Avec des si, on pourrait mettre Paris en bouteille ou alors imaginer Lionel Messi comme un éternel espoir qui n’aurait jamais pu s’exprimer à sa juste valeur. Car l’histoire de la puce argentine n’est pas le conte de fées rabâché ici et là. C’est plutôt l’histoire d’un gamin, surdoué pour le football, qui ne serait jamais arrivé au sommet du football mondial sans l’aide d’agents argentins (Soldini, Montero et Mateo) aujourd’hui disparus de la circulation et d’un dirigeant du Barça inconnu (Juan Lacueva) qui s’est battu pour que le natif de Rosario s’engage avec le club catalan. Retour en arrière.
Au début des années 2000, lorsque le gamin débarque à Barcelone, dans les bagages d’agents argentins, il n’est qu’un enfant de 13 ans, malingre et surdoué du football. A cette époque, les grands clubs européens, ne sont pas encore entrés dans la quête frénétique de précoces talents. Faire signer et payer un garçon pas encore adolescent venu de l’autre bout de la planète ? Improbable pour ne pas dire impossible. Et pourtant, c’est bien ce qu’il s’est passé avec Lionel Messi. Mais que ce fut dur et laborieux. Le chemin qui a mené la puce argentine au Barça a été semé d’embûches.
Juan Lacueva est alors le responsable exécutif du football de base du Barça. Et c’est lui qui a le coup de foudre pour Leo. L’histoire est connue : un seul essai suffit pour mettre toute le monde d’accord. Lacueva répète alors à l’envi aux autres dirigeants catalans qu’il faut lui faire signer un contrat au plus vite. Mais le club est alors au bord de l’implosion. Les luttes internes sont terribles. Les dirigeants, hautains, prennent d’abord la décision de ne pas faire signer de contrat à Messi. Même Charly Rexach, pourtant très favorable au départ à son recrutement, finit par jeter l’éponge. Aujourd’hui, à tous les écouter, ils prétendent tous être les pères de l’Argentin, mais la réalité est bien différente. Pour que le contrat de Messi soit enregistré, il fallait que deux dirigeants apposent leur signature. Et l’un (Brugueras) a toujours refusé de s’y résoudre.
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Six mois plus tard, la FIFA entérine son transfert
Les discussions auront donc duré longtemps, trop longtemps. Car, à 13 ans, Leo a encore un statut de joueur en formation. Statut qu’il aurait perdu à 14. C’est comme ça, c’est la loi du football en Espagne. Les Messi et leurs agents se lancent donc dans une course contre-la-montre loin d’être gagnée. Et ils doivent aujourd’hui la signature du prodige à un homme : Juan Lacueva. Car c’est lui qui n’a eu de cesse de remettre le sujet sur la table. C’est lui qui, au début, payait de sa poche le traitement à base d’hormones de croissance du gamin et c’est lui qui a fini par obtenir le feu vert du club. Envers et contre tous. Mais aujourd’hui, bizarrement, personne ne parle de Lacueva. Pourquoi ? Pour éviter certainement de revenir sur un sujet brûlant et de remettre en question le rôle des uns et des autres. Certains ont-ils peur de tomber de leur piédestal ?
Après plusieurs mois de négociations, Messi devient un joueur du Barça. Et son père, Jorge, comme il en est l’usage, a le droit à un emploi fictif pour que le club puisse verser de l’argent à la famille. Le problème, c’est que Newell’s Old Boys, le club de Rosario dans lequel évoluait Leo avant de traverser l’Atlantique, s’est toujours opposé à ce transfert. Pendant six mois, Leo n’a donc pas pu participer à des matches officiels sous le maillot blaugrana. Il a rongé son frein en silence. Et c’est finalement une commission administrative de la FIFA qui a entériné ce transfert le 17 février 2002. Et qui lui a donné le feu vert pour que Messi montre aux Espagnols de quel bois il se chauffe.
En Argentine, il se serait brûlé les ailes
Que se serait-il passé si la FIFA n’avait pas autorisé ce transfert ? Si Lacueva n’avait pas mis autant d’énergie pour faire signer Leo ? Et si Messi avait été contraint de refaire ses bagages et de retourner à la case départ en Argentine ?
De l’avis de nombreux spécialistes argentins, Messi n’aurait certainement pas connu la même carrière s’il était resté en Argentine. Pourquoi ? Parce qu’au Barça, les entraîneurs lui ont laissé le temps de grandir et de s’épanouir. Il n’a pas ressenti de pression sur ses frêles épaules. En Argentine, tout aurait été différent : la préparation physique, l’organisation des clubs, la pression quotidienne qui pèse sur les joueurs. jeunes et moins jeunes…Au pays de Diego Maradona, l’impatience est reine. Et si les médias commencent à parler d’une perle de 16 ans, les supporters et ces mêmes médias attendent d’elle qu’elle soit sur-le-champ le nouveau Maradona.
Lorsqu’un tel joueur inscrit un but ou réalise deux dribbles exceptionnels, il est encensé. Mais s’il tombe soudainement en panne, s’il n’arrive plus à mettre le ballon au fond des filets pendant quelques matches, le pays tout entier lui tombe dessus. Dans ces conditions, les "nouveaux Maradona" se brûlent vite les ailes. Des exemples, il y en a à la pelle. Heureusement pour lui, Messi a finalement signé au Barça et est devenu l’un des plus grands joueurs de l’histoire. Le football, se joue à peu de choses, sur le terrain comme en coulisses. Messi doit aussi sa carrière à des hommes de l’ombre qui se sont battus, en coulisses, pour qu’il devienne ce qu’il est devenu. De l'autre côté de l'Atlantique.
Pour en savoir plus : "Le Mystère Messi" d’Alexandre Juillard et Sebastian Fest (aux éditions JC Gawsewitch)
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