"Je suis un coach qui décide seul. Jamais personne ne m'a dicté la tactique à suivre. Les seuls à avoir tenté de le faire ont été les dirigeants du Bayern, ce qui avait provoqué mon départ du club." Louis Van Gaal n'est pas homme à se faire marcher sur les pieds. Avant le Mondial, le futur entraîneur de Manchester United avait annoncé la couleur : très jeune, son équipe n'était pas en mesure de défendre ses chances tout en produisant le jeu traditionnel des Pays-Bas, séduisant car porté vers l'avant. Dès lors, un seul qualificatif suffisait pour décrire l'approche du sélectionneur : pragmatique. Au grand dam de Johan Cruyff, adieu le 4-3-3 et ses ailiers collés aux lignes de touche, bonjour le 3-5-2 et ses marquages resserrés dans l'entrejeu.

Plan A : chacun son joueur

De leur entrée en lice face à l'Espagne jusqu'à leur huitième de finale finalement victorieux face au Mexique, les Pays-Bas ont toujours procédé de la même manière. D'abord le plan A : le 3-5-2. Déchargés des tâches défensives, Robben et Van Persie se positionnent au niveau du rond central et attendent face à la relance adverse. Derrière, tous les joueurs ont un adversaire à suivre. Sneijder se sacrifie comme les autres dans l'entrejeu et suit l'un des milieux adverses, tout comme De Guzman (ou Wijnaldum) et De Jong.
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Et à la fin, grâce à leurs attaquants et à leur mental, ce sont les Pays-Bas qui gagnent
29/06/2014 À 20:20
Ce marquage individuel dans l'entrejeu a aussi des répercussions sur la défense à cinq. Celle-ci et les milieux de terrain sont très proches afin de compenser les mouvements de chacun : si les milieux sont amenés à sortir de leur position, que ce soit pour suivre un adversaire qui décroche ou un autre qui prend la profondeur, les stoppeurs doivent combler les brèches si leurs propres adversaires tentent d'utiliser ces espaces. L'objectif ? Gagner des ballons dès la première passe de l'adversaire, pour les ressortir ensuite sur Robben et Van Persie, chargés d'attaquer une défense alors complètement à découvert.
Pour être efficaces, ce plan de jeu nécessite toutefois des joueurs athlétiques pour s'imposer dans les duels et permettre les contres. Nigel de Jong est capital dans ce système et sa sortie prématurée face au Mexique a été problématique pour son équipe. Durant le premier acte, les Oranje ne se sont en effet crées des situations uniquement sur des fautes techniques des défenseurs mexicains (non-provoquées par la pression adverse). Plus gênant, Louis Van Gaal ne semble pas avoir de doublure assez solide pour suppléer son milieu de terrain. Daley Blind a manqué d'impact à ce poste, et son manque d'agressivité est d'ailleurs directement impliqué sur le but de Dos Santos. 
Autre problème de ce plan de jeu, sa stérilité dès lors que les Pays-Bas doivent tenir le ballon. Cela s'est notamment vu face à l'Australie lors du deuxième match de poule. Face à un bloc bas, Robben et Van Persie ont logiquement moins d'opportunités dans l'axe du terrain. En très grande forme, le premier parvient tout de même à faire des différences mais la défense se resserre vite autour de lui et les solutions viennent à manquer. Joueur-clé à la création, Sneijder s'est un peu plus montré face au Mexique - au-delà de son but - mais est encore loin du volume de jeu qu'il pouvait avoir en 2010.

Memphis Depay et Robin van Persie

Crédit: AFP

Plan B : le retour aux sources

Cela rend le 3-5-2 inutile dès que l'adversaire prend l'avantage au tableau d'affichage. C'est arrivé à deux reprises depuis le début du Mondial et à chaque fois les Pays-Bas ont su renverser la vapeur. Pour rappel, la France et l'Allemagne - deux sélections souvent comparées aux Pays-Bas depuis le début de la compétition - n'ont pas encore connu cette situation. Face à l'Australie et au Mexique, Louis Van Gaal a à chaque fois opté pour le même changement tactique : un défenseur sort au profit d'un attaquant et l'équipe passe en 4-3-3 avec deux véritables ailiers. Memphis Depay, décisif face à l'Australie, entre sur l'aile gauche et Arjen Robben retrouve son poste habituel sur l'aile droite.
Toujours en manque de créativité dans l'entrejeu, les Pays-Bas se retrouvent ainsi avec un référent supplémentaire aux avant-postes. En s'écartant, Robben devient une solution plus facile à atteindre face à des blocs resserrés. Là encore, sa forme exceptionnelle lui permet de faire la différence face à un, deux voire trois adversaires. En huitième de finale, on l'a ainsi vu repiquer à l'intérieur pour servir Sneijder ou encore partir en débordement et aller chercher le penalty de la victoire. Au-delà de ces actions spécifiques, les percussions de Robben et Depay sur les ailes apportent surtout des coups de pied arrêtés. Et à ce petit jeu, les Néerlandais font partie des équipes les plus dangereuses depuis le début du tournoi grâce à la taille de De Vrij, Vlaar ou Martins Indi ainsi qu'à la qualité des tireurs.
Face au Mexique, Louis Van Gaal a tout de même dû prendre tous les risques. Il a en effet été forcé de changer d'attaquant (Huntelaar) et de demander à Kuyt, latéral gauche au début du match puis passé à droite au moment du premier changement tactique, d'abandonner son poste pour ajouter de la taille devant. Les Néerlandais ont multiplié les longs ballons vers Huntelaar ou Kuyt, afin de mettre la défense mexicaine sous pression. Obligé de passer en 5-4-1 pour résister au 4-3-3 néerlandais, "El Tri" n'a pas été en mesure de sanctionner de cette prise de risques dans les dernières minutes et a fini par craquer... sur un coup de pied arrêté et une énième accélération de Robben.

Deux plans, suffisants pour une victoire ?

Après être passés tout près du titre en 2010, les Pays-Bas peuvent-ils aller au bout de cette manière ? Dans leur partie de tableau, ils apparaissent en tout cas comme les favoris pour accéder à la finale. Leur quart à venir face au Costa Rica va toutefois les placer dans la peau du favori, un costume qu'ils ont du mal à assumer lorsqu'ils évoluent en 3-5-2. Le deuxième souci des Oranje dans les jours à venir concerne la blessure de Nigel De Jong, d'ores et déjà forfait pour ce quart de finale. Patron de l'entrejeu, son activité à la récupération est primordiale pour le plan A des Pays-Bas. Si son absence ne devrait pas peser face au Costa Rica (puisque les Pays-Bas risquent d'avoir la possession), Van Gaal risque de se heurter à un gros problème en cas de demi-finale. Un problème qui se résume en une question : qui pour arrêter les individualités argentines ou belges si le milieu du Milan AC n'est pas à 100% ?
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