Si vous vous baladez au Nord-Ouest de la ville de Valence, plus précisément dans l’avenue de Las Cortes à Benicalap - quartier neuf construit pendant la bulle immobilière en Espagne - vous apercevrez un vaste chantier vide de toute activité humaine. Ce chantier n’est ni plus ni moins que le "nouveau" stade du Valence CF. Sauf que Valence n’y mettra pas les pieds de sitôt, la faute à un endettement record et au manque d’argent qui en a découlé. L’immense chantier de 144 000 m² est à l’abandon depuis le printemps 2009 et aucun ouvrier n’a remis les pieds dans l’enceinte depuis près de quatre ans. Le temps a déjà fait son œuvre sur ce stade mort-né. On dénote aujourd’hui que plusieurs parties du nouveau Mestalla sont sérieusement endommagées par l’usure du temps et des éléments. Pourtant refusé par une grande partie des habitants de la ville qui préférait une rénovation de l’actuel Mestalla (né stade Luis-Casanova en 1923 et pas retapé depuis plus de vingt ans), la première pierre de ce projet gargantuesque a été posée en mars 2007. Le chantier a, lui, débuté en août 2007. A l’époque, l’Espagne et la région de Valence en particulier construisaient encore des barres d’immeubles – vides en 2013 – sur toute la Costa Blanca. La crise n’était qu’un mot parmi tant d’autres...
Pour comprendre pourquoi un tel projet est devenu un des plus grands fiascos urbains de la décennie en Espagne, il faut revenir sept années en arrière. Lors de la saison 2005-2006, Juan Bautista Soler, un riche entrepreneur de Valence cité parmi les cent plus grosses fortunes du pays, à la tête du club depuis l’été 2004, décide de lancer un projet de nouveau stade pour entrer de plain-pied dans le XXIe siècle. D’un point de vue fonctionnel, le projet retenu à l’automne 2006 semble indiquer un avenir radieux - à long terme - pour le club ché. Le Stade, d’une capacité de 75000 places, "pue" la modernité et son apparence extérieure, en hommage à la ville et à son fleuve la Turia, ressemble à deux gouttes d'eau à l’Allianz Arena (la société anglaise Arup a designé les deux stades). Le but économico-sportif du club, avec cette enceinte flambant neuve, est d’accueillir une finale de Ligue des champions à partir de la saison 2009/2010. L’UEFA a en effet décidé de laisser les finales de la C1 aux clubs labellisés "stade cinq étoiles". Valence, qui veut profiter des retombées économiques que cela engendre, ne peut pas passer à côté d’un tel évènement.
Juan Bautista Soler décide de faire de ce nouveau stade un véritable endroit de vie. Le méga-complexe doit accueillir des parkings extérieurs et intérieurs, des boutiques diverses un restaurant de 3000 m² avec vue sur la pelouse. Le quartier de Benicalap, complètement refait à neuf pour l’attractivité, est tout indiqué. Sa facilité d’accès, que ce soit par la route où l’autoroute, achève l’idée de rebâtir le vieillissant Mestalla, placé en plein cœur de la ville et peu facile d’accès les soirs de grand match (on ne compte plus les embouteillages et les stationnements à l’emporte-pièce à l'Avenida de Suecia). Le projet a évidemment un coût : entre 350 et 400 millions d’euros. Reste également à financer le terrain qui appartient à la municipalité : le tout coûte 45 millions d’euros. En 2013, il reste encore 17 millions d’euros d’impayés pour cette parcelle de terre. Comment financer tout ça ? Facile. Soler et le conseil d’administration de Valence décident à l'époque de vendre le terrain de l’ancien Mestalla pour y ériger des immeubles habitables. La totalité de la vente doit rembourser le coût du Nou Mestalla, sauf que la crise de 2008 va assassiner les projets du président Soler, contraint de démissionner au printemps 2008, tout en gardant des parts au sein du club, après une saison calamiteuse.

Le Nou Mestalla, un hommage à la Rome Antique
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L’histoire du Nou Mestalla nous explique pourquoi le Valence CF est aujourd’hui endetté à près de 350 millions d’euros et fait régulièrement parler de lui - en mal - dans la presse. Sain financièrement mais sans possibilité réelle d’achat sur le marché des transferts à l’été 2004 après son doublé Liga-Coupe UEFA, le club, sous la nouvelle présidence Soler, a dépensé sans compter pendant quatre saisons (pour acheter David Villa, Joaquin, Manuel Fernandes, Francesco Tavano entre autres). "L’effectif est bon, mais il nous coûte cher", disait naïvement Soler après la validation du nouveau stade en 2006. Pour financer tous ces échecs sportifs - hormis Villa - l’ancien président a contracté un prêt 160 millions auprès de la banque Bancaja (la Caisse d’Epargne locale). Après un regroupement bancaire régional initié en décembre 2010, la Bancaja fut aspirée dans un conglomérat bancaire… dont l’actionnaire majoritaire est aujourd’hui l’Etat espagnol (à 45%) !
Après une augmentation de capital en 2009, Valence a été récupéré par Manuel Llorente, l’ancien bras droit des présidents Francisco Roig et Jaume Orti. Tout comme ses prédécesseurs, le patron du club est détesté par le public de Valence qui lui reproche le prêt auprès de la Bancaja, ses mauvais choix sportifs, malgré la réduction récente de la dette grâce aux ventes des meilleurs joueurs (Villa, Silva, Mata, Alba), et surtout son passé. En 2001/2002, il avait passé un accord avec un sponsor incapable de payer l’intégralité de la somme convenue (Metrored) et surtout vendu à perte Gaizka Mendieta à la Lazio Rome (pour 48 millions d’euros). Un transfert que la Lazio n’a d’ailleurs jamais intégralement payé. Et le meilleur est pour la fin : en décembre 2011, le groupe Bankia et Valence ont passé un accord pour la reprise des travaux. La banque annonçant même investir 140 millions d’euros pour la reprise prochaine du chantier. Sans sponsor en 2011/2012, Valence a passé un accord, renouvelé en mai 2012, avec un groupe de photovoltaïque chinois censé équiper le Nou Mestalla en panneaux solaires.

En septembre 2012 l'accord passé avec Bankia, entre temps recapitalisée par l’Etat espagnol, a été rompu. Censé être prêt pour 2009, 2011 et enfin 2015, le Nou Mestalla est aujourd’hui un stade fantôme, sans avenir, où seuls quelques téméraires équipés de caméras s’aventurent illégalement. Valence, désormais gérée par la région autonome la plus endettée d’Espagne (elle s'était portée garante du prêt contracté par le conseil d’administration), cherche désormais à se vendre au plus offrant. Grâce au nouveau sponsor asiatique, le club est allé se montrer en Indonésie lors de sa préparation estivale et cherche un mécène fiable. Baladée par un obscur investisseur uruguayen en 2009, le club est devenu un anti-modèle de gestion en Espagne. Quant au Nou Mestalla, aucune date de reprise des travaux n’a été fixée. Floués par la ville et les pouvoirs publics (le Parti socialiste local s’était opposé au projet), qui ont refusé d’investir dans des projets d’intérêt public pour investir à perte dans le stade, les habitants de Valence ont ironiquement rebaptisé le Nou Mestalla en "Colisée" en hommage au célèbre bâtiment circulaire de la ville Eternelle. Une belle marque de respect pour un tas de béton qui n’a jamais servi à rien.
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