Déçu, dépité, abattu. Cristiano Ronaldo a tendu la joue dimanche soir. Le match contre les Etats-Unis (2-2) n’a convaincu personne. Et le Portugal n’a encore vaincu personne dans ce Mondial. Le Capitão "tend la joue" : "Nous n’étions et n’avons jamais été favoris". S’il avait évoqué le "rêve" de réaliser "quelque-chose de grand" au Brésil avec sa Seleção, le Ballon d’or, Soulier d’or 2014 a relégué ses ambitions au rang d’"illusions". La désillusion est grande. Mais le Portugal aurait pu s’y préparer. Il dispute sa huitième phase finale d’une compétition majeure. Mais si le miracle – auxquels même les Portugais ne croient plus – ne se produit pas lors de la dernière journée, il sortira au premier tour. Douze ans après le flop asiatique, le Portugal tique. Et ça n’a finalement rien de surprenant.
Cristiano ne peut pas tout faire tout seul 
C’est le leitmotiv du sélectionneur, Paulo Bento, au cours de ce Mondial : "Cristiano ne peut pas tout faire tout seul". Capitaine de la Seleção, l’attaquant star a fait exploser les records cette saison. Mais il a terminé sur les rotules. Ses genoux le rongent. Les douleurs font partie de son quotidien. Mais au Real Madrid, elles sont apaisées par la qualité et la notoriété de ses coéquipiers. Le meilleur buteur de l’histoire du Portugal (49) peine à s’affirmer en Coupe du monde. Contre les USA, il a disputé son douzième match en CDM. Un record pour son pays. Mais son compteur but reste bloqué à 2.
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Difficile toutefois de lui en vouloir… Son corps souffre.  Son cœur souffle : "Je n’ai pas le moral". Et il assume : "Je n’ai peu eu le niveau que j’espérais". Il n’est pas le seul… Depuis qu’il a intégré les A (2003), son pays n’a raté aucun rendez-vous majeur. Et c’est déjà un exploit.

Des joueurs fatigués

Les plus optimistes avaient gardé le souvenir de la belle Seleção demi-finaliste de l’Euro 2012. Paulo Bento a à peine touché à son onze depuis deux ans (entre la première équipe alignée au dernier Euro et celle de ce Mondial, Postiga était le seul joueur de champ absent). Et les années commencent à se faire sentir. Avec une moyenne d’âge de 28,5 ans, le Portugal possède la quatrième sélection la plus vieille de la Copa. Son style de jeu est maintenant bien connu de ses adversaires. Il s’use. S’ils ont confié à leur proches avoir eu "les jambes coupées" lors de la rouste contre les Allemands (0-4), ils n’ont guère apprécié la chaleur humide de Manaus face aux USA (2-2). Rui Patricio, Fabio Coentrão et Hugo Almeida, puis Hélder Postiga sont tombés l’un après l’autre, depuis le début de la compétition. Les joueurs sont fatigués. Pas forcément aidés par la juteuse tournée réalisée aux USA avant la CDM.

Une équipe en fin de cycle

De nombreux éléments de la Seleção ont vécu une saison compliquée. Victimes des pépins ou des choix de leurs dirigeants. Nani – buteur contre les USA – a surtout suivi les matches de Manchester United sur le banc ou à l’infirmerie ; Hélder Postiga s’est battu contre des problèmes de dos et a dû quitter Valence pour la Lazio en cours d’exercice. Coentrão, Meireles, Vieirinha, Eder, Ruben Amorim pourraient compléter cette liste. Et puis, il y a le jeune André Almeida (23 ans) qui s’est contenté de miettes au Benfica… Comme son voisin espagnol, le Portugal a des allures d’équipe en fin de cycle. Sans la gloire, ni les titres, toutefois. Une génération de trentenaire se consume (Ricardo Costa (33), Pepe (31), Bruno Alves (32), Meireles (31), Postiga (31). Et la flamme semble s’éteindre.

Le Portugal a arraché le droit d'y croire contre les Etats -Unis (2-2).

Crédit: AFP

Des joueurs "exilés"

Parmi les cadres de Paulo Bento, beaucoup se sont exilés dans des championnats juteux, à défaut d’être des plus relevés. Bruno Alves, Meireles (Fenerbahçe), Hugo Almeida (Besiktas), Miguel Veloso (D. Kiev), Luis Neto (Zenit) - voire Moutinho qui n’a pas joué l’Europe cette saison avec Monaco – peinent à hausser leur niveau de jeu. La Liga portugaise – cinquième à l’indice UEFA - ne s’est jamais aussi bien portée. Pourtant, seuls huit de ses joueurs ont intégré la Seleção (Rui Patricio, Eduardo, A. Almeida, W. Carvalho, Rafa, R. Amorim, Eder, Varela). Mis à part le portier du Sporting, aucun n’a les préférences du sélectionneur. On est loin des 15 finalistes de l’Euro 2004 issus de la Liga. Cette année-là, le FC Porto de Mourinho soulevait la C1. En mai dernier, c’est le Benfica qui atteignait la finale de la C3. Mais les Portugais y sont rares…

Où sont les jeunes ?

Avec 22 joueurs lancés depuis qu’il est sélectionneur (octobre 2010), Paulo Bento tente d’apporter un peu de fraicheur au cœur de la Seleção. Le Mister n’ose toutefois pas vraiment bousculer ses habitudes et ses habitués.  Malgré sa saison pleine au Sporting, son profil atypique et la noyade du milieu portugais contre l’Allemagne, le très prometteur William Carvalho reste un joker. Rafa (Braga), encore trop tendre, se contente d’observer les anciens. Bento ferait avec ce qu’il a. Les grands clubs portugais ne valorisent pas les autochtones, exception faite du renaissant Sporting que Paulo connait pourtant parfaitement. Le vivier est limité. Les nouvelles générations tardent à éclore.
La "concurrence étrangère" n’explique pas tout. Aucun des finalistes du Mondial des moins de 20 ans de 2011 – seule grosse perf des Portuguesitos depuis dix ans - n’a fait le voyage au Brésil. Ex-protégé de PB, présent à l’Euro 2012 – alors qu’il n’avait que très peu joué au Benfica - Nélson Oliveira a été zappé. Il a pourtant réalisé sa saison la plus prolifique en pro (8 buts), avec Rennes. C’est peu mais, aujourd’hui, le Portugal n’a beaucoup pas mieux. Avec Anthony Lopes ou Raphaël Guerreiro, la Ligue 1 possède quelques autres talents que Bento ne va plus pouvoir ignorer longtemps. L’Euro 2016 c’est demain. Et c’est en France…

Cristiano Ronaldo, l'attaquant du Portugal à la Coupe du monde 2014

Crédit: AFP

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