Tour de Suisse I Tadej Pogacar (UAE Emirates - XRG), vainqueur après un raid de 72 km : "On préfère quoi, qu’il attaque à 5 km de l’arrivée ?"

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Il a déjà plié le Tour de Suisse. Parti en solitaire à 70 kilomètres de l’arrivée, Tadej Pogacar (UAE Emirates – XRG) a distancé la concurrence dès la 1re étape à Sondrio, mercredi. Elle ne s’est pas résignée sans raison dans un scénario loin d’être inédit. Il peut légitimement sembler monotone. Mais il ne faut certainement pas minimiser les prouesses du Slovène pour autant.

Le revoilà ! Pogacar attaque à 72 bornes de l'arrivée

Video credit: Eurosport

"Non, c’était dur, très dur." Le discours contraste avec le constat. Tadej Pogacar (UAE Emirates – XTG) se refusait à parler d’une victoire facile mercredi, sur la 1re étape du Tour de Suisse. Pourtant, il était bien seul sur sa planète à Sondrio. Le Slovène s’est lancé sur un raid solitaire de près de 70 kilomètres pour couper la ligne avec plus de deux minutes d’avance sur Richard Carapaz (EF Education-Easy Post) et Andrea Bagioli (Lidl-Trek), et plus de quatre sur le reste des favoris. Il n’a jamais été contesté. C’est bien ça, la vérité.
Il pouvait y avoir l’ombre d’un doute. Pogacar n’avait plus couru depuis près d’un mois et demi et sa victoire au Tour de Romandie. Il sort d’un stage en altitude en Sierra Nevada pour préparer le Tour de France. L’hypothèse d’une reprise en douceur avait du sens. Pas pour le double champion du monde en titre. La douceur, pour lui, c’était un long effort solitaire. Il n’y a que sur les Strade Bianche que le Slovène avait lancé sa victoire de plus loin cette année (81,1 km). Une autre course de reprise, puisque c’était sa première de la saison.
Pogi jure ne pas l’avoir prévu. "Ce n’était pas du tout le plan de partir en solitaire, a-t-il assuré. Parfois ça marche, là ça marché, merci à mes équipiers pour ça. On était regroupés avec un rythme très élevé. Après le sprint de bonification, on s’est regardé avec McNulty et on s’est dit ‘on tente quelque chose’. Et on est juste partis. Je n’avais pas d’écart donc je ne savais pas ce qui se passait derrière. J’ai juste continué à mon rythme. Et lorsque j’ai appris que l’écart était important, j’ai gardé mon rythme."
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Comme un contre-la-montre : l'arrivée classique en solitaire de Pogacar en vidéo

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Personne n’a voulu calquer le sien sur celui du Slovène. La concurrence était déjà résignée. "On a essayé de suivre, mais c’était un niveau trop haut, pour moi c’était impossible, une autre course s’est mise en place", constatait Bagioli, dans un discours similaire à celui de Carapaz. "On sait que Tadej joue dans une autre ligue, résumait l’Équatorien. Son échappée ? Pff, je ne sais pas combien de kilomètres c'était mais… C'est incroyable. On est là, on essaye de faire notre course, c'est tout."

" S’il veut jouer, qu’il joue tout seul"

Difficile de les blâmer. "Beaucoup de coureurs ont dû se demander s’ils y allaient, expliquait Jacky Durand, consultant sur Eurosport, pendant la course. Ça a peut-être traversé l’esprit de certains mais ils étaient déjà au rupteur. On sortait d’une descente très rapide, d’un plat effectué à grande vitesse avec des équipiers de Pogacar. Lorsque Pogacar est sorti à 70 kilomètres de l’arrivée, je pense que les coureurs se disent dans leur tête : ‘si au mieux j’arrive à le suivre, je vais exploser quelques kilomètres plus loin. S’il veut jouer, qu’il joue tout seul. Je n’ai pas envie de jouer avec lui sur la 1re étape’".
Forcément, la course a perdu un peu de son intérêt. Tout était plié à mi-course sur une étape pourtant courte (144,4 km). Ce n’est évidemment pas une nouveauté. Quand Pogacar prend le départ, les autres se battent systématiquement ou presque pour la deuxième place. Le Slovène totalise déjà 10 succès cette saison. En seulement 12 jours de course. Sinon, il a terminé 2e de Paris-Roubaix derrière Wout van Aert, 4e d’une étape du Tour de Romandie remportée par Dorian Godon, et 6e du prologue de la même épreuve, sur un tracé très réduit (3,2 km).
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"Pogacar voulait peut-être une approche un peu plus cool"

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Pogi ne laisse que des miettes et ça tue déjà le suspense. Encore plus quand il part d’aussi loin, comme il l’avait déjà fait sur les Mondiaux ces deux dernières années, ou sur les championnats d’Europe l’an passé, entre autres ? "On préfère quoi, attendre les 5 derniers kilomètres, qu’il attaque et finissent avec 10 secondes d’avance, questionne Jacky Durand. Qu’il fasse comme les anciens, courir à l’économie ? Qu’il attende 30, 5 ou 70 kilomètres pour attaquer, le résultat est le même."
C’est toujours la même histoire avec les sportifs dominants. Leurs victoires ne doivent pas être banalisées pour autant. La suprématie de Pogacar ne se traduit jamais aussi bien que lorsque ses succès viennent de loin. Le scénario a été vu et revu, mais la manière reste admirable. Parce qu’elle est rare. "Qu’est-ce que c’est beau de voir des chevauchées de coureurs, conclut Jacky Durand. Il y a une grande part de risque à attaquer à 70 km de l’arrivée. C’est un exploit. Il nous gratifie de trucs impensables." Et c’est bien ce qu’il faut retenir. Même si cela n’exclut pas une forme de monotonie.   
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