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30 ans après, l'exploit de Metz au Camp Nou reste la plus grande sensation de l'histoire des Coupes

30 ans après, l'exploit de Metz au Camp Nou reste la plus grande sensation de l'histoire européenne

Le 02/10/2014 à 18:11Mis à jour Le 03/10/2014 à 14:06

C'était le 3 octobre 1984. Le FC Metz, battu 4-2 à domicile à l'aller, signait un exploit invraisemblable en s'imposant 4-1 à Barcelone. Une colossale sensation. 30 ans après, jour pour jour, cela reste la plus extraordinaire surprise de l'histoire des coupes d'Europe. Ce Barça-Metz mène un Top 10 truffé de rencontres improbables et de résultats inattendus.

1. Barcelone – Metz : Une soirée hors du temps au Camp Nou

Coupe des coupes 1984-85
Huitièmes de finale
Date : 3 octobre 1984

Incomparable. Inégalable. Indépassable. Cet exploit du FC Metz au Camp Nou, hors du temps, en dépit de toute logique, appartient à une catégorie à part. C'est la performance la plus surprenante jamais accomplie par un club français contre un grand d'Europe. Même au-delà des considérations franco-françaises, on peut la voir comme un des plus grands retournements de situation et comme la plus invraisemblable surprise de l'histoire des Coupes européennes. Une dizaine d'équipes à peine ont réussi à se qualifier depuis 1956 en s'inclinant par deux buts d'écart à domicile au match aller. Toutes ont perdu 2-0 ou 3-1. Une seule a abordé le retour après une défaite 4-2 à l'aller: Metz face à Barça, lors du premier tour de la Coupe des coupes 1984/85. A Saint-Symphorien, la différence entre les deux équipes était telle que personne ne pouvait imaginer le scenario de la seconde manche.

Bernd Schuster promet aux défenseurs messins "un jambon" pour les remercier des cadeaux offerts à Saint-Symphorien. Steve Archibald, l'Ecossais de Barcelone, s'était lui aussi permis de chambrer outrageusement, traitant les Messins de "charlots" et confiant qu'il s'était "bien amusé" à l'aller et qu'il espérait rigoler davantage encore au retour. Pour rire, on allait rire. De quoi se rouler par terre. Le Barça mène pourtant 1-0 après l'ouverture de Paco Carrasco à la 33e minute, avant que la rencontre ne bascule dans une forme de folie, douce pour les Grenats, amère pour les Blaugrana. En une minute (38e, 39e), Metz marque deux fois, grâce à Tony Kurbos et un but contre son camp de Sanchez. L'invraisemblable devient soudain crédible. Il se matérialise pour de bon en seconde période lorsque Kurbos, héros pour l'éternité, ajoute deux buts, dont celui de la qualification, à cinq minutes de la fin. Il n'y a pas d'explication à une telle histoire. C'est peut-être ce qui la rend si forte. 

2. Porto – Wrexham : Ces Gallois qui n'auraient même pas dû être là

Coupe des coupes 1984-85
Huitièmes de finale
Date : 3 octobre 1984

Celui-ci peut rivaliser avec l'exploit de Metz dans la catégorie improbable. D'abord parce que Wrexham n'aurait jamais dû participer à la coupe d'Europe. Il a fallu un drôle de concours de circonstances pour cela. En 1984, Wrexham perd en effet la finale de la Coupe du pays de Galles contre Shrewsbury, mais les Shrews sont en réalité un club… anglais et ils ne peuvent donc pas représenter le pays de Galles sur la scène européenne. C'est donc Wrexham qui se trouve propulsé en Coupe des coupes. Le club est au plus mal. Il reste sur deux relégations consécutives et n'évolue qu'en quatrième division sur la scène anglaise.

Au premier tour, Wrexham est opposé au FC Porto, finaliste de la précédente édition de la même Coupe des coupes face à la Juventus. Une équipe forte de plusieurs internationaux, avec une jeune étoile naissante, Paolo Futre.  A l'aller, à domicile, Wrexham signe déjà un premier exploit en s'imposant 1-0. Au retour, au stade Das Antas, Porto remet vite les pendules à l'heure : 3-0 après 38 minutes. Mais dans le sillage du capitaine Jake King, auteur d'un doublé, les Robin's reviennent dans le match puis, alors qu'ils sont encore menés 4-2, Barry Horne inscrit le but de la qualification dans les derniers instants. Ils sont qualifiés au bénéfice des buts marqués à l'extérieur. Le plus incroyable dans tout cela ? L'exploit de Wrexham a eu lieu le même jour que celui du FC Metz, qui a légèrement éclipsé la performance galloise. Comme quoi, il y avait vraiment quelque chose de spécial dans l'air ce jour-là…

3. Videoton - Manchester United : La dernière grande heure de gloire hongroise

Coupe de l'UEFA 1985-86
Quarts de finale
Date : 22 mars 1985

Videoton. Un nom improbable et  une des histoires de petit poucet comme la Coupe d'Europe moderne n'est plus apte à en produire. En 1985, le petit club hongrois sidère tout le monde en se hissant en finale de la Coupe de l'UEFA où il ne cèdera que face au Real Madrid. Au cours de son étonnant parcours, Videoton signe surtout un exploit dantesque, en quarts de finale, en sortant Manchester United. La dernière campagne anglaise avant le drame du Heysel. MU, quatrième de Premier League et vainqueur de la Cup ce même printemps 1985, n'est pas n'importe qui. Avec Mark Hugues, Gordon Strachan, Jesper Olsen ou Paul McGrath, c'est une équipe  de tout premier plan, même si le groupe de Ron Atkinson a la fâcheuse tendance à choisir ses matches et ses moments.

Les Red Devils s'imposent 1-0 à l'aller à Old Trafford. Au retour, sur une pelouse dans un état lamentable et dans une ambiance surréaliste, ils cèdent sur le même score.  Tout se joue lors d'une irrespirable séance de tirs au but. Après l'échec de Stapleton, Videoton mène 4-3 et Gömori a la qualification au bout du pied. A la 117e minute, déjà, il a eu une balle de match mais son coup  de tête est passé juste au-dessus de la barre. Gömori rate complètement son tir au but, le ballon file sur la gauche du but mancunien. "Qu'as-tu fait Gömori, mais qu'as-tu fait?", hurle le commentateur de la télé hongroise, consterné. Mais dans la foulée, Peter Distzl stoppe la tentative d'Albiston. Cette fois, Videoton plie le match grâce à Vadász Imre. "C'est un jour dont le football hongrois se souviendra toujours", lance l'entraîneur Ferenc Kovacs. Près de 30 ans après, c'est toujours aussi vrai.

4. CSKA Sofia – Ajax 1973 : La fin d'une époque

Coupe des champions 1973-74
Huitième de finale
Date : 7 novembre 1973

Ici, le cas de figure est un peu différent. Le CSKA Sofia, ce n'est ni Metz, ni Wrexham ni Videoton, mais une équipe rompue aux affaires européennes. Le club bulgare avait notamment atteint les demi-finales de la C1 en 1967. Il n'empêche. Sa victoire face à l'Ajax Amsterdam, à l'automne 1973, reste une des plus grosses sensations de l'histoire, tout simplement parce qu'elle marque la fin d'une époque. Pour le mesurer, il faut se replacer dans le contexte de ce mois de novembre 1973. L'Ajax est triple champion d'Europe en titre. Il a révolutionné le jeu avec son fameux football total.

Alors, bien sûr, le géant d'Amsterdam vient de perdre Johan Cruyff, parti à Barcelone. Mais cet Ajax, c'est encore celui de Neeskens, Krol, Keizer, Suurbier, de Haan et des frères Muhren. Bref, rien n'indique qu'il puisse trébucher dès les huitièmes de finale face au CSKA. Un CSKA que l'Ajax a d'ailleurs étrillé un an plus tôt (3-1, 3-0) au même stade de la compétition. Et pourtant… Après une courte victoire à l'aller (1-0), l'Ajax s'expose à un retour compliqué. Le 7 novembre, au stade Vasil Levski, le CSKA choque l'Europe du football en s'imposant 2-0 après prolongation, Mikhailov inscrivant le but de l'exploit à la 116e minute.

5. Chelsea – Atvidaberg : Les Suédois et les porcs

Coupe des coupes 1971-72
Huitièmes de finale
Date : 2 novembre 1971

Certes, le Chelsea de 1971 n'est pas celui du XXIe siècle et des petrodollars de Roman Abramovich. Mais le club du sud de Londres vit, déjà, une période faste. Au printemps 1971, il a remporté la Coupe des coupes en dominant le Real Madrid en finale. Il est prêt à défendre son titre et, au premier tour de cette même Coupe des coupes, les Blues se font gentiment la main sur les Luxembourgeios de la Jeuness d'Esch : 8-0 à l'aller, 13-0 au retour. 21 buts, dont huit pour le seul Peter Osgood… En huitièmes de finale, les Suédois d'Atvidabergs ne paraissent pas de taille à bousculer Chelsea. A l'aller, les Anglais butent sur une équipe recroquevillée devant son but mais ramènent un nul (0-0) de nature à envisager le retour à Stamford Bridge avec optimisme. Celui-ci s'annonce bien lorsque Alan Hudson ouvre le score juste avant la pause. A la reprise, John Hollins rate un penalty. Il va le regretter. A la 68e minute, Peter Bonnetti égalise. Chelsea ne s'en relèvera pas. Ralf Edstrom, l'attaquant d'Atvidabergs, en profite ensuite pour écorner l'image du fair play anglais. "Je me suis fait cracher dessus à la fin du match. Ce sont des porcs. Absolument, des porcs ! Les Anglais sont fair plays? Entre eux, oui, sûrement…"

6. Tbilissi – Liverpool (Coupe des champions  1979-80) : De 1977 à 1985, Liverpool a remporté quatre fois la Coupe des champions (1977, 78, 81 et 84) et disputé une autre finale (1985). Pourtant, Alan Hansen, qui a connu cette glorieuse période du club de la Mersey, a dit un jour que l'équipe des Reds éliminée au premier tour de la C1 en septembre 1979 était sans doute la plus forte dans laquelle il ait jamais joué. Ça ne l'a donc pas empêché de tomber de très haut face au Dynamo Tbilissi, dès les 16es de finale. Après une courte victoire à Anfield (2-1), Liverpool boit la tasse au retour en Géorgie devant 90.000 spectateurs face au champion d'U.R.S.S. : 3-0. Une sacrée surprise. Les Reds n'avaient il est vrai pas beaucoup dormi la veille du match, avec des centaines de supporters du Dynamo hurlant sous les fenêtres de leur hôtel… Mais Tbilissi, sur les deux matches, a déployé une qualité technique étourdissante que personne ne soupçonnait.

7. AC Milan – Rosenborg (Ligue des champions 1996-97) : Ce n'est plus tout à fait le grand Milan, celui qui, deux ans auparavant, remportait encore la Ligue des champions en fessant le Barça (4-0). Mais avant la dernière journée de la phase de poules de cette édition 1996-97, les champions d'Italie sont plutôt tranquilles. Il leur suffit d'un nul à San Siro contre Rosenborg pour se hisser en quarts de finale. Vainqueurs 4-1 à l'aller en Norvège, ils paraissent largement supérieurs à leur adversaire. Mais Harlad Brattbak, auteur d'un but et d'une passé décisive, crucifie les Rossoneri, particulièrement nerveux, qui s'inclinent 2-1 et sont éliminés à la surprise générale.

Franco Baresi après la défaite du Milan contre Rosenborg à San Siro.

Franco Baresi après la défaite du Milan contre Rosenborg à San Siro.Imago

8. Artmedia – Celtic Glasgow (Ligue des champions 2005-06) : Loin de son lustre d'antan, le Celtic ne s'attend quand même pas à trébucher de la sorte face au modeste champion de Slovaquie, Artmedia Petrzalka, lors du deuxième tour préliminaire de la Ligue des champions 2005-2006. Plus qu'une défaite d'ailleurs,  une vraie déroute : 5-0. "Je suis dans le football depuis 30 ans, comme joueur ou comme entraineur, et je n'ai jamais connu un tel cauchemar", dira Gordon Strachan. Au retour, au Celtic Park, les Slovaques vivent l'enfer et le Celtic rate un renversement colossal (4-0).

9. Nicosie - Lyon (Ligue des champions 2011-12): Le dernier match de Ligue des champions de l'OL à ce jour (hors tour préliminaire). Qualifié in extremis pour les huitièmes de finale, Lyon parait verni en héritant de l'Apoel Nicosie au tirage. Une vraie bénédiction. Sauf que les Lyonnais, après leur courte victoire à Gerland (1-0), s'inclinent sur le même score au retour et sont éliminés aux tirs au but. Une équipe chypriote en quarts de finale de Ligue des champions, une première historique, que l'on pensait inimaginable dans le format actuel de la compétition.

L'Apoel Nicosie, colossale surprise de la Ligue des champions 2012

L'Apoel Nicosie, colossale surprise de la Ligue des champions 2012AFP

10. Aberdeen – Bayern Munich (Coupe des coupes 1982-83) : Le match qui a changé la carrière d'Alex Ferguson. Aberdeen vit depuis 1978 une ère faste sous la houlette de Fergie, avec un titre de champion d'Ecosse en 1980 et une coupe en 1982. Au printemps 1983, Aberdeen se hisse en quarts de finale de la Coupe des coupes mais face au Bayern Munich de Breitner et Rummenigge, vice-champion d'Europe en titre, il parait bien petit. Pourtant, après un nul méritoire en Bavière (0-0), les coéquipiers de Gordon Strachan (pour une fois du bon côté dans ce classement…) s'imposent 3-2 au retour.

A un quart d'heure de la fin, Aberdeen, mené 2-1, a pourtant besoin de deux buts pour s'en sortir. Ferguson réussit alors un coaching gagnant avec les entrées de John McMaster et, surtout, de John Hewitt. Ce dernier, qui n'a plus joué depuis quatre mois, marque le but de la qualification sur son premier ballon touché. La légende du futur Sir Alex était née. A noter que, contrairement à beaucoup d'équipes dans cette liste, ce ne fut pas un exploit sans lendemain : après avoir battu Waterschei en demi-finales, Aberdeen aura en finale le scalp d'un autre géant, le Real Madrid, pour signer une des plus extraordinaires campagnes européennes de toute l'histoire.

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