Si Primoz Roglic a reçu un choc d'une rare violence en perdant le maillot jaune à la veille de l'arrivée à Paris, la déflagration est à peine moins puissante pour son bourreau, Tadej Pogacar. Même si son retentissement n'a évidemment pas le même écho. "Je suis en plein rêve, je ne sais pas quoi dire, j'ai l'impression que ma tête va exploser", a d'abord confié le gamin de Komenda quelques instants après son coup d'Etat. Roglic n'avait rien vu venir. Nous non plus. Visiblement, Pogacar non plus.

"Ce matin (samedi, NDLR), j'étais seulement content d'être deuxième", a-t-il avoué. Il regardait presque davantage derrière que devant. Pas illogique. Il pointait à 57 secondes de Roglic, mais ne comptait que 29 secondes de marge sur Miguel Angel Lopez. Tout cela fait rire, après coup. Le carnage de la Planche l'a hissé haut, bien trop haut pour tous les autres. A sa propre surprise, donc :

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Je me disais que si j'étais dans un bon jour, je finirais dans les mêmes eaux que Roglic. Mais finalement, j'ai eu un bon jour et lui moins. Je ne pensais pas prendre le maillot jaune parce que Primoz est super fort mais le résultat est là. Je suis allé à fond du début à la fin. Je connaissais vraiment bien le parcours, je savais où relancer, où récupérer. On a fait une reconnaissance et je connaissais chaque virage, chaque endroit où accélérer.

Tadej Pogacar a du mal à y croire.

Crédit: Eurosport

"Mon rêve était juste de participer au Tour de France"

Pour la petite histoire, le Slovène n'a pas su avant d'avoir coupé la ligne d'arrivée qu'il avait renversé la table. Des indications, il en a eu jusqu'au pied de la Planche des Belles Filles. Il n'ignorait donc pas qu'il avait déjà gobé plus de la moitié de l'avance de Roglic. Mais il lui restait 21 secondes virtuelles à boucher. Après, dans l'ascension, ce fut le trou noir sonore. "Je n'entendais mon directeur sportif à la radio que sur la première partie, a-t-il confié. Ensuite, je n'entendais plus rien dans la montée avec le bruit de la foule."

C'est une double surprise pour Tadej Pogacar. Sur cette journée, et sur ces trois semaines. Lui le débutant. Lui l'espoir de 21 ans (il fêtera son 22e anniversaire lundi, et on peut imaginer que ce ne sera pas le moins savoureux de sa courte vie). "Je n'ai jamais pensé au maillot jaune parce que c'est la plus grande course au monde, assure-t-il. Mon rêve était juste de participer au Tour de France et aujourd'hui je l'ai gagné lors de la dernière étape. C'est incroyable. Je ne l'aurais jamais imaginé."

Pogacar : "Mon rêve, c'était juste de participer au Tour de France..."

"De la peine" pour Roglic

Parce qu'il a délogé un compatriote, et même un peu plus, Pogacar n'a pas oublié d'avoir un petit mot pour le malheureux Roglic, lui-même exceptionnel de sportivité vu le contexte. Sans atténuer sa joie, la déception de sa victime le touche. "Roglic était le meilleur coureur du Tour avec une très bonne équipe, estime-t-il. Ils ont fait un travail fantastique. J'ai un énorme respect pour lui, c'est un ami. J'ai de la peine pour lui. Il perd le maillot jaune après la dernière véritable étape, c'est vraiment dur. J'imagine comment il se sent. Mais c'est la course, on essaie tous de gagner."

Le plus étonnant, au-delà des écarts provoqués samedi, c'est la manière dont il termine ce Tour. En pleine bourre. Mercredi, sur les pentes du col de la Loze, il avait semblé toucher ses limites, toutes relatives, en terminant derrière Lopez et Roglic. Mais il ne fallait rien y voir d'autre que le contexte précis de cette journée. "Dans la Loze, deux gars étaient plus forts que moi. J'ai donné le maximum, c'était l'étape reine, très dure du début à la fin. J'ai souffert à la fin à cause de la haute altitude et aussi des pentes très raides", explique le Slovène.

Tadej Pogacar a mis Primoz Roglic K.O.

Crédit: Getty Images

"Mes capacités de récupération du point de vue génétique sont remarquables"

Mais il n'a pas connu de trou d'air. Rappelons que son plus gros débours sur Roglic, il le doit à la bordure de Lavaur, la première semaine, au cours de laquelle il avait cédé une minute et vingt-huit secondes. A ceux qui doutent, il renvoie à ses facultés de récupération, déjà entrevues lors de la Vuelta 2019. "Ca fait maintenant deux Grands Tours que j'arrive en troisième semaine et que je me sens bien à chaque fois, souligne-t-il. Certains jours un peu moins, mais jamais très mal. Mes capacités de récupération du point de vue génétique sont vraiment remarquables. J'imagine qu'il faut que je remercie mes parents."

Ses parents. Sa famille. C'est peut-être son seul regret du jour. En haut de la Planche, la réception était mauvaise et il a pu seulement échanger "deux minutes" avec sa copine. Mais il a remercié ses parents "parce que ce sont les meilleurs au monde."

Il compte sur eux pour rester lui-même dans le maelstrom qui va l'emporter. Tadej Pogacar va gagner le Tour de France. A 22 ans moins un jour. Plus jeune que Bernal il y a un an. Le vent de jeunesse qui souffle sur le cyclisme en général et le Tour en particulier a quelque chose de dévastateur. "Les choses vont changer mais je veux rester le même, lance-t-il comme une promesse. Il faut poursuivre le bon travail de l'équipe, rester humble. J'aime m'amuser, apprécier la vie dans ses petites choses. Je suis juste un gamin de Slovénie avec deux sœurs et un frère." Qui va arriver en jaune à Paris.

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