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Tour de Lombardie - Thibaut Pinot, c'est grand

Pinot, c'est grand

Le 14/10/2018 à 16:11Mis à jour Le 14/10/2018 à 19:40

TOUR DE LOMBARDIE - Vainqueur de son premier Monument après avoir brillé sur la Vuelta et au Mondial, Thibaut Pinot (Groupama-FDJ) a montré sur deux mois tout le bien que l'on voulait penser de lui.

Thibaut Pinot est un champion. La question s'est beaucoup posée ces dernières années. Et se poser ce genre de question, c'est déjà y répondre par la négative. Il n'y a même pas cinq mois, le débat faisait rage sur sa fin de Giro : son abandon, direction l'hôpital après avoir bouclé la 20e étape complètement vidé, traduisait-il un tempérament de champion ou montrait-il les limites d'un coureur une nouvelle fois lâché par son corps ? En cette fin de saison 2018, comme on l'anticipait au mois d'août, la question ne se pose plus : le Franc-Comtois est un grand, et pas seulement à l'échelle française.

Thibaut Pinot, c'est évidemment un grand talent. De cela il n'a jamais été question. Cela se voyait dès ses premiers tours de roue et cela nous a explosé au visage lors du Tour de France 2012 : une victoire d'étape à Porrentruy qui a éprouvé les cordes vocales de Marc Madiot comme rarement (c'est dire) et une capacité à répondre présent dans les grands rendez-vous montagneux qui lui permettait déjà d'accrocher le top 10 au général. Avant le chef d'oeuvre lombard, ses coups d'éclat (ponctuels) étaient venus nous montrer régulièrement que quand Pinot marche, il appartient à une classe supérieure.

Thibaut Pinot à l'arrivée du Tour de Lombardie 2018

Un palmarès enviable et un style admirable

Thibaut Pinot, c'est aujourd'hui un palmarès à observer avec respect et admiration. Des étapes sur le Tour, la Vuelta et le Giro (et quelles étapes, dans des lieux aussi mythiques que l'Alpe d'Huez ou les Lacs de Covadonga), et désormais un Monument : aucun Français ne coche autant de cases depuis les années 1990. Toutes nationalités confondues, ils ne sont au XXIe siècle qu'une poignée à cumuler comme Pinot succès sur les sommets que constituent les Grands Tours et l'élite des courses d'un jour : Mark Cavendish, John Degenkolb, Simon Gerrans, Philippe Gilbert, Vincenzo Nibali, Alessandro Petacchi, Joaquim Rodriguez et Alejandro Valverde (Paolo Bettini n'est pas loin mais sa victoire sur le Tour date du XXe siècle). Belle table à laquelle Pinot s'invite.

Au-delà du talent et des résultats, Thibaut Pinot, c'est un style. "La clef, c'était d'attaquer", a-t-il simplement résumé après son superbe mano a mano sur 50 kilomètres avec Vincenzo Nibali (un des coursiers les plus racés de ce siècle). "Quand j'ai vu Nibali attaquer dans Sormano j'ai dit 'bingo'." Pinot déçoit parfois, mais il ne se cache pas, en course ou en dehors. C'est comme ça qu'il a séduit le public italien (plus que par ses déclarations d'amour pour les courses transalpines) et s'est attiré le respect des cadors du peloton.

Le style de Thibaut Pinot, c'est aussi une allure. La hargne transpire de son coup de pédale néanmoins élégant. On a longtemps critiqué (à raison) ses limites en descente, il volait après le Civiglio samedi. Mais c'est surtout quand la route s'élève et qu'il se dresse sur les pédales que la magie opère.

Un champion faillible mais frais

Thibaut Pinot, ce sont aussi des défaillances et ce seront toujours des interrogations. "Il va gagner un Grand Tour l'an prochain", m'a lancé un ami enthousiaste samedi soir. Non, parce qu'en 2019 il va se concentrer sur le Tour et de toute façon, même sur le Giro ou la Vuelta où le niveau s'est considérablement rehaussé ces dernières saisons, je ne l'imagine pas s'imposer comme le plus fort sur trois semaines face à des machines de guerre qui ont parfaitement préparé leur affaire.

Tant pis, Pinot est faillible. Ça peut aussi faire son charme et ça donne une plus grande dimension au rebond dont il nous a gratifié ces dernières semaines après son immense désillusion du Giro.

De toute façon, Thibaut Pinot, c'est frais : qu'il est bon de dépoussiérer certains palmarès français, ne plus avoir à en référer à Laurent Jalabert (si on me dit Jaja et l'Italie, je pense avant tout à Conconi et Ferrari).

Thibaut Pinot enfin, c'est la vraie vie et les copains. Il retrouvera bientôt son chez lui, ses chèvres, ses ânes, son cocon familial et amical aussi. L'une des plus belles images de ce Tour de Lombardie, il l'a offerte dans les derniers hectomètres, en tapant dans la main de ses équipiers William Bonnet et Jérémy Roy. "J'ai gagné pour Jérémy", disait-il encore, saluant un équipier qui lui a tant donné. Pour tout ce qu'il a incarné et réalisé depuis une quinzaine d'années Roy mérite nos remerciements. Thibaut Pinot lui a offert ceux d'un champion.

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