José Mourinho a bien du souci à se faire. Et il n'est pas question là de ses performances sur le plan sportif. Après avoir décrit en long et en large le processus qui aurait permis à Cristiano Ronaldo de "dissimuler 150 millions dans des paradis fiscaux", les médias regroupés au sein du réseau European Investigative Collaborations (EIC), dont Mediapart fait partie, accusent dimanche l'actuel manager de Manchester United, ses comptables et ses avocats d'avoir "caché 12 millions d'euros en Suisse" et "dissimulé des informations au fisc".
Les documents Football Leaks montreraient que l'équipe de José Mourinho aurait volontairement trompé les administrations fiscales britannique et espagnole, qui avaient enquêté en 2010 et 2014 à son sujet. Sanctionné uniquement sur le plan financier à chaque fois, le Portugais risquerait cette fois plus gros. Interrogé sur ces révélations par l'EIC, Albert Sanchez-Graells, spécialiste du droit espagnol à l'Université de Bristol, affirme "qu'une enquête pénale pour fraude fiscale doit être lancée" dans les deux pays.
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Un montage et des mensonges

Selon l'EIC, le système qui aurait été créé par Jorge Mendes pour cacher l'argent était en apparence le même que celui mis en place pour Cristiano Ronaldo. Les revenus de l'ancien entraîneur du Real Madrid, comme celui du triple ballon d'Or, auraient atterri en Suisse à "Saint-Gall via les sociétés de Jorge Mendes en Irlande" pour finir sur "des comptes détenus par des sociétés offshore immatriculés aux îles Vierges britanniques". Mais pour José Mourinho, le stratagème serait encore plus sophistiqué. Son entreprise factice "aux îles Vierges, baptisée Koper Services, était détenue par un trust en Nouvelle-Zélande, administré par des prête-noms qui cachaient l’entraîneur et sa famille".
Cette société est importante car c'est elle qui aurait été utilisée par les avocats du Portugais pour éviter à ce dernier de faire face à de graves sanctions, en particulier lors de l'enquête espagnole. Ils auraient prétendu à ce moment-là qu'elle "a bien une activité et qu'elle la facture sous forme de commissions au coach". Mediapart précise que ces "commissions deviendraient alors par un savant jeu d’écritures comptables des frais donnant droit à un abattement fiscal".
A cela s'ajouterait un contrat passé en 2015 entérinant "un accord verbal de 2010 permettant à Koper de facturer des frais à Mourinho". Les avocats de ce dernier se seraient ensuite arrangés pour faire en sorte que leur client ne soit pas reconnu comme "actionnaire direct ou indirect" de la société. Car, comme le précise Mediapart, "si son propriétaire s'appelle Mourinho, pourquoi se payerait-il des frais à lui-même ?" C'est ainsi que le Portugais serait passé entre les mailles du filet et n'aurait écopé "que" d'une amende avoisinant les 4,4 millions d'euros.
Mais au regard des nouveaux documents en possession du réseau EIC, la donne pourrait rapidement changer. A titre d'exemple, Léo Messi avait été condamné le 6 juillet 2016 à 21 mois de prison et 3,7 millions d'euros d'amende pour une fraude fiscale à hauteur de 4,1 millions d'euros.

Jose Mourinho

Crédit: AFP

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