Coupe du monde 2026 - Finale Espagne - Argentine - Emiliano Martinez : Faut-il séparer l'homme du footballeur ?

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Détesté en France, Emiliano Martinez dispute une deuxième finale de Coupe du Monde consécutive et pourrait, en cas de sacre, devenir l'un des meilleurs gardiens de l'histoire. De quoi se rendre compte qu'il n'est pas seulement ce personnage souvent à la limite... Pilier du groupe argentin, il a fait l'unanimité partout où il est passé. Témoignages.

Espagne ou Argentine : qui sera champion du monde ?

Video credit: Eurosport

On ne prend pas trop de risques en écrivant cela : Emiliano Martinez est dans le top 3 des footballeurs les plus détestés en France aujourd'hui. La finale de la Coupe du Monde 2022, et surtout les attitudes qui ont suivi, plus une certaine faculté à récidiver voire à entretenir cette haine, comme lorsqu'il s'était complètement mis le public lillois à dos lors d'un quart de finale de Ligue Europa Conférence en 2024, ont accentué toujours plus cette image de persona non grata dans l'Hexagone.
D'où cette situation bien compliquée pour un supporter de l'équipe de France ce dimanche pour la finale de la Coupe du Monde : être derrière l'Argentine de Martinez, bourreau en 2022, avec toutes les polémiques que l'on connaît ; ou soutenir l'Espagne, qui a sorti les Bleus en demi-finale, et qui reste une bête noire ces derniers temps, à l'image par exemple de la demi-finale perdue également à l'Euro 2024.
On parierait bien sur une bonne majorité derrière la Roja de Rodri, et surtout contre l'Argentine de Martinez : "Quand tu le vois à la télévision, tu te dis que c'est un provocateur, un sale type, constate Gilles Sunu, ancien joueur de Lorient et d'Angers, entre autres, qui a évolué avec Emiliano Martinez en réserve à Arsenal au début des années 2010. Tu te poses des questions. En tant que Français, faire des compliments sur lui après tout ce qu'il s'est passé..."
Il n'aimait pas chambrer
Impossible ? Et pourtant. Au micro d'Eurosport, Gilles Sunu, donc, mais aussi Nouha Dicko, aujourd'hui à Créteil, ancien partenaire d'Emiliano Martinez à Wolverhampton, sont loin de dépeindre le Martinez quasi insupportable lorsqu'il est dans ses œuvres provocatrices. "C'était vraiment quelqu'un d'adorable, promet Nouha Dicko. Très calme, très simple. Contrairement à ce qu'on peut voir maintenant, il était très, très gentil, limite timide à l'époque."
Gilles Sunu l'observe : "Le garçon que j'ai connu il y a quinze ans, c'était un bon coéquipier, quelqu'un d'appréciable." Sunu fait la connaissance d'un Martinez qui arrive à peine d'Argentine : "Un mec classique dans un vestiaire, poursuit-il. Il était très apprécié, jovial, et il avait déjà un bon niveau d'anglais." Nouha Dicko abonde, parlant d'un Martinez "très calme, qui aimait beaucoup sa famille, qui n'aimait pas chambrer. Il était même très respectueux à l'entraînement, peut-être trop, et c'est peut-être ça qui l'inhibait un peu pour vraiment faire parler tout son potentiel."
Car il est certainement important de le rappeler : Emiliano Martinez est loin d'être un gardien lambda aujourd'hui. Élu meilleur portier de l'année par la FIFA en 2022 et 2024, couronné du trophée Yachine lors de la cérémonie du Ballon d'Or en 2023 et 2024, Martinez est à 90 minutes, ou un peu plus, d'inscrire à jamais son nom parmi les plus grands gardiens de l'histoire.
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Emiliano Martinez chambre les supporters lillois en 2024 avec Aston Villa

Crédit: Getty Images

Déjà parmis les plus grands ?

"Je me rappelle surtout d'un mec avec du talent", replace d'ailleurs Gilles Sunu, en phase avec Nouha Dicko : "A Wolverhampton, il est arrivé en prêt d'Arsenal, il était en manque de temps de jeu. Cette saison-là (2015-16), malheureusement, je me fais les croisés, et c'est dommage car je savais que c'était un gardien hyper talentueux. Avec un jeu au pied incroyable. Je me doutais que c'était un gardien avec qui je pouvais aimer jouer, qui pouvait envoyer de bons ballons."
Et le duo Sunu-Dicko de prendre quasiment le même exemple pour illustrer le jeu au pied chirurgical d'Emiliano Martinez : "À l'époque, il y avait un concours de technique de frappe à l'entraînement. Il fallait envoyer le ballon dans la lucarne en volée, raconte Dicko. Et il n'y a que lui qui avait réussi. Ça résume assez bien ses qualités techniques, c'était incroyable !" "À la volée, pied droit, pied gauche, quand il nous envoyait des ballons pour contre-attaquer, c'était impressionnant, applaudit dans la foulée Sunu. Et c'était un bosseur sur tous les aspects."
Il est entré un peu dans un personnage
Gilles Sunu se remémore la situation des gardiens à Arsenal où Emiliano Martinez avait au-dessus de lui des Vito Mannone ou Wojciech Szczęsny. "Quand tu arrives à cet âge (18 ans) en Angleterre, loin de ta famille, tu n'as aucune garantie de réussir. Tu sais que tu vas avoir de la concurrence, mais tous ont fait une carrière plus qu'honorable." Emiliano Martinez compris, évidemment. Signe que le mental a suivi.
"Si mes souvenirs sont bons, argumente Nouha Dicko, d'après ce qu'on m'a dit, il avait travaillé avec un psychologue. Aujourd'hui, je pense qu'il est entré un peu dans un personnage. Je pense que ça peut venir de là." Et de constater : "C'est quelqu'un d'hyper talentueux, qui manquait de temps de jeu, donc c'est pour ça qu'il est allé à droite, à gauche (Martinez a enchaîné des prêts à Oxford, Sheffield Wednesday, Rotherham, Wolverhampton, Getafe et Reading avant de quitter Arsenal pour Aston Villa, NDLR). Je pense qu'il avait un blocage mental qui fait que, aujourd'hui, il entre dans un personnage pour avoir plus confiance en lui et pouvoir jouer à son meilleur niveau. C'est peut-être ça qui l'aide à être aussi performant et à être un des meilleurs gardiens du monde, tout simplement."

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