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Une anomalie à corriger

Une anomalie à corriger

Le 07/06/2019 à 00:24Mis à jour Le 07/06/2019 à 19:50

COUPE DU MONDE - Souvent placée jamais gagnante, l’équipe de France aborde son Mondial avec la ferme ambition d’enfin terminer au sommet. Une juste récompense pour une génération qui cherchera aussi à chasser ses démons passés.

47 centimètres. Pour 4,6 kilos. C’est fou comme un si petit objet peut être autant désiré. Arrivé le 2 mai à Paris, le Graal attend désormais patiemment son nouveau propriétaire. Cette Coupe du monde version féminine est encore pour quelques jours la possession des Etats-Unis, vainqueur au Canada en 2015. Mais 23 équipes sont désormais lancées dans une guerre de succession. Et, franchement, sur la ligne de départ, les Bleues ont de quoi y croire.

Non, les préférées des bookmakers n’ont pas changé. Les Américaines bien sûr, favorites légitimes du haut de leur trois titres mondiaux en sept éditions. L’Allemagne aussi et ses deux sacres de 2003 et 2007. Le Japon, l’Australie, l’Angleterre voire les Pays-Bas peuvent aussi s’inviter au festin final. Mais les Tricolores sont clairement à citer parmi les prétendantes sérieuses. Pas favorites, non, mais bien plus que de simples outsiders.

Trophée Coupe du monde féminine 2019

Trophée Coupe du monde féminine 2019Getty Images

Cet entre-deux, les Tricolores le doivent d’abord à ce potentiel assez fou du groupe des 23 choisies par Corinne Diacre. Même sans Marie-Antoinette Katoto. Ces Bleues ont de quoi faire peur. Car qui dit équipe de France dit forcément, par ricochet, Olympique Lyonnais. La meilleure équipe de foot féminin européenne fournit largement les rangs tricolores avec sept représentantes. Mais surtout une ossature complètement identique : Sarah Bouhaddi, le duo Wendy Renard-Griedge Mbock dans l’axe central, Amandine Henry à la baguette et, très souvent, Eugénie Le Sommer à la finition.

1998 comme rêve éveillé mais accessible

Complété par les talents parisiens (Kadidiatou Diani, Grace Geyoro), guingampais (Emelyne Laurent), ou même madrilènes (Tounkara), le groupe tricolore présente une multitude de profils pour varier les plaisirs et savoir utiliser toutes les armes du football féminin actuel. Du système tactique à la solidité de la charnière en passant par l’identité de la pointe française, Valérie Gauvin, Montpelliéraine et reconnue pour ses capacités dos au but et en appui (ça vous fait penser à quelqu’un ?), les similitudes avec les Bleus de Russie sont nombreuses.

C’est pourtant un autre modèle que les protégées de Corinne Diacre n’ont cessé d’évoquer depuis quelques jours. France 1998 évidemment et ce sacre à domicile. Car si ces Bleues ont un atout que les autres n’auront pas, c’est bien sûr l’appui d’un public qui ne demande qu’à se prendre au jeu. "Très sincèrement, c'est quelque chose qu'on appréhende, a pourtant souligné la sélectionneure. Mais après on peut anticiper plein de choses... Chacun le vivra comme elle aura décidé de le vivre".

Amandine Henry, elle, n’a pas exactement le même discours : "Je suis de la génération 1998, j'ai de beaux exemples en tête, notamment Zinédine Zidane, a-t-elle rappelé. On a envie de vivre les mêmes émotions. Pour l'instant c'est un rêve éveillé mais il ne va pas falloir rêver mais être présente !" Et emmener derrière elle un soutien populaire qui pourrait s’avérer nécessaire lorsque le bateau bleu se mettra éventuellement à tanguer.

Amandine Henry

Amandine HenryGetty Images

Oublier les souvenirs de 2011 et 2015

Voilà pour les points positifs. Mais parler de ces Bleues-là sans évoquer le passé serait ne voir les choses que par le petit bout de la lorgnette. Car des Tricolores placées comme outsiders d’une compétition internationale, c’est un refrain connu. Le problème, c’est qu’elles n’ont pas encore réussi à créer la sensation. Et que la frustration a souvent été le mot-clé de leurs aventures à grande échelle.

C’est simple, à partir de 2009 et la vraie montée en puissance de ces Bleues, elles ont toujours été placées. Mais jamais gagnantes. A l’Euro ? Trois quarts de finale de suite. Aux JO ? Une quatrième place en 2012 à Londres et un nouveau quart à Rio. Mais les Coupes du monde, c’est autre chose. Tout y est exacerbé. Comme ce goût amer de 2011 avec cette défaite en demie face aux USA (3-1) et ce match pour la troisième place perdu face à la Suède (2-1) alors que la troupe de Bruno Bini avait donné une impression folle en qualif (50 buts marqués pour… 0 encaissé).

Il y a aussi 2015 et un goût d’inachevé. Troisièmes au classement FIFA avant la compétition, les Bleues de Bergeroo passent les obstacles sans encombre avant d’arriver face à l’Allemagne, première au classement FIFA. Elles tiennent le choc, se procurent de nombreuses occasions mais se font rejoindre au score sur un penalty sévère en fin de match, consécutif à une main d’Amel Majri. La suite ? La loterie des tirs aux buts. Et, évidemment, le gros lot pour les Allemandes. Cruauté et beauté du sport.

En 2019, à domicile, il est temps d’oublier tous ces souvenirs douloureux. Et en créer de nouveaux bien plus beaux. Pour que les pionnières Alice Milliat, Elisabeth Loisel et tant d’autres soient enfin récompensées de leurs efforts passés. Pour que les Abily, Georges, Bompastor, Pichon et Soubeyrand puissent se réjouir d’avoir ouvert la voie. Pour que les Bussaglia, Thiney, Le Sommer et Renard aient eu raison d’insister depuis 2011. Pour que ces Bleues aient enfin la place qu’elles méritent dans le patrimoine français. Pour que l’anomalie soit enfin corrigée. Nul doute qu’un an après, les ouvriers de Clairefontaine n’auraient aucun problème à installer une troisième étoile à l’entrée du majestueux domaine.

La détresse des Françaises en 2015

La détresse des Françaises en 2015Getty Images

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