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Gueugnon 2000 : la bande de copains qui a terrassé le PSG

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Les joueurs de Gueugnon avec le trophée | Coupe de la Ligue 2000

Crédit: AFP

ParFabien Esvan
21/04/2020 à 23:09 | Mis à jour 22/04/2020 à 19:59
@FabienEsv

COUPE DE LA LIGUE - Il y a vingt ans, Gueugnon, pensionnaire de D2, s’offrait l’ogre parisien en finale de la Coupe de la Ligue. David contre Goliath, la campagne contre la grande ville ; cette soirée du 22 avril 2000 était bien plus qu’un match de football pour les Gueugnonnais. Presque l’aventure d’une vie.

"Cendrillon pour ses vingt ans, est la plus jolie des enfants”. Vingt ans après, le Cendrillon de la Coupe de la Ligue 2000 a peut-être pris quelques rides et changé drastiquement de dimension, mais son souvenir et son héritage sont intacts. Le 22 avril 2000, Gueugnon, petite ville de 8 000 habitants, créait la sensation en s’offrant le Paris Saint-Germain en finale de la Coupe de la Ligue (2-0). Le point final de l’une des plus belles histoires du football français.

Il est un peu plus de 22h40 lorsqu’Éric Poulat met un terme à la rencontre. Pugnaces, solidaires, joueurs, les Gueugnonnais, habitués aux joutes de la D2, ont réussi leur pari : faire tomber le grand PSG. L’apothéose d’une saison quasi-idyllique pour le petit club de Saône-et-Loire. Pourtant, rien ne prédestinait la bande d’Alex Dupont à écrire l’histoire du football hexagonal. "C’était tout sauf un exploit" selon Nicolas Esceth-N’Zi, milieu de terrain de l’équipe.

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Sylvain Distin et les Gueugnonnais exhultant au coup de sifflet final

Crédit: AFP

Une bande de copains

Août 1999. Quatorzième du championnat après cinq journées, Gueugnon est à la peine en début de saison. Appelé en renfort par Alex Dupont à la fin de l’été 1999, l’expérimenté défenseur David Fanzel, qui a déjà connu l’élite et la montée en D1 avec Gueugnon entre 1993 et 1996, se rappelle des premières semaines difficiles. "La saison n’avait pas forcément bien démarré. L’équipe était en transition avec beaucoup de jeunes. Le championnat était très relevé avec des belles équipes comme Toulouse, Sochaux, Lorient ou le LOSC de Vahid (Halilhodžić)."

La chance et le salut de Gueugnon résident pourtant dans l’effectif bâti par Alex Dupont. "On s’entendait tous très bien. Il n’y avait pas de conflits à gérer. Et même s’il y en avait, les anciens comme Amara Traoré, Philippe Schuth ou moi, on les gérait", poursuit l’ancien défenseur, aujourd’hui entraîneur des féminines de Fleury-Mérogis. Même son de cloche chez son partenaire, Nicolas Esceth-N’Zi, formé au club. "C’était une équipe qui avait du talent avec des jeunes, des joueurs revanchards et des anciens importants pour leur calme. On faisait beaucoup de fêtes entre nous. On se voyait tout le temps. On restait deux, trois heures dans les vestiaires après l’entraînement à parler, à faire les cons. Il y avait une ambiance de malade."

Des Coupes et de l’appétit

Place forte de la D2 dans les années 90, avec un passage express en D1 pendant la saison 1995-1996, Gueugnon trouve son rythme et raccroche avec les locomotives du championnat après ses débuts poussifs. A mesure que l’on s’enfonce dans l’hiver et les terrains abimés, les coupes pointent le bout de leur nez. Et cette saison, Gueugnon y fait quelques miracles. En Coupe de France, les Forgerons surprennent tout le monde en allant gagner au Vélodrome pour faire tomber l’OM dès les 16es de finale (3-4). "Un match bizarre où il y a eu 9 tirs et 7 buts", se rappelle Nicolas Esceth-N’Zi, buteur ce soir-là.

Mais c’est en Coupe de la Ligue que l’histoire de Gueugnon va basculer. Si elle n’est pas spécialement un objectif pour les Forgerons, ces derniers y voient d'abord un intérêt financier plus que sportif. "Pour être très honnête, la Coupe de la Ligue, c’est ce qui rapporte le plus pour les joueurs, surtout à l’époque. Passer un tour, ça nous mettait une bonne prime", affirme Nicolas Esceth-N’Zi. David Fanzel trace le même sillon. "On ne va pas être hypocrite : personne n’a envie d’aller disputer un premier tour de Coupe de la Ligue à Niort dans le froid, en plein hiver et en pleine semaine. Il pleuvait, les conditions n’étaient pas bonnes. Mais bon, les coupes, c’était un peu comme l’appétit : l’ambition venait en mangeant. Plus on passait des tours, plus on avait faim." Et tout l’effectif se prend au jeu.

Niort, Toulouse, Strasbourg ; les joueurs d’Alex Dupont enchaînent et se rapprochent l'enceinte dionysienne où l'équipe de France emmenée par un certain Zinedine Zidane a écrit les plus belles pages de l'histoire du football tricolore moins de deux ans auparavant. "On sort Toulouse qui avait une grosse équipe avec des bons joueurs. C’était une belle affiche. Puis on enchaîne avec Strasbourg qui était un bel exploit", raconte David Fanzel. Pour Gueugnon, sortir le Racing, c’était mettre fin à une série de douze défaites consécutives contre les Strasbourgeois, mais surtout accéder au dernier carré de la compétition.

Face au Red Star, les Forgerons se retrouvent pour la première fois dans le costume de favori. Ils vont pourtant disputer l’un des matches les plus pénibles de leur saison. "On s’est mis la pression. On avait moins d’insouciance que les tours précédents. Cette fois, c’est le Red Star qui était outsider et nous, on était favoris", confie David Fanzel. "On est passé à côté du Stade de France avant de faire la demie. On se dit que ‘ouais, faut pas se déchirer’", complète Nicolas Esceth-N’Zi. Au terme d’un match à suspense et d’une séance de tirs aux but interminable décidée par la tentative victorieuse de son gardien Richard Trivino, Gueugnon arrache son ticket pour la finale (2-2, 9-8 aux tab). Et se donne le droit d’affronter le PSG, tombeur de Bastia deux jours plus tôt.

Yohan Bouzin et David Fanzel après la qualification face au Red Star (2-2, 9-8 aux tab).

Crédit: Getty Images

Forger sa légende

La semaine du match, c’est toute une région qui est en ébullition. Du côté des joueurs, on ne change rien ou presque. "On avait le vestiaire de l’équipe de France. Pour nous, 98, c’était les Bleus, la finale de la Coupe du monde. Le Stade de France c’est un rêve d’enfant", se remémorent les deux anciens coéquipiers. "Jouer devant autant de monde, c’est génial. C’était ‘notre petite Coupe du monde à nous’. La veille du match, quand on s’entraîne dans le stade, on a hâte d’être au lendemain. Il y a un peu de stress, mais c’est plus de l’excitation. On essayait de faire les cons la veille, de faire comme d’habitude, on ne voulait rien changer. On était même sortis trois jours avant le match. A l’époque, il n’y avait pas les réseaux sociaux donc on ne se rendait pas forcément compte de l’ampleur", nous raconte Nicolas Esceth-N’Zi. "On n’avait pas de pression. On se dit qu’il ne faut pas se prendre la tête. On a fait une prépa’ normale", insiste David Fanzel.

C’était Paris, t’as envie de montrer que toi aussi tu peux jouer là-bas.

Pour le défenseur des Forgerons, "le PSG était sans doute la plus belle affiche que Gueugnon pouvait avoir." Une belle affiche qui ne tétanise pas les Bourguignons, bien au contraire. Pour sa première finale, Nicolas Esceth-N’Zi, est catégorique "Il n’y avait aucune peur de jouer le PSG. La seule peur, c’était celle de mal faire, de passer à côté de son match. C’était Paris, t’as envie de montrer que toi aussi tu peux jouer là-bas. On était jeunes, insouciants, insolents. T’en as rien à foutre d’eux en fait. T’es prêt à te casser une jambe sur le terrain pour gagner ce match, c’est ça qui est terrible. Mais il y a beaucoup de respect pour les joueurs, pour le club, son histoire." Pour le numéro 10 gueugnonnais, "la pression était sur le PSG. Pour eux, le match a été dur. Ils sont à Paris, au Stade de France, ils sont deuxièmes de D1, ils font une bonne saison et ils reçoivent Gueugnon. Il y avait 99% de la population qui pensait qu’ils allaient nous démonter."

Les Forgerons vont faire plus que résister. Mieux, ils vont prendre les Parisiens à la gorge dès le début du match. Un scénario qui a d’ailleurs surpris Nicolas Esceth-N’Zi, aujourd’hui éducateur à l’école de foot de l’Etoile Fréjus St-Raphaël. "Au début du match, j’étais très énervé après (Eric) Boniface. Un moment donné, il y a une action et je lui dis ‘dégage le ballon loin, on s’en fout, on se démerde !’ et lui, il fait petit crochet et il relance tranquillement. Et dans ma tête, je me dis ‘il ne prend pas la mesure de la finale, il ne faut pas qu’il prenne de risque’. Il me répond ‘Nico, calme, joue comme d’habitude. Pourquoi je devrais balancer ? On gère’. Ça m’a beaucoup aidé." Décomplexés, les Gueugnonnais vont mettre à mal la machine parisienne. "On a joué tout le match. On est venus, on les a pris en 4-4-2, on ne s’est pas mis à 8 derrière. On attaquait, on jouait, on se faisait des passes, on prenait des risques, on se faisait plaisir. C’est ça que je retiens le plus : c’est cette sérénité dans notre jeu. Ça m’a surpris."

Marcelo Trapasso au duel avec Aliou Cissé pendant la finale de la Coupe de la Ligue 2000

Crédit: Getty Images

Au retour des vestiaires, le PSG met le pied sur l’accélérateur, mais c’est bien Gueugnon qui va faire la différence à l’heure de jeu. Nicolas Esceth-N’Zi le raconte. "Le coach sait que je peux aller faire la diff’ en un contre un. Il sait que si je prends de la vitesse, je peux aller éliminer, rentrer dans la surface et tirer. Et il me dit ‘Va Nico, va, va, va !’ sauf que je n’ai pu de jambes. Je suis carbonisé, j’ai plus de jus dans mon moteur. Mais je ne sais pas pourquoi, je décide de tirer. Personne ne tire d’ici normalement. Casagrande la fait rebondir sur le poteau. (Marcelo) Trapasso suit et marque. Sur le coup, je lève les mains, mais je n’ai pas le courage de courir. Je n’ai pas les jambes.". Malgré les assauts répétés des joueurs de la capitale, les Forgerons tiennent bon grâce à Richard Trivino héroïque, auteur de plusieurs miracles.

Alors que le PSG campe dans la moitié de terrain gueugnonnaise en toute fin de match, Sylvain Flauto, qui a remplacé Nicolas Esceth-N’Zi, récupère le cuir, élimine quatre défenseurs parisiens, tire et éteint les derniers espoirs de prolongation pour les Parisiens. Gueugnon l’a fait. Les Forgerons ont écrit leur légende.

Enrico Macias et paillettes parisiennes

"Des larmes et la sensation d’avoir réalisé un rêve d’enfant. C’était l’un de mes derniers matches professionnels. Je me suis refait tout le film de ma carrière." Vingt ans après, l’émotion de David Fanzel est toujours grande. Même chose chez le milieu de terrain. "C’est confus, mais c’est surtout de la fierté. T’es au milieu d’un stade de 80 000 personnes… Personne n’est préparé à tout ça. T’essaies de chercher ta famille. J’ai juste eu un coup de lucidité pour demander le maillot à Okocha." Si Gueugnon vient d’ajouter une nouvelle ligne à son palmarès, il s’est aussi offert un ticket pour la Coupe de l’UEFA. Interrogé par France 3 pendant qu’ils font le tour du stade, Sylvain Flauto répond que "l’idée ne lui était pas encore venu à la tête." Loin d’être une préoccupation pour les héros du jour.

La France du foot n’a d’yeux que pour les Gueugnonnais. Alors qu’il vient tout juste de récupérer sa médaille et soulever la coupe, Nicolas Esceth-N’Zi fait une rencontre pour le moins inattendue. "C’était flou. On descend la tribune et là, il y a Enrico Macias, un grand supporter du PSG, et je lui lance ‘Oh Enrico !’. Il me fait une accolade où il me dit un truc du style ‘Vous avez apporté beaucoup de bonheur’. Très classe."

Il y a des touristes chinois qui ne comprennent rien à ce qui se passe.

Pendant trois jours, les Gueugnonnais vont célébrer et enchaîner les apparitions médiatiques. Nicolas Esceth-N’Zi s’en souvient. "Le protocole d’après-match voulait qu’on aille au Lido faire des photos en plein spectacle. Les gens applaudissent. Il y a des touristes chinois qui ne comprennent rien à ce qui se passe. Tu fais une photo avec la Coupe et les danseuses et basta. Après, on a fêté ça tous ensemble avec l’équipe, nos proches, mais on n’a tous très peu de souvenirs." Pendant trois jours, les Forgerons font le tour des plateaux. "On s’est pris pour des stars, on en a profité. On n’entendait pas souvent parler de Gueugnon.", nous confie David Fanzel.

Si beaucoup d’observateurs ont parlé de « l’exploit des Forgerons », Nicolas Esceth-N’Zi n’est pas de cet avis. "Il y a un truc que je ne partage pas, c’est quand on dit que c’est un exploit qu’on ait gagné la Coupe de la Ligue. C’est une super perf’, c’est clair. Mais un exploit, c’est une équipe de National ou de CFA qui va gagner contre une Ligue 1. Nous, on était en Ligue 2." L’ancien joueur du FC Lorient fait notamment écho au parcours de Calais en Coupe de France la même année, "le véritable exploit" selon lui.

L'entraîneur du FC Gueugnon Alex Dupont fête la victoire de son équipe avec des membres du staff, le 22 avril 2000.

Crédit: AFP

La fête au village

A Gueugnon et dans ses environs, c’est l’effervescence. "Il n’y a pas de gare à Gueugnon donc on arrive à Montceau-les-Mines (le mardi). C’était déjà noir de monde. De Montceau à Gueugnon, il doit y avoir une demi-heure de route et il y avait des voitures et des drapeaux partout. On a vraiment réalisé qu’on avait gagné quand on est rentré à Gueugnon", se rappelle le milieu de terrain.

J’ai vu des dames de 80 piges chialer. C’est incroyable. Elles ont connu la Libération et elles étaient émues de notre victoire, fières qu’on ait représenté leur ville.

Pour tous les joueurs, le retour à Gueugnon reste sans doute le moment phare de l’aventure. "Comme je l’ai vécu à Lorient (en 2002), le plus beau, c’est le retour dans ta ville. C’était sûrement la plus belle émotion de l’épopée avec Gueugnon", déclare Nicolas Esceth-N’Zi. "Quand on arrive en ville, c’est la folie. J’ai vu des dames de 80 piges chialer. C’est incroyable. Elles ont connu la Libération et elles étaient émues de notre victoire, fières qu’on ait représenté leur ville." "Le retour à Jean-Laville, c’était extraordinaire. Le stade était plein à craquer, on a présenté la coupe à tous nos supporters. Il y avait une belle communion. Ce sont des images qui sont gravées.", ajoute David Fanzel.

Un retour triomphal à Jean Laville pour les Forgerons

Crédit: AFP

Du rêve au cauchemar, le souvenir de la Coupe toujours vif

Vingt ans plus tard, les paillettes et les souvenirs du Stade de France semblent bien loin pour les Gueugnonnais, aujourd’hui en N3. Placé en liquidation le 8 avril 2011, Gueugnon est reparti en Division d’Honneur, faute de solutions et de repreneurs. David Fanzel s’y attendait. "C’est symptomatique des difficultés de la région. A partir du moment où Ugine (ndlr le principal sponsor du club) est parti, c’est devenu très compliqué. Dans le foot, l’argent est le nerf de la guerre. Peut-être que le club a loupé le coche et le virage quand on a gagné la Coupe de la Ligue…" Nicolas Esceth-N’Zi partage la vision de son ancien coéquipier. "Ça fait chier. J’ai été formé là-bas. Il y a beaucoup de gens qui aiment ce club, qui se sont battus pendant des années pour ce club. Gueugnon n’a rien à envier à certains clubs. Alors oui, il y a la ville qui n’est pas excitante, mais le club a de bonnes infrastructures, un professionnalisme, tout est carré."

Alors que la Coupe de la Ligue va disparaître à la fin de la saison, David Fanzel, Nicolas Esceth-N’Zi et consorts peuvent se targuer d’être le seul club de Ligue 2 à avoir soulevé le trophée. Vingt ans après, le souvenir de cette soirée du 22 avril 2000 est toujours là comme le témoigne l’ancien milieu de terrain. "On ne va pas se mentir : Gueugnon, c’est pas la meilleure ville. Il n’y a rien, que des champs. Alors, la fierté qu’ils ont eu de taper le grand PSG… Pour eux, ils l’ont tapé avec nous. Les gens nous en parlent encore." Gueugnon a peut-être sombré dans les tréfonds du foot français, mais sa légende est encore bien vivante. Comme une lueur d’espoir vers des lendemains meilleurs.

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