Julian Alaphilippe est à part. Impossible de le mettre dans une case. A moins d’admettre que celle des inclassables existe. Ce n’est pas en remportant mercredi la Flèche brabançonne que le récent champion du monde a invalidé cette théorie. Cette course est en effet un savant mix entre ce que proposent les Classiques ardennaises et flandriennes. Plus porté vers les premières nommées depuis le début de sa carrière, "Alaf" a fait cette saison le pari de grossir le trait de sa polyvalence en s’attaquant au Tour des Flandres (18 octobre). Mais bien que dans une forme étincelante, il refuse d’en endosser le costume de favori.

"S’il vous plaît, ne faites pas de moi un favori", a-t-il ainsi déclaré, comme rapporté par Cycling News, qui cite le Het Nieuwsblad. Au sein même de sa formation, Alaphilippe assure ne pas être la carte maîtresse : "Je veux faire une bonne course, aider mon équipe et lui donner le maximum (…) j’aurai bien sûr un rôle important, mais je ne serai pas considéré comme le coureur qui doit gagner."

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"Je ne suis venu que pour jeter un coup d’œil"

Pour limiter la pression autour de lui, Julian Alaphilippe joue donc la carte de l’effectif pléthorique dont dispose la Deceuninck-Quick Step. Zdenek Stybar, certes en méforme après avoir raté le Tour de France, blessé à un genou, a déjà terminé trois fois dans le Top 10 du Ronde. Kasper Asgreen l’a bouclé l’an passé sur la deuxième marche du podium. Yves Lampaert et Florian Sénéchal (qui ne figure pas dans la liste de départ provisoire) sont des as du pavé.

Autre atout qu’il a pour se faire (un peu) petit : l’inexpérience. "C’est la première fois que je cours le Ronde, rappelle celui qui a gagné la 2e étape du Tour de France cette année. C’est déjà assez dur pour les coureurs qui l’ont fait cinq ou six fois (…) Il m’est impossible de vous dire si je vais avoir les qualités physiques pour briller dans le final."

L’épreuve fait 241 kilomètres, contre 197, par exemple, pour la Flèche brabançonne, où il a dominé de peu Mathieu van der Poel, l’un des épouvantails de la campagne flandrienne. La longueur d’une course n’est pas de nature à effrayer le vainqueur de Milan-San Remo 2019, mais l’enchaînement des fameux "bergs" change la donne. "Ce n’est pas parce que vous pouvez vous amuser sur quelques pavés que vous pouvez gagner", estime le coureur de 28 ans. Il grossit le trait en disant : "Je ne suis venu que pour jeter un coup d’œil."

Julian Alaphilippe a battu Mathieu van der Poel sur La Flèche brabançonne

Crédit: Getty Images

Jurisprudence Asgreen ?

"Alaf" aura tout de même du mal à se cacher. Asgreen, son coéquipier, l’a prouvé l’an dernier, en faisant 2e dès son premier essai et malgré un statut d’équipier : apprivoiser le Tour des Flandres peut se faire à vitesse grand v. Quand le talent et l’appétence sont là. Or, il n’y a pas de quoi douter de l’un, ni de l’autre. "Dans les Flandres, il y a du mouvement, il faut se placer, c’est nerveux. C’est pour lui, c’est ce qu’il aime", nous a ainsi confié Franck Alaphilippe, cousin et entraîneur du porteur du maillot arc-en-ciel.

Dans un peu plus d’une semaine, le poids plume Alaphilippe aura certes un désavantage de puissance face aux candidats à la victoire sur le premier des deux monuments typés flandriens. Mais si celui-ci peut sembler rédhibitoire en direction de Roubaix (direction qu'aucun coureur ne prendra cette année, l'Enfer du Nord étant annulé), il n’est, peut-être, pas insurmontable sur le Ronde. Dans les pourcentages du Vieux Quaremont et du Paterberg, sa relative légèreté sera un défaut réversible.

Tout bonus, comme d’habitude

D’ici au 18 octobre, Julian Alaphilippe ne devrait pas disputer de course. "Je vais d’abord récupérer un peu, raconte l’outsider de circonstance. Ensuite, je vais reconnaître le parcours deux fois. Je suis curieux, mais il n’y aura pas de stress ni de pression." Son opus 2020 ne va pas se jouer sur un coup de dé. "J’ai atteint mes objectifs de la saison, et plus que ça, même", assure-t-il, fort de trois succès prestigieux.

La déception de Liège (2e, puis 5e après déclassement, à la suite d’un sprint illicite et une célébration anticipée) est "un peu balayée". Pour la mettre plus nettement encore sous le tapis, il reste à Alaphilippe une occasion en or. Même s’il l’aborde avec un discours prudent qui l’a toujours caractérisé, que ce soit lors de son périple en jaune sur le Tour 2019 ou à l’aube de la reprise des courses cette année. Une posture qui, jusqu’ici, a plutôt bien fonctionné.

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