Une Coupe du monde tous les deux ans ? L’idée, déjà soulevée par Sepp Blatter en 1999, quand le Suisse dirigeait la FIFA, a été remise au goût du jour par une proposition de la Fédération Saoudienne de Football, puis abordée au mois de mai dernier à Zurich, au siège de la FIFA, à l’occasion du 71e congrès de l’instance, par Gianni Infantino. Depuis, le projet, dont la faisabilité est actuellement étudiée dans les cossus bureaux zurichois, a été en partie confié à Arsène Wenger, le directeur du développement du football de l’instance.
L’Alsacien passe une partie de son temps à expliquer pourquoi organiser une Coupe du monde tous les deux ans aurait du sens. Et comme l’ancien entraîneur d’Arsenal est un homme intelligent, il prend un soin extrême, à chacune de ses interventions, de détailler toutes les grandes lignes de ce vaste chantier et d’avancer des arguments qui semblent recueillir un écho très favorable sur plusieurs continents.

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Deux confédérations, l’Asie (AFC) et l’Amérique du Nord, Centrale et les Caraïbes (CONCACAF) ont déjà affirmé être tentées par cette nouvelle périodicité. L’UEFA est contre, mais cet avis n’est pas forcément partagé par toutes les fédérations, à commencer par la Française, puisque Noël Le Graët, son président, n’a pas fermé la porte, au contraire de Didier Deschamps, le sélectionneur des Bleus. En Amérique du Sud (CONMEBOL) également, la tendance actuelle penche davantage vers le NON.
En Afrique, sans annoncer officiellement le ralliement de l’instance qu’il dirige au camp du OUI, le Sud-Africain Patrice Motsepe, président de la CAF, a rappelé, dans un communiqué, "que le plus important était de poursuivre les discussions et les délibérations." Une position nettement moins tranchée que celle de Fouzi Lekjaa, l’influent président de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), également 5e vice-président de la CAF et membre du conseil de la FIFA.
Au mois d’août dernier, le dirigeant nord-africain avait clairement pris position dans une interview accordée à nos confrères marocains de 360sports. "Cela donnerait davantage d’opportunités aux équipes africaines de progresser en affrontant les meilleures sélections du monde, et permettrait aux joueurs africains les plus talentueux de briller. Nous devons faire de la Coupe du monde une compétition plus inclusive, plus démocratique en donnant l’occasion aux nations les moins développées l’occasion d’y participer." Plusieurs fédérations africaines ont plus ou moins ouvertement exprimé leur net penchant pour le projet. "L’Algérie, le Bénin, le Sénégal, notamment, semblent y être favorables", souligne une source proche de la CAF. Mais auprès des acteurs ou des observateurs du football africain, tout le monde ne partage pas la même opinion.

Achraf Hakimi et Nicolas Pepé lors de Côte d'Ivoire - Maroc à la Coupe d'Afrique des nations 2019

Crédit: Getty Images

La C1 joue tous les ans, la CAN tous les deux ans, et personne ne s’en plaint
Certains ont un avis plutôt nuancé, comme l’ancien international algérien Rabah Madjer, qui a participé deux fois à la phase finale (1982 et 1986). L’ex-joueur du FC Porto y voit autant d’avantages, que d’inconvénients. "Dans sa carrière, un joueur évoluant dans une bonne sélection aura l’occasion de jouer peut-être quatre ou cinq coupes du monde, ce qui est bon pour son CV et pour les émotions, car la Coupe du monde est une compétition unique. Une phase finale tous les deux ans, c’est aussi permettre à des sélections moins fortes d’avoir une chance supplémentaire d’en être, au moins une fois."
Mais le champion d’Afrique 1990, s’il ne voit pas le risque de banalisation de l’évènement – "la Ligue des champions se joue tous les ans, la CAN tous les deux ans, et personne ne s’en plaint" - s’interroge sur les conséquences qu’une telle réforme pourrait avoir sur le calendrier. "Il est déjà chargé, avec les compétitions de clubs et de sélections. Pour rendre la chose viable, il faudrait vraiment que le système des qualifications soit adapté, et se déroule sur des périodes assez courtes."

Rabah Madjer

Crédit: Getty Images

Madjer hésite, Le Roy "atterré"

Abdoulaye Bamba, le défenseur international ivoirien d’Angers, ne perçoit l’intérêt de modifier la périodicité de la Coupe du monde, malgré les arguments avancés par ses partisans. "A mon avis, la principale motivation est d’ordre commerciale, puisqu’une Coupe du monde tous les deux ans va rapporter plus d’argent. Mais sportivement, qu’avons-nous à y gagner ? Cela va banaliser cette compétition, et surchargé un peu plus le calendrier."
En observateur avisé d’un football africain qu’il connaît parfaitement, Claude Le Roy va encore plus loin dans son opposition à ce projet défendu par son ami Arsène Wenger. "Je suis atterré ! C’est totalement démagogique, juste pour faire croire aux africains qu’ils pourront se qualifier plus souvent pour la Coupe du monde. Cela dénature l’esprit de la compétition", s’agace le Français, passé sur les bancs de touche de nombreuses sélections (Cameroun, Sénégal, RD Congo, Ghana, Congo, Togo). "Les pays africains devraient plutôt se battre pour avoir plus de représentants en phase finale (5 actuellement, et 9 à partir de 2026, avec l’élargissement à 48 sélections, ndlr)."
La FIFpro, le syndicat mondial des joueurs, n’a pas encore pris position, alors que la FIFA a lancé, le 30 septembre dernier, une consultation auprès de toutes les fédérations qui lui sont affiliée. L’ancien international camerounais Geremi Njitap, le président de la division Afrique du syndicat, s’il s’étonne que "la FIFA ait mis la FIFpro un peu devant le fait accompli", attend d’en savoir un peu plus sur les intentions de l’instance faîtière, et "notamment au niveau de l’harmonisation des compétitions. Par exemple, quelles seraient les conséquences pour la CAN ? Aurait-elle encore lieu tous les deux ans, les années impaires, un format auquel les Africains sont très attachés ? Nous attendons des réponses concrètes", explique l’ex-joueur du Real Madrid et Chelsea. La FIFA pourrait en dire davantage sur la Coupe du monde biennale d’ici la fin de l’année 2021.
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