A une époque où l'aléa est passé de mode, où les gros n'ont plus tellement envie de voir les petits marcher sur leurs plates-bandes et insécuriser leurs investissements, on pourrait s'en réjouir. On pourrait se dire que c'est une bonne chose, que la promesse est belle et que, pour une fois, le jeu en vaut la chandelle. On en a très envie, d’ailleurs.

En ce début d'été, la Coupe de France, la doyenne des compétitions françaises, mère de toutes les surprises et de toutes les plus belles émotions du football hexagonal, est passée par la case dépoussiérage sans que personne ne s'y attende. La surprise fut donc de taille quand, mardi matin, les acteurs/suiveurs/observateurs du foot français ont découvert qu'on avait raboté les pattes de la Vieille Dame. Comment ? En supprimant toutes les prolongations jusqu'à la finale. Et ceci, dès la prochaine édition.

Coupe de France
Douche froide pour Niort exclu de la Coupe de France en 2021-2022
09/09/2020 À 12:00
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Pour faire simple : avant le grand raout dionysien, un match de Coupe de France se disputera en 90 minutes désormais, pas plus. Sauf en cas d'égalité à l'issue de cette heure et demie de jeu. Il faudra alors recourir à la séance des tirs au but, sans passer par la case prolongation. Cette décision a été prise par le comité exécutif de la Fédération Française de Football le 22 juin dernier et révélée lundi soir, à l'occasion de la mise en ligne des règlements de la prochaine édition.

La Coupe de la Ligue avait emprunté la même voie, il y a quelques années. Elle a fini par disparaitre. Rassurez-vous, la Coupe de France y survivra. Aucun doute sur ce point. La Coupe de la Ligue avait d'autres soucis que la simple disparition d'une demi-heure de jeu ici et là, même si cette décision fut un ultime aveu de faiblesse.

Petit Poucets et ogres servis

De prime abord, on pourrait voir d'un bon œil cette décision fédérale. Parce que, finalement, la Coupe de France, compétition créée durant la première Guerre mondiale, est une fête, avant tout. Elle célèbre le football, amateur et professionnel. Depuis toujours, les amateurs ont nourri sa légende en réussissant des coups et autres épopées homériques. Jusqu'ici, il n'avait pas été nécessaire de leur raccourcir la distance jusqu'à la ligne d'arrivée pour les voir trancher des fortes têtes. Ils y arrivaient bien en 120 minutes. En 90, ça devrait être plus simple, non ? De loin, on serait tenté d'opiner du chef. Quand on gratte un peu la patine, c'est moins évident. Parce que la suppression de la prolongation fera autant les affaires des petits Poucets que celles des ogres du football français.

Ces dernières années, les coupes nationales ont subi une forme de désintérêt latent de la part des équipes, lié à un paramètre essentiel et évident d'ordre économique. Pour faire simple, les clubs se tournent vers ce qui rapporte de l'argent et leur assure un avenir serein. La Ligue et sa coupe en ont été une spectaculaire victime. Et si le PSG, géant hexagonal, gagne presque toujours à la fin depuis 2015 (4 victoires, 6 finales, dont une à disputer face à Saint-Etienne), c'est autant lié à la marge XXL que le club parisien possède sur le reste de la meute qu'à la place à part que la compétition occupe dans les cœurs franciliens.

Il y a un an, Rennes créait l'exploit face au PSG

Demain, les calendriers de l'ogre parisien ou de ses congénères de L1 seront potentiellement allégés de 30 minutes ici et là. Une bonne chose pour les pros, soumis à des cadences infernales. Une bonne chose pour la Coupe de France qui, du coup, aura peut-être aussi droit de voir les stars de l'élite plus souvent sur les prés.

Par cette décision, la FFF a fait un pas en direction des amateurs et du monde professionnel. Vu comme ça, le deal est équilibré. Reste un élément, qui n'a pas été totalement soupesé, parce qu'il est intangible tout en étant essentiel, pour ne pas dire vital : la passion et, évidemment, l'inénarrable charme de la coupe. Un exploit en 90 minutes et cinq tirs au but aura-t-il la même force émotionnelle qu'une qualification au bout du bout du suspense et de la nuit ?

Se priver de la demi-heure supplémentaire, c'est se couper d'un Calais - Bordeaux 2000. C’est ne plus revivre de Quevilly - OM 2012 ou de Grenoble - OM 2015. C’est aussi faire une croix sur trente minutes de rab, même sans but, d'un exceptionnel Clermont - PSG 1997. C'est aussi s'interdire une orgie de buts entre Caen et Lens en 1992, entre Marseille et Monaco en 2017 ou encore entre Angers et Rennes au début de l'année, preuve que cela ne concerne seulement les duels entre petits et gros. Au fond, c'est comme passer du plat de résistance au café, sans s'arrêter sur la case dessert. On a changé le flacon, que restera-t-il de l’ivresse ? Rendez-vous cet hiver pour savoir.

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