Coupe du monde 2026 - L'Angleterre, patrie des illusions perdues après leur élimination en demi-finale

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L'Angleterre a vu ses rêves s'envoler contre l'Argentine ce mercredi en demi-finales de la Coupe du monde 2026. Thomas Tuchel se retrouve au coeur des critiques. À juste titre. Mais ne se focaliser que sur lui est se méprendre sur les causes du mal anglais, alors que les Three Lions ont perdu par abandon. La chronique de notre correspondant, Philippe Auclair.

Incompréhensible défaillance : "Tuchel a tiré une balle dans le pied de son équipe au pire moment"

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Aucun pays ne connait mieux que l'Angleterre le sentiment de voir s'échapper le gros poisson qu'on croyait ferré, pour finalement se retrouver le nez dans l'eau soi-même. En 2018 en Russie, contre la Croatie, le rêve avait tenu jusqu'à la 68e minute, jusqu'à ce qu'Ivan Perisic n'égalise et ne renverse le cours du match face à des Three Lions exsangues. En 2021 à Wembley, c'est aussi passé l'heure de jeu que Bonucci avait permis à l'Italie de revenir à la hauteur des Anglais.
En 2026 à Atlanta, il ne restait plus que cinq minutes du temps réglementaire à jouer lorsque l'équipe de Tuchel, alignée, et mal, en 10-0-0, laissa la voie libre à Enzo Fernandez pour ajuster Jordan Pickford d'une vingtaine de mètres. Aucune autre sélection n'a trouvé le moyen de balancer sa chemise aux orties aussi régulièrement et incompréhensiblement que cette Angleterre qu'on croyait pourtant équipée pour aller jusqu'au bout, ou au moins en finale, cette fois.

Tuchel et sa "couardise"

Les réactions ont été brutales at home. L'Argentine n'avait pas volé sa victoire, tout le monde le reconnaissait, et sans avoir recours aux "arts de l'ombre" ou devoir sa qualification à un arbitrage attirant les soupçons. Mais si elle ne l'avait pas volée, c'est qu'on la lui avait offerte sur un plateau; et aux yeux d'une très large partie des médias britanniques, celui qui portait ce plateau s'appelait Thomas Tuchel.
On lui reprochait ses remplacements, à commencer par celui du buteur Anthony Gordon par Ezri Konsa, qui permettait aux Anglais de passer en 5-4-1, ainsi que l'entrée en jeu de Dan Burn - l'un des "héros" de la glorieuse victoire à 10 contre 11 de l'Azteca - aux dépens d'un Declan Rice éreinté.  On lui reprochait sa "couardise", en lui attribuant la responsabilité d'un plan de jeu qui revenait à se recroqueviller sur son but, laissant à Lionel Messi, qui joue mieux en marchant que presque tous ceux qui bougent plus vite que lui, l'espace et le temps dont il avait besoin pour faire chanter sa divine patte gauche.

Et la peur a pris le dessus

Ces reproches ne sont pas sans fondement, mais ignorent la raison fondamentale de la capitulation des Three Lions, dont on savait qu'ils étaient condamnés aussitôt que Fernandez battit Pickford: leur désintégration mentale, dont les premiers signes se firent sentir dès qu'ils eurent fini de célébrer le but - splendide - d'Anthony Gordon. La peur avait pris le dessus sur l'espoir.
Tout d'un coup, des joueurs habitués à gérer le jeu avec leurs clubs, du Bayern au Real en passant par Manchester City et Arsenal, perdirent pied et se noyèrent. Ils étaient devenus incapables d'aligner deux passes, expédiaient le ballon directement en touche quand un coéquipier l'attendait à quelques mètres de là, bâtissaient château de sable après château de sable face à l'inexorable marée bleue. De quel "plan de jeu" parle-t-on ? Il n'y en avait plus.
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Messi c'est 'Goatesque' : "En cas de titre dimanche, le débat peut être clos"

Video credit: Eurosport

La faute en incombe en partie à Tuchel, ce qu'il admit lui-même, mais sans renier ses choix. Le remplacement de Gordon par Konsa pouvait se justifier sur le plan purement tactique ; et aurait-il fonctionné qu'on aurait crié au génie ; mais il transmettait aussi un message à ses joueurs : "nous avons l'avantage au score, conservons-le", qu'ils crurent aussi signifier : "on ne se projette plus vers l'avant, on ne prend plus de risques". 
L'erreur de Tuchel, ici, fut de croire que son groupe de joueurs était capable de ne pas céder à la tentation du repli. Il y succomba. Les trois lignes n'en firent bientôt plus que deux, puis une seule. L'Argentine, d'une certaine manière, gagna par abandon. Et les joueurs doivent en endosser la responsabilité autant que leur manager.

Kane, seul "de classe mondiale"

Le problème pour beaucoup de médias anglais est qu'ils ne peuvent dire cela qu'en abjurant la foi qu'ils ont placée en certains d'entre eux, dont on nous dit et répète à longueur de saison qu'ils sont "de classe mondiale", quand un seul d'entre eux mérite pleinement cette épithète - Harry Kane. Je m'étais avancé à émettre ici quelques réserves au sujet des dithyrambes composés en l'honneur de Jude Bellingham. Le milieu du Real marqua donc inévitablement un doublé 24 heures plus tard.
Je ne renie pourtant pas ce que j'avais dit alors. Bellingham fut inexistant contre l'Argentine, y compris lorsque l'Angleterre faisait au moins match égal avec son adversaire. Tout joueur peut passer à côté d'un match ; il se trouve seulement que Bellingham est de ceux qui tendent à être tout l'un, tout l'autre et que tant qu'il le sera, quel que soit son talent, on se retiendra d'en parler comme d'un titulaire indiscutable dans un hypothétique onze planétaire.
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Harry Kane and Jude Bellingham

Crédit: Getty Images

Mais à force de vanter et de survendre Bellingham, et Rice, voire Anderson ou (je l'ai entendu) Rashford, on n'échappe pas complètement au ridicule lorsque ces footballeurs (qui ne sont pour rien dans la hype qui les concerne) se montrent faillibles. Le coupable devient donc leur entraîneur, hier Southgate, aujourd'hui Tuchel, tous deux trop prudents, tous deux trop défensifs, deux adjectifs qui collent bien plus naturellement au premier qu'au second.
C'est comme si, d'un coup, d'un seul, on avait oublié un match-référence contre la Croatie, le drame somptueux de l'Azteca et un quart de finale haletant face à une formidable Norvège, pour ne plus retenir que cette demi-heure pendant laquelle l'Angleterre abdiqua toute prétention et toute ambition, pour ne se réveiller que beaucoup trop tard.
Et quand elle se réveilla, piquée par un autre type de peur, celui de la disparition, ce fut tout aussi chaotique qu'avant. Regardez les centres adressés depuis l'aile droite par les Anglais dans les dernières minutes de cette rencontre. Aucun d'entre eux, frappés à hauteur de poitrine, ne passa le premier défenseur argentin. L'Angleterre ne perdait pas une rencontre, elle avait perdu son football. Elle avait aussi perdu la tête.
De ce côté, rien n'a changé. Les Anglais ont toujours davantage besoin d'un psychiatre que d'un manager. S'incliner face au champion du monde en titre, emmené par l'un des plus grands footballeurs de tous les temps n'a rien de déshonorant ; mais s'incliner en sachant que la victoire était si proche, qu'elle n'avait rien d'un mirage, voilà qui fait mal, et peut rendre injuste. S'imaginer qu'il en aurait été autrement si un Eddie Howe plutôt qu'un Thomas Tuchel avait été sur le banc est se méprendre sur les causes du mal anglais.
 
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