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Tour de France - Egan Bernal : "J'ai l'impression d'avoir perdu 3 ans de ma vie"
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Publié 13/09/2020 à 19:40 GMT+2
TOUR DE FRANCE 2020 - En concédant plus de sept minutes à Pogacar et Roglic, Egan Bernal n'a pas seulement flanché sur les pentes du Grand Colombier, il a sombré. Ses espoirs de doublé se sont envolés et avec eux le statut d'invincible de son équipe.
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Il faut toujours se méfier de l'avenir. A la sortie d'un Tour 2019 remporté et d'une démonstration magnifique dans les Alpes, Egan Bernal, plus jeune vainqueur depuis plus d'un siècle, devait écraser la Grande Boucle pour des années, une décennie avançait les plus optimistes (ou pessimistes selon le point de vue). Un an après, il n'est plus dans le coup alors même que la troisième semaine n'a pas commencé. Le Grand Colombier a été le tombeau de ses ambitions et des illusions d'Ineos.
En vérité, Egan Bernal savait sans doute depuis longtemps qu'il lui serait bien difficile de rééditer pareille performance. Peut-être le savait-il depuis cet abandon au Dauphiné et ce mal de dos qu'il traîne depuis. Non, Ineos n'avait pas bluffé ce jour-là même si Bernal a refusé de mettre sa défaillance du jour sur le compte de son dos, reconnaissant néanmoins "avoir eu mal tous les jours". "Aujourd'hui, c'était plus un mal aux jambes qu'au dos", tranche-t-il. Il a beau assurer que ses données physiques étaient parmi les meilleures de sa carrière dans les Pyrénées, il n'a jamais pesé sur la course. Une première pour Sky/Ineos avec un leader d’envergure depuis le début du règne en 2012.
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Le romantisme a encore toute sa place dans le cyclisme. Face à la domination des Jumbo-Visma, certains voyaient en Bernal à un remède à l'inéluctable. D'aucuns se raccrochaient à sa troisième semaine l'an dernier. Chris Froome, interrogé par nos confrères d'Eurosport UK, expliquait "vouloir y croire" tout en pointant qu'une minute de retard sur Roglic était déjà un énorme débours. Alors avec plus de huit, vous pensez bien…
Il y avait des signes avant-coureurs, cette attaque trop timide pour être honnête dans Marie Blanque le week-end dernier ou plus loin encore cette injonction de ralentir lancée à ses coéquipiers, rapportée par Bauke Mollema, au Mont Aigoual. Bernal avait semé des indices, le Grand Colombier a résolu l'affaire sans détour. En craquant à 13 kilomètres du sommet, le vainqueur sortant n'était pas dupe : son retard en haut s'annonçait terrible. Il l'a été : sept minutes et vingt secondes.
"La vérité c'est que dès la première ascension, je n'étais pas là, je ne me sentais pas bien", a avoué le leader d'Ineos au micro d'Eurosport après sa débâcle. Montés à un rythme déjà soutenu, la Selle de Fromentel puis le Col de la Biche ont rempli leur office, à savoir user les organismes. Celui de Bernal a payé l'addition dans le Grand Colombier : "J'allais à plein régime en espérant un miracle, mais cela ne s'est clairement pas produit. J'ai tout donné, j'ai fait de mon mieux. J'ai l'impression d'avoir perdu 3 ans de ma vie aujourd'hui. C'est le cyclisme, c'est comme ça, c'est la vie".
Le podium ? Bernal n'y croit pas
"La vérité c'est que j'ai perdu ce Tour", a conclu le Colombien. Ses sorties, plus de huit heures et des dénivelés positifs ahurissants, qui avaient impressionné la planète cycliste n'y ont rien fait. Le podium ? Bernal n'y croit plus : "Je ne pense pas que ce soit une option. Maintenant, je veux juste monter dans le bus, me reposer, voir ce que veut l'équipe et repenser la course."
Sur ce Tour de France 2020, mais aussi et surtout en amont, Ineos s'est trompé. C'est rarissime, c'est même une première depuis la prise de pouvoir en 2012. En 2014, le Tour avait échappé à l'équipe britannique mais c'est le sort qui l'avait décidé avec l'abandon de Froome. En refusant à un Geraint Thomas, plutôt à son aise sur Tirreno-Adriatico, le droit d'épauler, ou de seconder Bernal, Ineos s'est peut-être tirée une balle dans le pied.
"On ne peut pas toujours gagner sinon ce ne serait pas normal", a lâché Bernal, oubliant peut-être que son équipe a remporté sept des huits derniers Tour de France. L'heure n'est pas encore au bilan. Quoiqu'il arrive, il sera terrible pour Brailsford et les siens. L'histoire retiendra que c'est au Grand Colombier que le règne sans partage a pris fin. Du moins s'est-il mis entre parenthèses. N'insultons pas l'avenir.
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