Le numéro accompli par Tadej Pogacar dans les trente derniers kilomètres de cette 8e étape n'a pas l'impact historique de celui du contre-la-montre à la Planche des Belles Filles l'an dernier, quand le jeune Slovène avait réussi l'impensable en déboulonnant son compatriote Primoz Roglic pour s'offrir le maillot jaune à la veille de l'arrivée à Paris. Samedi, lors de l'entrée du peloton dans les Alpes, il n'a pas gagné le Tour. Pas même l'étape. Mais la raclée infligée à tous les autres prétendants au classement général sur les pentes des cols de Romme et de la Colombière n'en laissera pas moins une empreinte profonde. Une cicatrice, presque.
Coéquipiers, adversaires, observateurs, anciens coureurs : tous ont été sonnés par la performance du leader de l'équipe UAE Emirates. Habitué à dominer le Tour pendant des années avec ses boys de la Sky puis de Ineos, Dave Brailsford a retrouvé l'autre côté du miroir, celui de l'impuissance. Mais le manager de la formation Ineos-Grenadiers se montre à la fois impressionné et beau joueur. Dans une interview accordée à nos confrères néerlandais de Wielerflits, il convoque même l'Histoire, la grande, à l'heure d'évaluer la performance de Pogacar :
"On suit tous le cyclisme depuis longtemps et je pense qu'il faut remonter assez loin dans l'histoire du cyclisme pour trouver une performance comparable. Tadej est dans une autre dimension par rapport à tous ses adversaires. Mais il faut s'incliner. Et saluer son courage, car il en faut pour attaquer aussi loin de l'arrivée comme il l'a fait. J'ai du respect pour ça."
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Wiggins : "Il a mis ce Tour en pièces"

Bradley Wiggins, l'homme qui avait initié la dynastie Sky en 2012, couvre désormais le Tour de France pour Eurosport au Royaume-Uni. Lui aussi est soufflé par ce qu'il a vu. "Personne ne peut le suivre, juge Sir Bradley sur Eurosport. Il est parti de si loin, dans une étape aussi dure que celle-là. Ce qui m'impressionne, c'est qu'il soit capable de faire ça, lors de la première journée dans les Alpes, alors que la veille, lui et son équipe avaient été secoués."

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Pour Wiggins, ce Tour est probablement terminé. "Bien sûr, il peut toujours se passer beaucoup de choses jusqu'à Paris, mais disons-le clairement, il a mis ce Tour en pièces, tout simplement. On a toujours envie de croire que ce n'est pas fini, mais il est clairement le plus fort. Je ne vois personne dans sa catégorie aujourd'hui. Il est dans une course à part, malheureusement."
Il n'est pas le seul à le penser, même si tout le monde, d'abord par respect pour la course elle-même, ne le dit pas, ou pas aussi franchement. Mais à l'image de Julien Jurdie, l'idée s'impose fortement. "Le Tour n'est jamais fini tant que la ligne n'est pas franchie à Paris, mais c'est clair qu'on a vu un phénomène s'exprimer aujourd'hui (samedi, NDLR), comme on l'avait vu l'année dernière et dans certaines courses en début de saison, tranche le directeur sportif d'AG2R-Citroën. Ce n'est donc pas une surprise. La concurrence n'est pas très importante non plus avec tous les problèmes qu'ont eu les Jumbo-Visma, et notamment Roglic. Mais c'est vrai que Pogacar domine de la tête, des épaules, des pieds, de tout ce qu'on veut."

Tadej Pogacar a retrouvé le maillot jaune.

Crédit: Getty Images

Il était très impressionnant, il n'y a pas d'autre mot
Pour David Gaudu, Pogacar est "au-dessus de la mêlée". Selon Grischa Niermann, directeur sportif de la Jumbo-Visma, il est "dans son monde". Wilco Kelderman, arrivé dans le groupe des meilleurs du reste du monde, s'est "senti solide" mais n'a pu que constater, lui aussi, à quel point le Slovène était "incroyablement fort."
Il y a ceux qui l'ont vu partir, comme Carapaz, Gaudu, Mas et les autres, et ceux qui l'ont vu revenir parce qu'ils étaient de l'échappée du jour. Ce fut le cas de Guillaume Martin. Quand la tornade Pogacar l'a déposé, le grimpeur de la Cofidis n'a pas eu beaucoup de temps pour observer. Mais il a bien senti le coup de vent : "Quand Pogacar m'a doublé, c'était tout bonnement impossible de le suivre. Il était très impressionnant, il n'y a pas d'autre mot." Pas mieux, effectivement.
Et ce n'est peut-être pas fini. "Il pourrait même enfoncer le clou demain (dimanche)", selon Julien Jurdie. S'il le veut, c'est probable. Que quelqu'un puisse s'interposer, beaucoup moins. C'est la loi du plus fort.

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