Tadej Pogacar avait le maillot blanc. Il l'a toujours et, à moins de ne pas voir Paris, il succèdera à Egan Bernal au palmarès du classement du meilleur jeune. Mercredi, il a ajouté le maillot à pois à sa collection. Pour trois points, le voilà nouveau leader du classement de la montagne. Mais il lui manque le jaune. Le plus important. Celui qu'il rêve d'aller chercher dans cette troisième semaine. Cette quête-là a pris du plomb dans l'aile en haut du col de la Loze.

Le jeune Slovène, qui avait attaqué dans chaque étape de montagne ou presque, et dont les démarrages étaient apparus si tranchants, a été moins à la fête au-dessus de Méribel. Il est loin d'avoir sombré. Seules deux hommes l'ont devancé. Mais un de trop. Arrivé trente secondes après le vainqueur Miguel Angel Lopez, Pogacar a surtout cédé 15 secondes, plus deux autres via les bonifications, à son compatriote Primoz Roglic. De 40, son débours sur le maillot jaune a ainsi grimpé à 57 secondes. Alors qu'il ne reste que deux étapes décisives pour le général, vers La-Roche-Foron jeudi et le chrono de la Planche des Belles Filles samedi, l'affaire se complique.

Tour de France
Cavagna : "La dernière chance des échappés"
IL Y A 3 HEURES

Montée dantesque, Lopez aérien, Roglic renforcé : le résumé de la 17e étape

"J'aurais voulu gagner mais je suis content du résultat"

Le leader de l'équipe UAE Team Emirates refuse pourtant officiellement de rendre les armes. "J'ai perdu une poignée de secondes. J'aurais voulu gagner mais je suis content du résultat", minimise-t-il, avant d'afficher un mode combattant plus que résigné. "Le Tour n'est pas fini, promet-il. Un écart de 57 secondes, c'est toujours faisable. Tout peut se passer, je peux perdre le podium, je peux gagner, ça va être un beau combat." Pour le podium, le maillot blanc… à pois rouges dispose tout de même d'une marge supérieure à deux minutes sur le 4e, Richie Porte, mais sa 2e place, elle, ne tient plus qu'à une petite demi-minute, à peine.

Pendant l'étape, on a pourtant pu interpréter son attitude comme une façon d'assurer ses arrières. A la Madeleine, il avait fait le "sprint" pour aller cueillir quelques points. Le maillot à pois était dans un coin de sa tête. Mais il le jure, ce n'est pas pour autant qu'il a abandonné son objectif principal. Au contraire : "J'ai vu en haut du col de la Madeleine qu'il y avait des points à prendre, j'y suis allé. Si je suis en position de garder ce maillot à pois, j'en serais très heureux. Mais l'objectif est toujours le classement général."

Pas de pacte de non-agression donc entre les deux Slovènes, en mode "à moi le jaune, à toi les pois" (Roglic ne pointe d'ailleurs que trois petits points derrière son cadet au classement de la montagne). Jeudi, un nouveau, et dernier col classé en hors catégorie peut permettre de les départager : le Plateau des Glières. Redoutable, quoi que moins hors normes que la Loze.

"Pogacar a bien limité la casse mais il est désormais à une minute…"

Roglic toujours prudent

Surtout, son sommet est situé à plus de trente kilomètres de l'arrivée. Si Pogacar a encore en tête d'aller chercher le maillot jaune, il devra donc partir de loin, prendre des risques. Quitte à tout perdre ? La tentation ne sera-t-elle pas trop grande pour lui de se "contenter" de la 2e place qui, ajoutée à ses deux victoires d'étape et ses deux maillots distinctifs, donne déjà un côté triomphal à son premier Tour de France ? Dans son discours, en tout cas, il demeure offensif. Dans les actes, la réponse viendra sans doute jeudi, car on l'imagine mal miser sur le seul chrono de la Planche des Belles Filles.

Primoz Roglic, lui, reste méfiant. Même s'il a conforté sa position lors de ce que chacun s'accorde à considérer comme l'étape la plus dure de ce Tour 2020, il estime ne pas s'être mis à l'abri. "Je ne pense pas que ce soit suffisant, 57 secondes, juge-t-il. Il reste des étapes très dures, même si ça en fait une de moins. On n'a jamais assez d'avance, on en veut toujours plus. Mais je suis content de chaque seconde d'avantage supplémentaire. J'étais satisfait de ma position avant l'étape, donc je le suis encore plus maintenant." On le comprend.

Tadej Pogacar - Tour de France 2020

Crédit: Getty Images

Tour de France
Pinot : "Il y a eu des jours qui étaient vraiment horribles"
IL Y A 3 HEURES
Tour de France
Vuillermoz : "Je suis chez moi, j'aimerais me projeter à l'avant"
IL Y A 3 HEURES