront doublés à Méribel et que cette arrivée en hors catégorie rapportera donc à elle seule 40 points.

Certes, il y a la Madeleine auparavant, mais cela risque de ne pas suffire. Si, comme c'est probable, la grande bagarre a bien lieu sur les pentes de la Loze, il ne faudra pas s'étonner de voir Roglic ou Pogacar monter une fois de plus sur le podium pour endosser le maillot à pois, en plus du jaune, ou du blanc. Quant aux autres prétendants au général, ils pointent déjà loin dans le classement du meilleur grimpeur. Aucun autre coureur du Top 10 ne figure parmi les dix premiers dans la course au maillot à pois.

Tout devrait donc théoriquement se jouer entre Roglic et Pogacar, à moins que l'étape de mercredi ne soit largement escamotée par les favoris et que le tandem slovène reste en retrait. Mais j'ai du mal à envisager un tel scénario pour ce que tout le monde décrit comme l'étape-reine, avec le point culminant du Tour et un enchaînement de deux cols hors catégorie. Pour tout dire, il est "normal" que le meilleur grimpeur du Tour soit, aussi, un des meilleurs coureurs du Tour au classement général. Benoit Cosnefroy a chèrement défendu son maillot, mais que le maillot à pois soit 132e du Tour à cinq jours de l'arrivée me pose un peu problème. Méribel va se charger de remettre les choses en ordre.

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  • Julien Chesnais

Je n’y crois pas beaucoup. A mon sens, en troisième semaine, la meilleure opportunité me semblait être Alaphilippe sur l’étape de Villard-de-Lans. Mais il était trop juste, et je le vois désormais mal lever les bras d’ici sur les terrains à venir, soit trop durs ou trop plats, une problématique qui s’applique finalement à l’ensemble des Français. Énumérons les cinq étapes restantes. Mercredi, je ne vois pas comment la victoire pourrait échapper à un cador à la Loze. Cela exclut donc les Tricolores, à moins que Pinot ne parvienne à retrouver par miracle son niveau d’avant chute.

Jeudi, sur la route en montagnes russes de la Roche-sur-Foron, ce sera la dernière chance pour les grimpeurs de renverser la table au général. Dans cette guérilla annoncée, peut-être que Guillaume Martin bénéficiera d’un bon de sortie dans le final, tandis que les plus gros poissons que lui s’occuperont à s’observer. Au chrono de la Planche des Belles Filles, il ne faut pas rêver. Et j’ai du mal à croire à Bryan Coquard aux Champs-Elysées, vu l’état de son genou.

Sinon, il reste la 19e étape, entre Bourg-en-Bresse et Champagnole. En fin de Tour, il n’est pas dit qu’un sprinteur aura le dernier mot. C’est pour moi la seule journée à l’issue incertaine, et donc la principale chance pour les Français de s’offrir un troisième bouquet après Alaphilippe à Nice et Peters à Loudenvielle.

  • Laurent Vergne

Malheureusement, j'ai du mal à y croire. Qui ? Quand ? Où ? Comment ? Cela fait beaucoup de questions, mais les réponses sont moins évidentes. Julian Alaphilippe a essayé tout ce qu'il pouvait depuis dix jours, mais il n'a tout simplement pas les jambes sur ce Tour 2020 à l'image de l'arrivée à Villard-de-Lans mardi. Un Alaphilippe au top se serait régalé sur un tel terrain. Il reste à la rigueur l'étape de vendredi pour le puncheur tricolore mais il semble vraiment tirer la langue. Mais cette 19e étape à Champagnole est sans doute la meilleure chance française d'ici Paris.

Les deux prochaines vont être terribles. Mercredi, dans la Madeleine et la Loze, tout se fera à la pédale. Le peloton tricolore sur ce Tour ne possède plus les ressources pour rivaliser sur de telles hauteurs. Jeudi, le profil peut permettre éventuellement à une échappée d'aller au bout, mais il faudra quoi qu'il en soit être sacrément costaud pour s'imposer à La-Roche-sur-Foron via le Plateau des Glières. Thibaut Pinot, dit-on, aurait envie de se tester dans les Alpes, notamment en vue des Mondiaux. Mais entre vouloir et pouvoir il y a une marge et sur une troisième semaine de Tour, sur un terrain de ce genre, seuls les hommes frais et forts peuvent gagner.

Quant à ce week-end, qu'il s'agisse du chrono de la Planche des Belles Filles ou du (très probable) sprint final sur les Champs-Elysées, difficile de se montrer très optimiste. Avec deux victoires d'étapes sur la première semaine, les "Bleus" étaient partis sur de belles bases mais il est à craindre que le compteur reste bloqué jusqu'au bout.

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  • Julien Chesnais

Je ne vois pas pourquoi, ni comment il pourrait faire autrement. Comme l’a dit Laurent, Roglic court sur la défensive depuis le départ. Il avait sans doute les moyens de faire autrement en début de Tour, mais je ne suis pas sûr que ce soit toujours le cas. Le Grand Colombier a montré qu’il n’était pas supérieur à Tadej Pogacar, que c’était même plutôt l’inverse.

Alors, devant ce rapport de force incertain, il me semblerait un peu suicidaire de se lancer dans une grande offensive mercredi. Le risque de prendre un contre est trop grand d’autant que l’on avancera en terrain inconnu, le col de la Loze étant le plus extrême jamais vu sur le Tour.

40 secondes c’est maigre, surtout que Pogacar l’a battu lors de leur dernière confrontation chronométrée, en juin, lors du championnat de Slovènie (pour 9’’ sur un un tracé en côte de 16 kilomètres). Mais c’est déjà ça, autant les avoir avec soi. Je ne le vois ainsi pas prendre le risque de dilapider son avance alors qu’il a l’équipe idéale pour verrouiller son maillot jaune à double tour.

  • Laurent Vergne

C'est en tout cas la stratégie choisie jusqu'ici par l'homme (très) fort de la Jumbo-Visma. Ce fut suffisant pour lui permettre de prendre le pouvoir, en grande partie parce que Tadej Pogacar avait concédé plus d'une minute dans la bordure de Lavaur. Pour le reste, il s'est contenté d'accompagner son compatriote sur les arrivées au sommet, les deux s'échangeant à tour de rôle les bonifications. Le reste de la sélection s'est opérée par l'arrière.

Aujourd'hui, Roglic a toutes les raisons d'être serein. Pogacar est probablement son seul véritable adversaire, son équipe est clairement dominatrice et lui-même doit se sentir costaud. Le problème, c'est que sa marge sur le maillot blanc, sans être ridicule, reste tout de même ténue. S'il ne tente rien mercredi ou jeudi et que Pogacar lui prend quelques bonifications supplémentaires, il pourrait n'avoir qu'une trentaine de secondes d'avance avant le contre-la-montre à la Planche des Belles Filles. Roglic joue d'une certaine manière avec le feu en ne se mettant pas à l'abri du moindre pépin.

Pour cette raison, s'il en a les moyens, je serais tout de même surpris qu'il ne tente pas quelque chose à Méribel mercredi, pour la dernière arrivée au sommet dans une étape en ligne. Une victoire lui permettrait d'asseoir pour de bon sa domination. Sur le Tour, l'attentisme est toujours un jeu dangereux quand la menace gronde.

Primoz Roglic | Tour de France

Crédit: Getty Images

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