Les débats du Tour : Sans victoire, le Tour des Français est-il décevant ? La plus belle de Tadej Pogacar ? Quelle note pour l'édition 2026 ?

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Au bout de ce Tour de France 2026, la France a placé deux coureurs dans le Top 5 avec Paul Seixas et Lenny Martinez mais elle n'a pas remporté d'étape. Que faut-il en penser ? Doit-on être déçu ? Après ces trois semaines de Barcelone à Paris, quelle note donner à cette édition ? Et enfin, quelle est la plus belle victoire des cinq de Tadej Pogacar ? Ce sont nos derniers débats du Tour.

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Sans victoire, le Tour des Français est-il décevant ?

Laurent Vergne
C'est un Tour de l'entre-deux. Un verre à moitié plein ou à moitié vide. Il y a eu deux Tours dans le Tour pour les Français. Deux Tours parallèles qui jamais ne se sont croisés. Tout dépend donc du prisme que vous choisissez. Le premier, c'est celui du classement général et, sur ce plan, c'est une très jolie réussite avec deux coureurs dans le Top 5 et trois dans le Top 10. Une rareté au XXIe siècle pour le cyclisme tricolore. D'autant plus satisfaisant que Paul Seixas et Lenny Martinez sont deux immenses espoirs pour l'avenir.
L'autre Tour, en revanche, aura été d'une grande pauvreté. Oui, l'absence de victoire d'étape est une lacune béante et pour ma part, j'ai du mal à ne pas considérer qu'il s'agit d'un échec. Quand une telle carence ne se produit que pour la troisième fois en 113 éditions (!), la rareté fait l'évènement. C'est un évènement… dont nous nous serions volontiers passés. D'autant qu'au-delà des résultats, il a manqué à mon goût un certain sens de l'émotion chez les principaux protagonistes français. Mais disons que ce Tour 2026 constitue une promesse pour des lendemains plus heureux et enchanteurs.
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Christophe Gaudot
Il faut mesurer le chemin parcouru. Depuis la fin de l'époque des Bardet ou Pinot et si l'on met de côté la très belle surprise sans lendemain David Gaudu en 2022, la France n'était plus invitée dans le Top 5 ces dernières années, ni à la pédale, ni grâce à des circonstances de courses. Ces dernières ont aidé en 2026 puisque si l'on peut croire que Paul Seixas aurait terminé devant Florian Lipowitz et donc 5e sans l'abandon de Jonas Vingegaard, Lenny Martinez aurait fini plus loin. Pour autant, ni l'un, ni l'autre n'a volé sa place et c'est une vraie promesse pour l'avenir.
J'entends que le Tour de nos coureurs français a manqué d'émotions. Nous n'avons jamais vraiment cru jusqu'au bout à une victoire d'étape, pas plus que Paul Seixas nous a permis de croire, dans le dernier weekend, qu'il pouvait renverser la course au podium. Tout ceci est vrai mais je ne peux pas considérer la performance de Seixas, Martinez ou encore Jordan Jegat que je n'oublie pas avec sa 10e place est une déception. Aurais-je échangé ces trois coureurs dans le Top 10 pour une étape ? Absolument pas.

Quelle note donner à ce Tour ?

Jean-Baptiste Duluc
7/20. La note est sévère, certes, mais elle reflète parfaitement ma déception et mon ennui sur ce Tour 2026. Heureusement que Mathieu Van der Poel a enflammé les 9e et la 21e étapes pour nous offrir deux journées dignes d'un Grand Tour car ce sont bien les seules. Le dénouement de la 20e étape avec Richard Carapaz et Sepp Kuss était assez fou mais il mettait surtout en exergue la morosité du reste de l’étape.
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La lutte pour le général n’aura jamais réellement existé, encore moins après l’abandon de Jonas Vingegaard, quand Tadej Pogacar a cessé de considérer qu’il avait des adversaires, ce qui était vrai, malheureusement. La folie de Mads Pedersen aura été l’un des rares points positifs individuels de ce Tour, qui ne m’a apporté presque aucune émotion, aucune surprise. Chaque scénario était convenu ou presque, chaque vainqueur prévisible et, sans envolée entre favoris, il était difficile de s’enflammer sur ce Tour 2026.  C’est ça le pire. 
Laurent Vergne
La moyenne, sur le gong. Cette édition est un peu sauvée par une dernière journée absolument fantastique. L'étape de Paris, dimanche, a été une des plus excitantes de ces 10 dernières années et de très, très loin, la plus mémorable de ce Tour de France 2026. À elle seule, elle permet de rétablir une forme d'équilibre sur l'impression que laisseront ces trois dernières semaines. Pour résumer, ce fut un petit Tour, achevé par une grande dernière étape. Une conclusion bien troussée ne peut suffire à faire d'une dissertation mal fagotée un bon devoir, mais elle lui sauve la moyenne.
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Le grand tort de cette Grande Boucle aura été d'être terriblement prévisible, et c'est en grande partie la "faute" de Tadej Pogacar. Il était aisé de deviner où et quand il voudrait gagner et, par conséquence, où et quand il gagnerait. Résultat, pas de suspense, peu de surprise, et une émotion largement contenue, jour après jour. Comme toujours, il y aura eu des séquences fortes, mais il aura vraiment fallu attendre les derniers instants pour vivre un inoubliable moment de cyclisme dans les rues de la capitale. Merci pour ça. Il était temps.
Christophe Gaudot
11/20, juste au-dessus de la moyenne pour moi. Pour aller plus haut, il a manqué à ce Tour les grandes émotions que Tadej Pogacar et Mathieu Van der Poel nous ont fait vivre ce dimanche entre Montmartre et les Champs-Élysées. Je l'admets, si par exemple Mauro Schmid ou Soren Waerenskjold étaient Français, leurs victoires nous auraient probablement un peu plus emportées et nous aurions, ou plutôt j'aurais, une autre appréciation de ce Tour de France.
Globalement, il a quand même manqué beaucoup de choses à ce Tour, même sans parler des rebondissements pour la victoire finale puisqu'il n'y en a plus depuis quelques années déjà. Derrière "Pogi", les prétendants au podium ont été bien timides, peut-être est-ce dû à la jeunesse que nous avons saluée par ailleurs. En parallèle, si certaines étapes ont été indécises dans leur construction, leur issue n'a que très rarement été surprenante. Je ne me suis pas complètement ennuyé en suivant ce Tour mais il a manqué beaucoup d'ingrédients pour qu'il s'inscrive dans ma mémoire.

Quelle est la plus belle des cinq victoires de Pogacar ?

Christophe Gaudot
Récemment, Alexander Kristoff et Davide Formolo vous ont raconté dans ces colonnes le Tour de France 2020 de Tadej Pogacar de l'intérieur. Chez UAE, on venait avec des ambitions, bien sûr mais celles-ci naviguaient entre le Top 5 et le podium. Pour ça, mais aussi bien sûr pour le feu d'artifice émotionnel de La Planche des Belles Filles, je pense que ce Tour 2020, le seul qu'il ne devait pas remporter, est le plus beau des cinq.
Aucun des quatre suivants ne fut réellement disputé, le plus "petit écart" étant celui qui le séparait de Jonas Vingegaard en 2025 (4'24''). Sans un adversaire à sa hauteur, il manque un petit truc à Pogacar. Je ne dis pas qu'en 2020, la rivalité entre Primoz Roglic et Pogacar fut exceptionnel mais elle nous a livrés l'un des plus grands moments de l'histoire du Tour. Même en mettant tout le reste de côté, les chiffres, son âge, la simple journée de La Planche des Belles Filles que nous avons tous commencée sans nous douter ce qui nous attendait, fait de ce souvenir le plus beau de ses cinq victoires.
Laurent Vergne
Spontanément, j'avais envie, comme Christophe, de me tourner vers 2020 et je suis d'accord, émotionnellement, il n'y a rien eu de plus fort depuis. Aucun doute là-dessus. Tadej Pogacar avait commencé par le meilleur. Mais la notion de "plus belle victoire" est toujours un peu complexe à définir, car éminemment subjective. Je préfère évoquer celle qui, à mes yeux, a été la plus importante dans la trajectoire du Slovène. Et là, je mise sur 2024.
Mine de rien, au départ de ce Tour-là, Pogacar et Jonas Vingegaard comptaient chacun deux couronnes de juillet. Et le Danois était même le double tenant du titre. Pour "Pogi", il s'agissait de remettre la main sur le cyclisme mondial et c'est en cela que ce Tour 2024 aura été capital pour lui dans sa carrière. Avec deux autres arguments en faveur de cette cuvée : il s'agit de son record personnel en nombre de victoires (6 étapes) et, surtout, il sortait d'un Giro victorieux. Ce Tour 2024 fut donc un immense pas dans l'histoire du cyclisme, avec le premier doublé Giro-Tour du XXIe siècle. Une bonne raison de le mettre au-dessus du panier.
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