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Ballon d'Or : Lionel Messi, briseur de barrière
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Publié 08/01/2013 à 16:24 GMT+1
Premier quadruple Ballon d'Or, Leo Messi a réussi là où Cruyff, Platini et van Basten avaient échoué avant lui. Leur troisième sacre fut leur chant du cygne.
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Le propre des êtres d’exception, c’est de s’isoler. Après avoir décroché son quatrième Ballon d’Or lundi à Zurich, Lionel Messi nage désormais dans la solitude la plus absolue. On n’ouvrira pas ici le débat pour savoir s’il est le meilleur joueur de l’histoire ou non. Ce qui est certain, c’est que le lutin argentin du FC Barcelone est à présent le roi de la plus haute distinction footballistique individuelle. Quatre titres, c’est une grande première. Jusqu’ici, les grands seigneurs du Ballon d’Or s’étaient, au mieux, arrêtés à trois couronnes. L’an passé, Messi avait rejoint Johan Cruyff, Michel Platini et Marco van Basten dans ce cercle très fermé. Lundi, il a ouvert son propre club, dont il est l’unique membre, au moins pour un bon petit moment. Il a donc réussi là où les trois mythes pré-cités avaient échoué.
De nombreux commentaires estimaient lundi soir que si la "Pulga de la Pampa" a pu quadrupler la mise au contraire de ses illustres prédécesseurs, c’est notamment parce qu’elle bénéficie du nouveau règlement. Celui-ci fait moins la part belle au palmarès de l’année et se focalise davantage sur la notion de meilleur joueur. Avec l’ancien système de vote, Messi n’aurait ainsi probablement pas eu le Ballon d’Or en 2010. Mais il convient de relativiser l’impact du règlement sur les votants, qu’il concerne les journalistes, seuls membres du panel jusqu’en 2009, ou les sélectionneurs et les capitaines des sélections, qui forment à présent le corps électoral avec les médias, chacun pesant pour un tiers. Par le passé, il est ainsi fréquemment arrivé que les titres acquis passent au second plan derrière les performances pures de l’individu. Malgré le règlement. Les exemples sont légions.
L'argument marginal du règlement
Parmi les plus éloquents, deux concernent d’ailleurs directement des triples Ballons d’Or. En 1992, Marco van Basten ne dut qu’à l’impression laissée par son quadruplé face à Goeteborg en Ligue des champions au moins de novembre de coiffer le malheureux Hirsto Stoichkov, lauréat de la C1 avec le Barça au printemps. Allez expliquer au Bulgare que le palmarès était privilégié à l’heure des choix… Plus éloquent encore, l’édition 1974. Vainqueur de la Coupe des champions : le Bayern de Franz Beckenbauer. Vainqueur de la Coupe du monde : la R.F.A. de Franz Beckenbauer. Ballon d’or ? Franz… pardon, Johan Cruyff. Edifiant, non ? Ceux qui reprochent aujourd’hui à Messi de gagner malgré un palmarès annuel parfois inférieur à ses poursuivants (Sneijder ou Iniesta en 2010, Iniesta et à un degré moindre Cristiano Ronaldo cette année) oublient parfois un peu vite que d’autres grands joueurs ont bénéficié des mêmes circonstances par le passé alors même que, selon les critères d’élection, ils auraient dû être pénalisés.
Par ailleurs, on peut aussi estimer que le mérite de Messi est plus grand que celui de ses prédécesseurs, qui n’avaient qu’à mener une bagarre continentale et non planétaire comme c’est le cas aujourd’hui. La question du règlement est donc, globalement, un faux problème. Messi n’est pas la conséquence d’un ordre de priorités dans un cahier des charges, que beaucoup mettent de côté au moment de voter pour laisser parler leurs convictions et leur instinct. Comme avant. Ce serait réducteur que de l’asséner et erroné de le croire. Il est, d’abord, le fruit de son propre talent, unique, et de ses statistiques personnelles, affolantes.
Précoce et durable
Si son hégémonie se prolonge plus loin que celle d’un Cruyff, d’un Platini ou d’un van Basten, c’est aussi parce qu’elle a été beaucoup plus précoce. Marco van Basten a décroché son troisième Ballon d’or à 28 ans. Cruyff à 27. Michel Platini, lui, avait 28 ans lorsqu’il a inscrit son nom au palmarès… pour la première fois. Messi en affichait 24 l’an dernier lorsqu’il a coiffé sa troisième couronne. Il avait encore tout l’avenir devant lui. Van Basten, lui, n’a plus jamais été en mesure de briguer un quatrième titre. 1992 fut son chant du cygne. Cheville en vrac, il disparaitrait à moins de 29 ans, disputant son dernier match au plus haut niveau en mai 1993, lors de la finale de Coupe d'Europe perdue par le Milan face à Marseille. Platini, après son triplé de 1983 à 1985, a connu un déclin progressif, dû pour une bonne part à des pépins physiques puis à une lassitude mentale. Lors du Mundial mexicain 1986, il était déjà loin de son meilleur niveau. Un an après, il était à la retraite.
Reste Cruyff. Le seul qui aurait potentiellement pu étoffer son palmarès. En 1975, le révolutionnaire orange était encore sur le podium du Ballon d’or. Loin, toutefois, d’Oleg Blokhine, qui avait fait l’unanimité (122 points sur 130 possibles). Par la suite, il n’a plus jamais été un véritable candidat, malgré quelques places d’honneur en 1976 (7e) et 1977 (5e). Conclusion, pour passer le cap des trois victoires, il faut à la fois commencer très tôt et savoir durer. Messi est le seul à cumuler ces deux atouts. Il a fallu attendre plus d’un demi-siècle pour connaitre un quadruple Ballon d’or. Messi vient de briser une barrière. Désormais, il peut repousser ses propres limites. Après tout, il n’a encore que 25 ans, là où l’âge moyen du vainqueur du ballon d’Or est de quasiment 27 ans. L’Argentin a déjà écrit l’Histoire. Pas sûr qu’il soit à court de quelques chapitres supplémentaires.
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