Jeudi, vous avez dénoncé le "cliché misogyne scandaleux" de Noël Le Graët concernant les Bleues, vous avez rappelé ses propos sur le racisme : l’objectif, c’est de faire feu contre le favori ?
Frédéric Thiriez : D’abord, dans un match de foot, la position de favori n’est pas forcément la plus enviable. Si je stigmatise les propos du président sortant s’agissant du racisme, de l’homophobie, de la misogynie et du sexisme, c’est parce qu’il n’y a rien de plus contraire aux valeurs que je défends dans mon projet. Je trouve invraisemblable que celui qui représente le premier sport français puisse avoir des propos de cette nature pour sa famille. Ce n’est pas moi qui 'énerve' la campagne, c’est lui, en ne maîtrisant pas son expression. Malheureusement, il en est coutumier…
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Vous avez également parlé de "fédération fossilisée" : vous vouliez dire quoi avec cette expression ?
F. T : L’équipe sortante est en place depuis 10 ans et même depuis 16 ans concernant le président de la fédération… C’est une équipe à bout de souffle, totalement déconnectée des réalités. Dans toutes ses interventions, le président sortant dit que le football va bien. Il faut ne pas avoir mis les pieds sur un terrain ou dans un club depuis des mois ou des années pour tenir de tels propos. C’est tout le contraire. Depuis trois mois et demi, je circule dans les territoires pour aller voir les clubs amateurs, les districts et les ligues régionales. Si le président de la FFF pense que le foot va bien, c’est qu’il est totalement aveuglé. Ça va très mal à la base.

Noel Le Graet, président de la FFF et Frederic Thiriez, président de la LFP

Crédit: AFP

Justement, vous avez décidé de mettre le football amateur au cœur de votre campagne : pourquoi ?
F. T : Mais parce que le football amateur, c’est la raison d’être de la fédération. C’est son cœur de métier. C’est ce pourquoi nous nous battons, ce sont les footballeurs de demain, c’est du lien social, c’est facteur d’éducation et de vivre ensemble. Si le président sortant s’en désintéresse complètement, ce qui est le cas, c’est très grave.
Le renouveau est un thème politique porteur. On peut être l’homme du renouveau quand on a été patron de la LFP pendant 14 ans ?
F. T : Je ne vois pas en quoi le fait d’avoir été président de la LFP pendant 14 ans peut me gêner. Au contraire. Je pense que l’expérience que j’ai acquise à la tête de cette grande organisation, avec un chiffre d'affaires de 800 millions d’euros contre 260 millions à la fédération, me qualifie. Mais c’est une équipe, ne l’oublions pas, je ne suis pas seul. En étant président de la LFP, je me suis rendu compte à quel point le football amateur et le football professionnel sont indissociables. On ne peut pas vivre les uns sans les autres.
Mais je veux rappeler une chose : je ne suis pas né à la LFP. Je suis entré dans le football à la fédération en 1990, comme modeste membre de la commission fédérale d’appel. Ensuite, j’ai siégé au conseil fédéral de la fédération. Et c’est en 2002 que je suis entré à la Ligue donc je connais les deux volets, le fédéral et la Ligue.

Frédéric Thiriez, candidat à la présidence de la FFF

Crédit: Getty Images

Si vous êtes élu le 13 mars, quelle sera votre première décision ?
F. T : La première mesure, c’est le plan d’urgence pour le football amateur. 40 millions d’euros dégagés immédiatement par la fédération à destination des clubs en difficulté. Financés par un prêt garanti par l’Etat, remboursable sur six ans avec des taux d’intérêts bas. C’est facilement réalisable financièrement par la fédération. Là où je suis très étonné, c’est que d’autres fédérations l’ont fait (la FFT, la FFR) mais curieusement la FFF ne le fait pas alors que ses clubs sont dans une situation catastrophique. Si la situation financière des clubs est encore à peu près tenable d’ici la fin de saison 2020-2021, en 2021-2022, ce sera une véritable catastrophe. Des clubs mettront la clé sous la porte et même des districts pourraient déposer le bilan. Et l’équipe sortante ne propose rien là-dessus, rien…
Vous avez déjà fait un trait sur la saison actuelle ? C’est une saison blanche ?
F. T : Je crois qu’il faut être réaliste. On ne finira pas. Ce que je reproche à l’équipe sortante, c’est l’absence totale de décision. La FFF n’a même pas le courage de dire aux clubs amateurs qu’on va mettre fin aux championnats. C’est laisser ces clubs dans une incertitude indigne d’une fédération. Être président, c’est prendre des décisions.
Noël Le Graët vous répondrait que la FFF est dépendante des décisions du ministère et, même, du président de la République…
F. T : C’est justement ce que je reproche à la fédération : n’avoir aucun poids politique et ne pas se battre pour le football. On subit, on ne se bat pas. Personne ne se lève le matin et mouille la chemise pour aller défendre le football ! Personne. Le président de la fédération, il doit aller à Matignon, à l’Elysée et dire : "nous sommes le football, nous sommes le premier parti de France et on ne nous traitera pas comme ça". C’est la même chose pour le N2 et la D2 féminine qui ne peuvent pas reprendre après une mauvaise gestion de la FFF. C’est l’inertie et l’inaction de la fédération que je dénonce.

Emmanuel Macron et Noël Le Graët lors de la finale de Coupe de France 2020

Crédit: Getty Images

On vous rappelle forcément l'épisode Luzenac, interdit par la LFP de monter en L2 à l’été 2014. Quelques années plus tard, quelle est votre lecture de ce dossier ?
F. T : Ça me fait plaisir d’y répondre. Dans cette affaire, je n’ai fait qu’appliquer les règlements de la LFP dont j’étais le président et c’était mon rôle de le faire. Je n’étais pas là pour faire une dérogation à tel ou tel club ou à tel ou tel copain comme c’est bien trop souvent le cas dans le football, suivez mon regard… Nous avons des textes qui prévoient les conditions pour accéder au monde professionnel, notamment en matière de stade et de sécurité. Il se trouve que le club de Luzenac n’a jamais voulu se plier à ces exigences alors que d’autres clubs l’ont fait mais on ne les cite pas : le CA Bastia, le Gazélec etc. Ils ont fait les efforts que Luzenac n'a pas voulu faire alors que les services de la Ligue se sont rendus plusieurs fois sur place pour les aider. Dans ces conditions, le conseil d’administration, de manière unanime, n’a pu que constater que Luzenac ne pouvait pas être professionnel.
Que le Conseil d’Etat ait annulé la décision du conseil d’administration de la LFP et souligné votre rôle négatif, juge et partie après vos positions publiques, ne change rien pour vous ?
F. T : Ce qui compte, c’est le fond : La décision du conseil d’administration de la LFP a été annulée pour un vice de procédure. Mais sur le fond, le Conseil d’Etat juge que Luzenac ne pouvait pas accéder en L2. Qu’est-ce que vous voulez que je dise de plus ?
Votre campagne a aussi été marquée par les désistements de Tony Parker et Jo-Wilfried Tsonga qui ont démenti vous soutenir alors qu’ils figuraient dans le comité de soutien. Après cet épisode, vous avez fait état de pressions autour d’eux : que s’est-il passé ?
F. T : Je n’en dirai pas plus. Je réglerai mes comptes plus tard.
Mais Tony Parker et Jo-Wilfried Tsonga étaient au départ avec vous ?
F. T : Bien sûr.
Pour les Bleus, quelle est votre position ? Confiance totale en Didier Deschamps ?
F. T : Je vais vous faire un aveu : Didier Deschamps, c’est moi qui suis allé le chercher le premier pour le proposer comme sélectionneur après l’Euro 2008. Il me paraissait évident qu’on ne pouvait pas maintenir le sélectionneur alors en place (Raymond Domenech, NDLR). Deschamps, il n’y a pas mieux. Il avait dit oui. A cette époque, j’étais vice-président délégué de la fédération. Il y a eu un vote et ils ont voté pour la reconduction de monsieur Domenech, y compris Noël Le Graët. Il faut quand même se rappeler un tout petit peu l’histoire. Donc élu, je garderais monsieur Deschamps aussi longtemps qu’il le souhaitera. C’est le meilleur sélectionneur qu’on ait jamais eu.

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Un de vos concurrents, monsieur Moulin, veut imposer Karim Benzema au sélectionneur : c’est votre façon de fonctionner ?
F. T : Le rôle du président de la fédération, c’est surtout de ne pas interférer avec les choix sportifs de son sélectionneur. Ce n’est pas au président de décider de cela, c’est absurde. D’ailleurs, sur le cas Deschamps, on peut évoquer les propos récents du président sortant qui a évoqué Zinédine Zidane. C’est d’une maladresse infinie, ça met dans l’embarras aussi bien Didier Deschamps que Zinédine Zidane.
Sa position exacte, c’est plutôt que ce sera à Didier Deschamps de décider après le Qatar. S’il veut s’en aller, alors, Zidane est candidat naturel…
F. T : Tout ça, ce sont des déclarations intempestives. On a un sélectionneur, il s’appelle Didier Deschamps, il ne faut pas le fragiliser. Il faut le protéger.

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Sur le cas Diacre, que feriez-vous pour recoller les morceaux ?
F. T : Là, par contre, c’est exactement le rôle d’un président de fédération. C’est de réunir la sélectionneur et les joueuses et de trouver une solution. Je suis surpris que le problème ne soit pas réglé alors qu’il avait dit qu’il le réglerait et que tout irait bien il y a quelques mois. Ce n’est pas responsable. On essaye de trouver un consensus. S’il n’y en a pas, on tranche.
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