Tour de France 2026 | La Belgique et le Tour, 50 ans de disette et d'éloignement
Par Laurent Vergne
Mis à jour 20/07/2026 à 15:37 GMT+2
La Belgique et le Tour, ce fut longtemps une histoire d'amour. Puis la source s'est tarie, la passion aussi. Nos voisins n’ont plus ramené le maillot jaune à Paris depuis très exactement 50 ans et le succès de Lucien Van Impe en 1976. Retour sur un demi-siècle de traversée du désert, avec une question à l'horizon : Remco Evenepoel peut-il changer cela dans les années à venir ?
Remco, un nouvel espoir de victoire sur le Tour pour la Belgique ?
Crédit: Marko Popovic
Cet été 2026 marque une double commémoration pour le Tour de France. C'est le 40e anniversaire de la dernière victoire française. Une sécheresse terrible pour les Tricolores dans LEUR tour national. Une traversée du désert inconnue dans sa durée pour les Italiens ou les Espagnols sur le Giro et la Vuelta. Mais il est une autre nation dont l'attente est encore plus interminable sur le Grande Boucle. La Belgique, elle, doit remonter une décennie plus loin pour trouver trace de son dernier maillot jaune à Paris. C'était Lucien Van Impe, en 1976. 50 ans. Un demi-siècle dans les oubliettes de l'histoire.
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Au cours de ces cinq dernières décennies, le cyclisme a changé et le Tour avec lui. Le vieux monde s'est ouvert au nouveau, contraint et forcé. De nouvelles nations ont conquis l'épreuve, des Etats-Unis à l'Australie, de l'Allemagne au Danemark, de la Colombie à la Slovénie. La France et la Belgique, elles, ont regardé passer des trains dans lesquels elles n'avaient plus le droit de monter. 40 et 50 ans de purge. Si ce double anniversaire frappe, c'est qu'il s'agit, aujourd'hui encore, des deux pays avec le plus grand nombre de victoires au palmarès du Tour : 36 pour la France, 18 pour la Belgique. 54 triomphes cumulés émanant de 31 coureurs différents. Puis plus rien.
Le cas belge est peut-être encore plus marquant. Même s'il ne s'agit pas de "leur" tour, le cyclisme est bel et bien leur SPORT national. La Belgique vénère toujours autant le vélo, et le Tour demeure le maitre-étalon de toutes les courses en termes de prestige. La Belgique a généré le champion le plus prolifique de l'histoire du cyclisme, Eddy Merckx. Et si Lucien Van Impe est le dernier lauréat belge du Tour, c'est évidemment la retraite de Merckx, à la fin des années 70, qui a marqué une césure définitive.
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Evenepoel mate Del Toro, Pogacar équipier devancé : l'arrivée en vidéo
Video credit: Eurosport
Le cyclisme, pour nous d'une manière générale, ce sont les courses d'un jour
Sauf qu'en réalité, Merckx était déjà devenu une exception à son époque. Pas une règle. La Belgique, déjà, avait tourné le dos au Tour. Quand il triomphe pour la première fois en 1969, le futur Cannibale est ainsi le premier vainqueur belge depuis… trente ans et Sylvère Maes, juste avant la Guerre. Merckx a écrasé le Tour parce qu'il écrasait tout. Pas parce qu'il en avait fait un objectif absolu et le centre de son attention et de ses intentions. Quant à Van Impe, il était lui aussi un cas à part dans le paysage belge. Un grimpeur, un vrai, qui plus est membre d'une équipe, la Gitane – Campagnolo, alors dirigée par Cyrille Guimard et littéralement obsédée par le rendez-vous du mois de juillet.
Après eux, le déluge, donc. La Belgique a continué de "produire" des champions marquants, d'Eric Vanderaerden à Johan Museeuw, de Tom Boonen à Philippe Gilbert, mais toujours dans le registre des classiques et des courses d'un jour. Le véritable ADN du cyclisme belge, qu'il s'agisse de ses coureurs ou de son public. Au fond, les courses par étapes, y compris leur plus éminente incarnation, n'ont plus été au cœur du projet depuis la seconde moitié du XXe siècle. Eddy Merckx n'aura été qu'une parenthèse. Une prodigieuse anomalie.
"Le cyclisme, pour nous d'une manière générale, ce sont les courses d'un jour, nous explique Philippe Gilbert, une des parfaites illustrations de cette lignée. C'est un peu notre culture, donc ce sont les classiques. On a d'excellents coureurs de classiques et d'excellents sprinters, donc le public belge vit quand même, je pense, plus au rythme des classiques que du Tour de France. La période la plus importante c'est de A travers la Flandre jusqu'à Liège. Le Nieuwsblad, Kuurne, le Samyn début février et jusqu'à fin avril. C'est vraiment là qu'il y a tous les vrais supporters belges qui sont présents au bord des routes."
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Pogacar a-t-il offert la victoire à Evenepoel ?
Video credit: Eurosport
Après Van Impe, plus rien
Les Belges ont le cyclisme dans les tripes, mais plus celui de la sortie de l'hiver et du début du printemps que celui brûlant et ensoleillé. Le leur a l'odeur du vent, de la pluie et de la boue, pas celui des coups de soleil. Ils ont continué de suivre le Tour au fil du temps, bien sûr, mais d'un œil sans doute un peu moins passionné. Car non content de ne plus avoir de vainqueur, ils n'avaient même plus de prétendants. Après le dernier podium de Van Impe en 1981, ce fut le néant. Un seul Top 5 dans le reste des années 80 (le regretté Claudy Criquelion, 5e en 1986). Dans les années 90, deux petites apparitions dans les 10 (Johan Bruyneel, 7e en 1993 et… Axel Merckx, 10e en 1998) et aucune dans les années 2000.
Un homme va permettre à la Belgique de retrouver quelques couleurs au classement général. Il s'appelle Jurgen Van den Broeck. En 2010, le Campinois signe le premier podium belge depuis Van Impe 29 ans plus tôt en terminant troisième. Mais il aura pour cela tout de même eu besoin des disqualifications du vainqueur, Alberto Contador, et de Denis Menchov, 3e à Paris. Une ambition vite asséchée, malgré sa 4e place en 2012. Van den Broeck n'a clairement pas changé la donne de façon durable. Avec Remco Evenepoel, la chose a soudain pris une autre envergure...
Le natif d'Alost a déboulé tel un prodige sur le cyclisme mondial. Il présentait il est vrai le package intégral du champion avec, tout ce qui n'avaient pas eu ses aînés depuis 30 ou 40 ans : le potentiel pour briller sur tous les terrains et viser ainsi indifféremment des courses par étapes ou celles d'un jour. Dès son arrivée dans le peloton professionnel en 2019, le jeune Remco l'annonçait du haut de ses 19 ans, il voulait ramener un jour le maillot jaune à Paris. Certains se demandent même : et s'il s'agissait du plus grand talent depuis Hinault et Merckx ? C'était avant qu'un certain Tadej Pogacar ne pulvérise tous les marqueurs de la précocité et de la domination tout terrain.
Il n'en reste pas moins que quand Remco Evenepoel a remporté la Vuelta en 2022 à seulement 22 ans, le prisme belge a changé. C'était le premier succès du pays sur un grand tour depuis Johan De Muynck sur le Giro en 1978. Pogacar était alors déjà devenu le maître du Tour, mais Remco redessinait tout de même une ambition belge sur trois semaines. "Quand il a fait troisième en 2024, les gens ont vraiment suivi le truc, on se disait que, s'il avait fait podium, il pouvait gagner", évoque Philippe Gilbert.
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Evenepoel : "Un énorme palier pour moi de gagner une étape contre Tadej et Isaac"
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Un Tour à la 2012, l'unique chance de Remco
Pourtant, l'ancien champion du monde a toujours eu du mal à y croire au fond de lui et il n'est sans doute pas le seul. Parce que Remco est prisonnier d'un contexte et d'une époque matraquée par un champion, Tadej Pogacar, évoluant dans sa propre dimension. "Moi, je suis réaliste, nous dit-il. On en parle, mais après, on est réaliste quand même. Même si on a Evenepoel, qui est un excellent coureur, qui a fait le podium, on sait que les chances de victoire sont très maigres."
En prime, la Belgique s'est tellement habituée depuis les 70's à ne pas jouer un rôle majeur sur le Tour, qu'elle peine à changer de vision, à en croire ce que l'ancien champion du monde nous confiait avant le grand départ de Barcelone : "Je n'ai pas l'impression, pour être quand même du côté des médias aujourd'hui, que c'est leur priorité. On est plus concentrés sur nos sprinters, avec Philipsen, Merlier et De Lie. On a quand même beaucoup de sprinters potentiellement vainqueurs sur le Tour. Alors, on est plus à les suivre eux que d'espérer une victoire d'Evenepoel finalement."
Deux semaines plus tard, alors que Remco vient de signer au Plateau de Solaison la 500e victoire d'étape belge sur la Grande Boucle et qu'il est le nouveau dauphin (certes lointain) de Pogacar, la donne a-t-elle changé ? "Moi, je reste persuadé, et je l'ai déjà dit des dizaines de fois, le seul moyen qu'il gagne, c'est qu'ASO fasse un Tour similaire à ce que Bradley Wiggins a reçu." Un Tour gavé de kilomètres de contre-la-montre (en tout cas selon les standards rachitiques en la matière du XXIe siècle), sa grande spécialité. "Si on rejoue le même Tour de France qu'en 2012, conclut Gilbert, alors là, on pourra parler de chance de victoire pour Evenepoel. Mais avec les parcours qu'on a actuellement, non, non, non."
"Evenepoel a beaucoup été critiqué, Van Impe lui-même a dit que ce n'était pas un coureur qui pourrait gagner le Tour, a rappelé dimanche Louis Vervaeke, son ancien coéquipier resté chez Soudal-Quick Step. C'est beau pour la Belgique, même si ce n'est plus mon équipier". Remco Evenepoel fait ce qu'il peut et il le fera encore dans cette troisième semaine. Il est peut-être à l'aube de signer le meilleur résultat belge depuis 50 ans. Mais la Belgique ne retient pas son souffle et peine encore à croire que Lucien Van Impe, qui attend depuis 50 ans un successeur, puisse le connaître de son vivant.
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