Championnats du monde de cyclo-cross - Van der Poel, Pogacar et la lassitude des hyper champions
Par Benoît Vittek
Publié 30/01/2026 à 14:54 GMT+1
Intouchable, Mathieu van der Poel pourrait bientôt se détourner du cyclo-cross pour mieux se consacrer à son duel avec Tadej Pogacar sur les Classiques printanières. Alors qu'il vise un huitième ce weekend aux Championnats du monde de cyclo-cross, le Néerlandais comme le Slovène trouvent des horizons de liberté sur les pavés, loin de leurs prés carrés hivernaux et estivaux.
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Video credit: Eurosport
S’ils devaient se choisir un adversaire et un terrain de jeu, Mathieu van der Poel et Tadej Pogacar s’opposeraient (inlassablement ?) sur les pavés des Flandres et de l’Enfer du Nord. Pour leur malheur, mais pour le bonheur de leurs sponsors et des fans, les deux hyper champions ne font pas tout à fait ce qu’ils veulent. Cette semaine, le Slovène était en Autriche pour satisfaire un nouveau sponsor attiré par son panache bariolé, et surtout par son maillot jaune. Quant à Van der Poel, il prépare un nouvel assaut arc-en-ciel, dimanche à Hulst, où la foule néerlandaise frémit d’impatience, prête à consacrer un géant. Et à acter la rupture entre le cyclo-cross et sa plus fière incarnation moderne ?
Publiquement, Van der Poel a préparé le terrain pour un départ triomphal : "C’est une option" ; "Je ne rajeunis pas" ; "Je ne vais pas faire du cyclo-cross éternellement" ; "Il faut bien que ça s’arrête un jour, et j’ai toujours voulu partir en beauté" ; "J’ai toujours dit que ce serait vraiment spécial de me retirer à domicile, avec le record [du plus grand nombre de titres dans la catégorie Hommes Élite]"… Après un huitième sacre que tous lui promettent, le "Flying Dutchman" aurait fait le tour de la question : "Il ne me resterait plus grand chose à accomplir en cyclo-cross." Pire, il estime qu’il aurait plus à perdre qu’à gagner devant le risque d’une défaite aux Mondiaux organisés par son père à Hoogerheide en 2028.
En privé, son discours va dans le même sens : "Vous ne me verrez pas l’an prochain", explique-t-il en substance aux organisateurs qui ont eu le privilège de lui signer un chèque de participation cet hiver. Ce ne sera pas forcément un adieu. Van der Poel assure qu’il s’éclate toujours dans les labours. Sa supériorité y est telle qu’il peut s’y inviter ou réinviter, avec une préparation minimale et peut-être de nouveaux horizons à défricher, alors que l’Union cycliste internationale tente d’intégrer le cyclo-cross au programme des Jeux olympiques d’hiver 2030.
En attendant, comme pour Pogacar sur le Tour, l’insidieux poison de la lassitude se fait de plus en plus prégnant. Et l’heure est venue de bousculer les équilibres qui avaient prévalu depuis son émergence sur la route, toujours accompagnée de coups d’éclat multidisciplinaires.
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Un superbe sprint… pour la 2e place, très loin derrière Van der Poel : le résumé
Video credit: Eurosport
Trois semaines de Tour vs trois jours de cross
Les pérégrinations de Van der Poel en hiver, même avec un programme réduit, ont bien un coût. Pendant une heure, il promène sa classe dans la boue ou la poussière. Mais il y a tout le reste, comme l’a reconnu son père auprès de Het Laatste Nieuws : "Une journée de cyclo-cross commence tôt et finit tard : la mise en route matinale, le déplacement sur site, la préparation technique, les contrôles antidopage qui durent jusqu’à 90 minutes…" Le champion hyperactif a toujours aimé l’intensité et la liberté que lui offrent le cyclo-cross et, à l’occasion, le VTT. Mais les obligations qui accompagnent son hyper domination l’accablent, comme elles assomment Pogacar sur le Tour.
"Je me demande pourquoi je suis là, c’est tellement long ces trois semaines", avouait le Slovène lors de sa dernière balade estivale. La lassitude prenait le pas, donnant même le sentiment d’un certain désintérêt pour la course en troisième semaine - ses équipiers ont ensuite expliqué son comportement par des problèmes à un genou - avant de se déchaîner sur les pavés de Montmartre - le genou allait beaucoup mieux. "On compte les kilomètres jusqu’à Paris et, oui, je suis impatient que ça se termine pour pouvoir faire d’autres choses sympas chez moi", avait-il même affirmé.
"On ne peut pas simplement faire trois jours de cyclo-cross sans conséquence", assure même Adrie Van der Poel, dont le fils s’est tout de même aligné à Benidorm contre l’avis de son entraîneur, qui privilégiait un bloc d’entraînement conséquent sur route, en vue des classiques du printemps. C’est aussi l'inclinaison du patron Christoph Roodhooft, qui a construit sa gloire dans le cyclo-cross mais voit désormais l’avenir sur la route, avec des ambitions de plus en plus affirmées sur les classiques belges, le Tour et d’autres sommets longtemps ignorés par ses structures.
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Van der Poel à Maasmechelen - 24/01/2026
Crédit: Getty Images
Adrie Van der Poel : "Ça lui ferait du bien à la tête"
La grand messe estivale ne séduit guère MVDP, plus attiré par les courses d’un jour. Le terrain comme les dynamiques de course lui correspondent bien mieux, pour s’amuser et pour gagner. Mais le Tour est incontournable, même pour lui. Et son pré carré a été envahi par Pogačar, venu chercher au printemps l’exaltation qui s’est étiolée au fil des kilomètres et des conférences de presse du Tour. Les défis du cyclo-cross sont devenus trop petits pour la star Oranje, et on pourrait presque en dire de même pour le héros émirati et le Tour, où tout le monde se prépare pour son cinquième sacre, à seulement 27 ans. Lui pense qu’une conquête roubaisienne ferait plus pour sa grandeur, sur un terrain qu’on disait trop hostile.
La grande différence est que les patrons de Pogačar ne lui permettront pas de faire l’impasse sur le Tour, là où ceux de Van der Poel l’encouragent à sauter la campagne hivernale. Même son père, défenseur indécrottable des hivers boueux, en convient : "Je pense que ça lui ferait du bien à la tête." Le cyclo-cross est à double tranchant. Il stimule toujours Van der Poel, après avoir joué un rôle essentiel dans le développement d’un champion hors-normes. Mais il use son influx et l’empêche de se consacrer pleinement aux grandes classiques. Il n’y a pas si longtemps, on fantasmait sur sa capacité gagner les cinq Monuments. Aujourd’hui, on se demande plutôt s’il peut maintenir sa domination à Sanremo et Roubaix, après avoir cédé sur le Tour des Flandres.
À cette époque de l’année, Pogacar ne court pas. Il n’est pas tranquille pour autant, avec de nombreuses obligations de représentation, notamment aux Émirats arabes unis. Mais cette année, on ne le verra pas en compétition avant le tohu-bohu des Strade Bianche, où Van der Poel s’est également imposé en 2021. Problème : la Classique toscane intervient tôt dans la saison sur route, cinq semaines après les Mondiaux de cyclo-cross. Van der Poel n’a plus vu Sienne depuis 2023, quand Pogacar y reste sur deux succès consécutifs. On imagine facilement que le Néerlandais a hâte de défier à nouveau le Slovène sur les chemins blancs et les plus grandes Classiques du printemps.
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