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Les débats du Tour : Pourquoi Alaphilippe a-t-il attaqué dans les derniers mètres ?
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Publié 03/09/2020 à 19:44 GMT+2
TOUR DE FRANCE - Il ne s'est pas passé grand-chose jeudi sur les routes du Tour de France. Sinon à l'arrivée où Lutsenko a levé les bras. Où Alaphilippe, aussi, a mis le pied sur le champignon pour une seconde de gain. Pourquoi ? On en parle dans les débats du Tour.
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Pourquoi Alaphilippe a-t-il attaqué dans les derniers mètres ?
Julien Chesnais
Il voulait se “relever” après sa mésaventure du bidon piégé, qui lui avait coûté la veille le maillot jaune sur tapis vert. Le récupérer s’annonçait difficile sur les pentes du Mont Aigoual. Mais l’idée n’était pas si farfelue, sachant les bonifications offertes au sommet de la Lusette (8’’, 5’’ et 2’’) puis à l’arrivée (10’’, 6’’ et 4’’). Finalement, le scénario de l’étape lui a compliqué la tâche, l’échappée ayant gobé à la fois les bonifs et la victoire. C’est donc à la pédale qu’il lui fallait combler ses 16’’ de retard sur Yates pour espérer récupérer le paletot doré. Une mission presque impossible.
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Il lui aurait fallu démarrer de loin pour y arriver. Mais Alaphilippe n’a produit son attaque que dans les derniers hectomètres, anticipant seulement le sprint, ce qui lui a valu de reprendre une petite seconde sur les cadors. Pourquoi a-t-il agi ainsi ? Si on devine facilement la volonté de prendre une revanche, aussi mince soit-elle, j’y vois aussi le signe qu’il n’est pas autant désintéressé par le général qu’il ne veut bien le dire. Si tel était le cas, et que seule la reconquête à court terme du maillot jaune l’intéressait, il n’aurait pas pris cette peine-là.
Maxime Dupuis
Jeudi, il avait fait parler de lui après la ligne d'arrivée, quand il lui a été intimé de laisser son maillot jaune à Adam Yates pour un ravitaillement illicite, car effectué à 17 kilomètres de la ligne d'arrivée. Aujourd'hui, il a fait parler de lui avant de la franchir, parce qu'il s'est extirpé du groupe des favoris, montés à un train de sénateur vers le mont Aigoual. Julian Alaphilippe a mis un petit coup d'accélération pour passer la ligne devant les autres.
Cette seconde reprise est anecdotique, elle ne bouleverse en rien les rapports de force ni le classement général. A mes yeux, et même s'il a dit hier soir qu'il mettrait aisément la péripétie de mercredi dans son dos, Julian Alaphilippe y est allé à l'orgueil. Histoire de montrer qu'il était le patron de cette première semaine, maillot jaune sur le dos, ou pas. S'il avait souhaité secouer le cocotier, sans doute aurait-il accéléré plus tôt.
Privas ou Mont Aigoual : quelle étape a été la plus décevante ?
Julien Chesnais
Entre la peste et le choléra, difficile de trancher. Mais je choisis celle du Mont Aigoual. L’absence d’échappée sur l'étape de Privas n'a en soi pas eu d'impact sur l’issue d’un scénario cousu d'avance, à savoir une arrivée au sprint. Les quatre heures qui ont précédé la victoire de Wout van Aert ont juste été un somnifère un peu plus puissant que prévu. L’arrivée cévenole est plus décevante, car elle a mis en relief la frilosité extrême de tous les leaders, et surtout les adversaires de Bernal et Roglic, qui eux ne semblent pas pressés de montrer leurs biceps.
Le tempo étouffant de Jumbo-Visma ne laissait la place à aucune marge de manoeuvre à Orcières-Merlette. Il eut été suicidaire de tenter sa chance. Mais dans la Lusette, rien de tel. Lutsenko, échappé de la première heure, l’a grimpé plus vite que le peloton, encore fort d’une cinquantaine d’unités sous le train soutenu mais soutenable des Ineos-Grenadiers. “Personne n’ose attaquer, constate Julien Jurdie, le directeur sportif d’AG2R La Mondiale. Tout le monde a peur du train de Jumbo-Visma et de se faire contrer derrière.” Ca promet pour les Pyrénées…
Maxime Dupuis
Quand on n'attend rien, on n'est généralement pas déçu de ne rien avoir en retour. Le Tour de France n'échappe pas à cette règle. Mercredi, on n'espérait pas grand-chose de l'étape. On n'a rien eu, et même encore moins que ça. Jeudi ? On attendait un peu plus d'une étape accidentée et d'un final qui se prêtait à une petite bagarre façon Orcières-Merlette où un favori, au moins, aurait montré les crocs. Il n'en a rien été, et l'on vient de passer les 48 heures les plus insipides de l'histoire récente du Tour de France.
Si l'étape de mercredi - dite de transition - a marqué les esprits par la linéarité de son déroulé, sans baroud, celle de jeudi a plus que déçu. Les Pyrénées étaient dans le viseur de tout ce petit monde, qui avait encore le week-end niçois dans les pattes. Du coup, nada. Personne n'a bougé le petit doigt. Et on s'est ennuyé ferme. Quid de demain ? A la vitesse où vont les choses – à savoir, pas très vite – on ne jurera de rien.
Peter Sagan joue-t-il déjà gros vendredi ?
Julien Chesnais
Aucune victoire sous la dent, ni même de podium, 13 points de retard sur Sam Bennett dans la course au maillot vert : il est clair que le début du Tour de Peter Sagan n’est pas idéal. Le Slovaque a perdu de sa superbe maintenant qu’il est trentenaire, il n’a plus la maîtrise du triple champion du monde qu’il a été. Faut-il pour autant penser qu’il se dirige vers un Tour raté ?
S’il ne remporte pas la moindre victoire - ce qui n’est pas impossible vu le peu d’étapes qui semblent lui convenir - il n’y aurait rien d’indigne et ce ne serait même pas une première. Il a déjà traversé deux Tours de France sans arracher le moindre bouquet (2014 et 2015). Mais à chaque fois, il a fini avec le maillot vert sur le dos. Il peut tout à fait y arriver une troisième fois. On ne sait pas comment Bennett va digérer la montagne, et derrière le champion d’Irlande, ils sont peu à pouvoir encore inquiéter le coureur de Bora-Hansgrohe, Ewan ayant par exemple déjà 42 points de retard. Sagan reste le favori du maillot vert. Et s’il le porte à Paris, ce sera tout sauf un lot de consolation.
Maxime Dupuis
Peter Sagan ne nous a pas habitué à cela. Généralement, on voit briller l'étincelant Slovaque et sa tunique verte, arc-en-ciel ou autre, lors de la première semaine. D'ailleurs, il a pour habitude de gagner lors de cette semaine inaugurale. C'est bien simple : depuis un Tour 2015 sans victoire (mais terminé en tête du classement par points), Sagan a toujours levé les bras avant la 7e étape. S'il ne s'impose pas à Lavaur vendredi, il mettra fin à cette série honorifique.
Joue-t-il gros pour autant vendredi ? Oui. Et non. Parce que les occasions de gagner ne seront pas légion d'ici Paris et les Champs-Elysées. Mais, au fond, l'étape de vendredi et son arrivée ne sont pas taillées pour lui. A priori, on devrait retrouver un sprinteur plus "classique" sur le podium demain soir. S'il veut gagner, Peter Sagan a plutôt intérêt à se projeter sur la suite.
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