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Cancellara, quel numéro !

Cancellara, quel numéro !
Par Eurosport

Le 04/04/2010 à 12:02Mis à jour

Intouchable, Fabian Cancellara (Saxo Bank) a remporté le Tour des Flandres dimanche. A la pédale, le Suisse a distancé Tom Boonen (Quick Step) dans le Mur de Grammont pour s'envoler de façon irrésistible et signer sa première victoire dans le Ronde. Philippe Gilbert (Omega) complète le podium.

On le surnomme Spartacus. Pourtant, dimanche, Fabian Cancellara n'avait rien d'un esclave. Au contraire. Il était le maître. C'est lui qui a mis ses adversaires sous son joug. Tous ses adversaires, jusqu'au plus coriace d'entre eux, Tom Boonen, le dernier à baisser pavillon devant le nouveau roi des Flandres. A la régulière, sans la moindre contestation possible, le plus fort a gagné. Sur ce Ronde 2010, il y aura eu Cancellara et les autres. Avec ce succès majuscule, le Suisse entre dans le cercle très fermé des champions possédant à leur palmarès Milan-Sanremo, Paris-Roubaix et le Ronde.

    Une grande course vaut parfois par son côté dantesque, un scenario un peu fou ou le lot de surprises qu'elle offre. Rien de tout ça dimanche. La météo, souvent menaçante, est restée relativement clémente, surtout dans la partie finale, malgré quelques averses précoces. Le scenario? Classique. Presque attendu. Ce Ronde 2010 s'est joué à la loyale. Pas d'embrouille tactique, pas de chute ou de crevaison permettant de décider du sort de la course de façon aléatoire. Les surprises n'ont pas eu lieu. Les deux grandissimes favoris, Cancellara et Boonen, se sont isolés devant. Comme prévu, ils étaient au-dessus de la concurrence. Comme prévu, ils se sont expliqués dans le Mur de Grammont, traditionnel juge de paix de l'épreuve qui a eu une fois de plus rempli son rôle à merveille.

    Une des images de l'année

    Le Muur Kapelmuur, comme l'appellent les Flamands, a même offert ce qui restera probablement une des images de l'année. Au pied de Grammont, on savait que la victoire ne pouvait plus échapper à Boonen et Cancellara. Le champion de Belgique, sur ses terres, face au champion de Suisse. Un duel de rêve. C'est à l'initiative du Bernois qu'ils s'étaient envolés dès le Molenberg, à un peu plus de 40 kilomètres de l'arrivée. Le premier peloton comptait alors une soixantaine d'hommes, dont un certain Lance Armstrong, plutôt à son aise. Mais quand Cancellara a décidé de dynamiter la course, un peu plus tôt qu'on le l'avait imaginé, seul Boonen, flairant le danger, fut capable de le suivre. Non sans difficultés. Un signe annonciateur de la supériorité de Spartacus, qui ne manquerait pas de s'affirmer avec davantage de force un peu plus tard.

    25 kilomètres plus loin, à l'heure d'en découdre dans le Mur, les deux compères avaient donc fait le trou. Derrière, malgré ses efforts, Philippe Gilbert, flanqué de David Millar et Bjorn Leukemans, n'avait pas réussi opérer la jonction, laissant les deux hommes forts se livrer à un mano a mano. Mais Grammont 2010 ne serait pas le Puy-de-Dôme 1964. Pas de corps à corps christique, épaule contre épaule, à la Anquetil-Poulidor. Il y a une semaine, lors du Grand Prix E3, Cancellara avait lâché Boonen juste avant la flamme rouge. Il n'attendrait pas si longtemps cette fois. Il était trop fort pour cela et Grammont lui a offert un théâtre à sa mesure. Assis sur sa selle, et sans jamais se lever, la star de Saxo Bank a laissé Boonen sur place, déployant une puissance presque effrayante, y compris dans les pourcentages les plus forts du Mur. Au sommet, l'affaire était déjà pliée. 15 secondes d'écart, puis bientôt 25, 30, et enfin une minute à 10 kilomètres de l'arrivée. La fusée Cancellara, une fois sur orbite, est rapidement hors d'atteinte. Même le Bosberg, 15e et ultime mont du parcours, a à peine freiné sa marche en avant.

    Boonen a trouvé son Coppi

    Quel contraste saisissant d'un printemps à l'autre pour le géant helvète. Méconnaissable, il avait traversé la campagne de classiques comme un fantôme en 2009, vivant son pire début de saison, jusqu'à sa renaissance, chez lui, lors du Tour de Suisse. Cette année, plus puissant que jamais, il donne sa pleine mesure. Ce Tour des Flandres restera peut-être le chef d'oeuvre de sa carrière, même s'il a encore tant à accomplir. Mais pour venir battre les Belges chez eux de la sorte, et surtout un Boonen de très haut niveau, il fallait un immense champion. Derrière le triomphateur suisse, les autres sont tous battus. C'est la loi des classiques. Battus, les Belges, malgré leur triplé pour l'honneur, aux deuxième (Boonen), troisième (Gilbert) et quatrième (Leukemans) places. Battue, l'équipe Sky, qui a roulé une bonne partie de la journée. Trop tôt. Elle ne place aucun coureur dans les 10 premiers, au contraire du contingent français, grâce à la 10e place de William Bonnet, qui a parachevé la belle semaine des Bbox, encore à l'ouvrage dimanche, notamment via Steve Chainel, longtemps dans le groupe de tête.

    Mais la principale victime de Cancellara, c'est bien Tom Boonen. Deuxième de Milan-Sanremo, deuxième du GP E3, le leader de Quick Step est là, mais il tombe toujours sur plus fort que lui. Il peut être déçu, mais il n'a rien à se reprocher. Peut-être pourrait-il faire sienne la phrase de Maurice Diot. Deuxième de Paris-Roubaix en 1950 derrière un immense Fausto Coppi, le Parisien était le plus heureux des hommes à l'arrivée. Pourquoi? Parce que, pour lui, il avait gagné. "C'est moi le vainqueur de Paris-Roubaix puisque Coppi est hors-concours." Avec Fausto Coppi, Fabian Cancellara n'avait pas que les initiales en commun dimanche...

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