C'est la fin prématurée d'une aventure. Et celle d'une très longue époque. Parce que l'Allemagne a fini par craquer. Dans l'ambiance incandescente de Wembley, les hommes de Joachim Löw n'ont pas tenu le choc jusqu'au bout. Un dernier quart d'heure fatal, deux coups de boutoir de Raheem Sterling et Harry Kane, et la Mannschaft a buté sur l'obstacle anglais, plus consistant que jamais (2-0). Dès les 8es de finale d'un Euro 2020 qu'elle n'abordait pas vraiment avec le statut de favorite. Mais disparaître avant les quarts, cela ne correspondra jamais aux ambitions allemandes.
Löw n'est pas parvenu à relancer son équipe. C'était sa mission après l'incroyable fiasco de 2018 et une élimination dès le premier tour de la Coupe du monde en Russie. Son impuissance était déjà perceptible lors de la défaite face à la France à Munich (0-1). La réaction avec une démonstration face au Portugal (4-2) n'a été qu'une illusion. Le nul pénible arraché face à la Hongrie (2-2) et la défaite sans gloire face à l'Angleterre ont fini de mettre en lumière les carences que cette équipe traîne depuis trop longtemps. Trop fragile en défense, trop stérile en attaque, la Mannschaft ne pouvait pas vraiment espérer une autre issue.

"Ca fait très, très mal"

Euro 2020
Un Euro "So French" et l’histoire au bout ? Euphorique, l'Angleterre y croit plus que jamais
29/06/2021 À 20:14
Elle laisse fatalement de gros regrets. Car l'Allemagne a eu ses chances et n'a pas su les saisir. Aussi parce qu'elle a eu ses absences et qu'elle les a payées. "Ca fait très, très mal, reconnaissait un Toni Kroos dépité au coup de sifflet final. Il nous a manqué l'efficacité. Quand tu es éliminé en 8e de finale, c'est décevant, même si nous nous sommes bien sortis d'un groupe difficile". "L'envie que les Anglais ont montrée dans les situations où ils ont marqué était supérieure à la nôtre, lâchait de son côté un Manuel Neuer lucide après la rencontre. La déception est immense."

Thomas Müller

Crédit: Getty Images

Kroos et Neuer savent de quoi ils parlent. Ils avaient connu l'euphorie d'une époque où rien ne résistait à la formation de Joachim Löw. C’était il y a sept ans. La victoire à la Coupe du monde 2014, avec en point d'orgue un 7-1 historique passé au Brésil, pays organisateur, avait installé la Mannschaft sur le toit du monde. Elle était indestructible. Impériale en défense et géniale en attaque. Sept ans plus tard, elle était bien trop loin de tout ça. "Joachim Löw a marqué une époque, résumait Neuer. Que ça se finisse comme ça pour lui, c'est très triste".

"Il me restera beaucoup de souvenirs positifs"

Le sélectionneur allemand espérait forcément une fin plus glorieuse. Comme une revanche sur l'opinion publique d'un pays où il ne faisait plus l'unanimité depuis longtemps. Comme un pied de nez à ceux qui réclamaient sa tête ces dernières années. Il était seul contre tous. Et cela l'a certainement renforcé dans sa volonté de s'accrocher à ses propres idées. "Je suis au-dessus de tout cela", lâchait-il face aux critiques à l'automne dernier. Une arrogance qui avait acté définitivement la rupture entre le sélectionneur et l'Allemagne dans son ensemble.

Müller, Hummels... Löw a-t-il cédé à une partie nostalgique de l’Allemagne ?

Son sort était d'ores et déjà scellé. Et le nom de son successeur, Hansi Flick, avait été officialisé quelques semaines seulement avant le début du tournoi. Löw ne pouvait que rêver de partir en beauté. Il n'est pas allé au bout de ce rêve. "La déception de cet Euro va rester un moment, on ne peut pas digérer ça en quelques jours, mais je suis certain qu'avec le temps il me restera beaucoup de souvenirs positifs", avançait le technicien de 61 ans devant la presse après cette ultime défaite.

"Ca va me faire du bien de décrocher un peu"

Ces souvenirs sont déjà en lui. Pas en surface. Mais les temps délicats qu'il a connus depuis 2018 n'ont pas tout altéré pour autant. "Nous avons traversé des moments difficiles, mais malgré les difficultés ces trois années m'ont beaucoup appris, a-t-il affirmé. Ce qui va rester surtout, ce sont tous ces moments, indépendamment des victoires ou des défaites, des gens avec qui j'ai noué des liens forts, vécu des moments inoubliables, et qui sont devenus très importants dans ma vie, des joueurs, mon staff."
Il restera toujours cet humanisme chez Löw. Cela se sentait peut-être moins sur la fin de cette aventure où son message ne passait plus. Mais, sans négliger son talent de technicien, c'est aussi sur cette qualité qu'il a bâti son parcours avec l'Allemagne. Et qu'il construira son avenir. "Après 15 ans de responsabilités, ça va me faire du bien de décrocher un peu, et une nouvelle énergie va venir, a-t-il expliqué. Mais pour le moment je n'ai pas de plan concret. Je ne parle pas de retraite, j'ai juste besoin de faire une pause émotionnelle, de prendre du recul, je vais avoir besoin de ce temps, mais il y aura ensuite certainement des choses intéressantes pour moi". La déception prédomine encore. Elle était prévisible. Mais au fond de lui, Löw sait déjà qu'il a tout l'avenir devant lui.

Joachim Löw

Crédit: Getty Images

Qualif. Coupe du monde
La Pologne freine l'Angleterre
08/09/2021 À 20:43
Qualif. Coupe du monde
L'un s'épanouit en sélection, l'autre en club : Kane-Lewandowski et les deux chemins du bonheur
07/09/2021 À 22:04