Une boucherie. Une attaque d'un autre temps, dans l'avant-dernier col du jour, à plus de trente kilomètres de l'arrivée. Des écarts d'un autre temps, aussi. Tadej Pogacar a pris, au minimum, trois minutes et vingt secondes à ses principaux adversaires, samedi, au Grand-Bornand.
Ses adversaires, ou ce qu'il en reste. Primoz Roglic et Geraint Thomas dans le grupetto, Miguel Angel Lopez à peine moins à la dérive, ne sont pas en mesure de rivaliser dans ce Tour. Un temps, bref il est vrai, on a cru que Richard Carapaz allait pouvoir accompagner le jeune Slovène et maintenir un semblant de suspense au classement général. L'Equatorien a résisté à la première attaque de "Pogi", mais pas à la deuxième.
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Ce Tour a débuté depuis pile une semaine et, par-delà les précautions d'usage qui obligent à rappeler que tant que nous ne sommes pas à Paris, il peut se passer beaucoup de choses, la messe semble bel et bien déjà dite. Des adversaires ? Quels adversaires ? Tadej Pogacar a tout résumé samedi soir : "Je suis peut-être mon principal adversaire." Le tenant du titre peut encore se battre lui-même. Mais de tous ceux qui le suivent, à distance, au classement général, personne ne paraît avoir les moyens requis ne serait-ce que pour le chatouiller.

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Une "vengeance" après l'étape de vendredi

Pogacar évolue dans sa propre dimension. Une impression accentuée par les malheurs de son compatriote Roglic, intrinsèquement le seul à pouvoir rivaliser avec lui. On ne saura jamais ce qu'aurait donné ce Tour 2021 avec un "Rogla" à 100%. Mais on sait ce qu'il donne sans lui. Jeune homme bien élevé et poli, Tadej Pogacar estime pourtant que rien n'est terminé. "Non, je n'ai pas tué le Tour, la route est encore longue, tout peut arriver. Aujourd'hui, j'ai créé un écart, peut-être que demain quelqu'un d'autre fera de même", a-t-il martelé. Peut-être, oui. Mais on nous permettra quand même d'en douter.
Le leader du Team UAE Emirates avait en tout cas visiblement très envie de marquer les esprits samedi pour l'entrée dans les Alpes. Surtout après le scénario de la veille vers le Creusot, où son équipe avait été piégée et contrainte de rouler une grande partie de la journée. Derrière le sourire presque angélique se niche le caractère d'un prédateur.
"Ma victoire (sic) est peut-être une petite vengeance par rapport à vendredi, dit-il. Lors de l'étape de vendredi, tout le monde roulait contre nous, c'est pour ça que j'ai tout donné pour créer un écart." Il avait un petit compte à régler. Son équipe aussi. Sa satisfaction est aussi là : "J'ai une grande équipe. Elle a montré qu'elle était capable de se battre pour aller chercher le maillot jaune."
C'est vrai, son équipe a couru avec justesse samedi, beaucoup plus que la veille. Davide Formolo, notamment, a préparé le terrain dans le col de Romme avant que son leader ne procède à l'essorage de la concurrence, ou ce qu'il en restait. Et si Pogacar a placé sa banderille un peu plus tôt qu'attendu, c'est qu'il avait perçu la faiblesse adverse. "Dès la première des trois ascensions principales, j'ai senti que les grimpeurs d'Ineos n'étaient pas dans un grand jour, donc je me suis dit que j'allais essayer, explique le nouveau maillot jaune. La meilleure défense, c'est l'attaque. Je me sentais bien, même avec la pluie, et j'ai senti qu'il fallait attaquer."

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Je ne sais pas si j'attaquerai à chaque étape de montagne, probablement pas
Sa prise de pouvoir n'était à l'évidence qu'une question de temps. En 2020, il avait endossé le maillot jaune la veille de l'arrivée à Paris. Cette fois, il le prend à l'avant-veille de la première journée de repos. Et avec une marge telle qu'on voit mal qui, quand, comment et où quelqu'un pourrait l'en déposséder, même si, dans l'absolu, son dauphin Wout Van Aert, à moins de deux minutes, n'est pas si loin. Mais la différence de niveau a sauté aux yeux de tous samedi vers Le Grand-Bornand. Au point que Pogacar semble de taille à gagner ce Tour avec une avance à l'ancienne, supérieure à dix minutes, ce qui serait du jamais vu depuis Laurent Fignon en 1984.
Mais le Slovène se défend de vouloir martyriser le peloton. On le sait supérieur, on le pressent attaquant, mais a-t-il une âme de "tyran", à la Merckx, gagnant tout ce qu'il peut gagner, ne laissant que des miettes ? peut-être pas. Il a sous-entendu que non, samedi : "Je ne sais pas si j'attaquerai à chaque étape de montagne, probablement pas. La première semaine a été épuisante et l'étape de dimanche est très dure aussi. J'ai attaqué aujourd'hui mais il va aussi falloir penser à défendre maintenant que nous avons le maillot jaune."
S'il n'a pas le caractère d'un gestionnaire, Pogacar pourrait donc, malgré tout, faire montre de pragmatisme et rester sage. Tant pis pour lui. Il n'avait qu'à pas détruire tous ses adversaires dès les premiers cols.

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