Le communiqué du PSG, publié le 6 novembre 2020, reflète sa profonde satisfaction d'avoir ferré un partenaire commercial de choix pour trois saisons à compter de 2020/2021. Ce partenaire, le site asiatique de paris en ligne Yabo Sports, était déjà sponsor de Manchester United, du Bayern, de l'AS Monaco, de la Serie A et de la fédération argentine de football, entre beaucoup d'autres. Son "ambassadeur" officiel en Asie n'était autre que Steven Gerrard. Il s'agissait autrement dit du plus visible et du plus ambitieux de ces mystérieux bookmakers extrême-orientaux qui appuient leur notoriété dans leur partie du monde, et tout particulièrement en Chine, sur les relations qu'ils tissent avec les noms grands et parfois moins grands du football européen.
Sébastien Wassels, Directeur Général du Paris Saint-Germain Asie-Pacifique, s'en réjouissait. "Nous sommes convaincus, dit-il, que Yabo Sports sera le partenaire idéal pour le Club, et ensemble, nous serons en mesure d’atteindre plus de fans et de s’engager davantage avec cette base croissante en Asie. Il s’agit d’un partenariat stratégique pour le club, démontrant notre engagement croissant envers la région après le lancement de notre bureau APAC, nos tournées asiatiques réussies en 2018 et 2019, la signature de partenariats clés ainsi que l’ouverture de nos magasins au Japon et en Corée du Sud.”

Une vue générale du Parc des Princes

Crédit: Getty Images

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Un an et deux mois plus tard, pourtant, alors que l'accord entre le club et le site de paris en ligne était censé courir jusqu'au terme de la saison 2022/2023, on ne trouve plus aucune trace de ce “partenaire stratégique” dans la liste des marques officiellement associées au PSG, parmi lesquelles un autre bookmaker asiatique, Leyu.com, également sponsor de Chelsea depuis peu, a récemment fait son apparition.
Le logo et les idéogrammes de Yabo Sports n'apparaissent plus sur les panneaux publicitaires du Parc des Princes. Quant aux sites vers lequel les clients du bookmaker étaient autrefois dirigés, s'y rend-on, y compris en utilisant un VPN, qu'on ne tombe plus que sur des impasses ou des messages d'erreur.
Yabo Sports s'est évanoui comme un brouillard matinal, et pas seulement du paysage parisien, d'ailleurs. Ce qui vaut pour le PSG vaut tout aussi bien pour l'ASM, premier de ses associés en Ligue 1, le Bayern Munich, qui avait pourtant organisé une “cérémonie de signature” du contrat entre club et son “partenaire officiel en Asie pour les paris” en novembre 2019 (à laquelle Lothar Matthaüs était présent), ou encore Manchester United, qui avait convoqué ses légendes Bryan Robson, Andy Cole et Wes Brown pour un événement similaire à Manchester un mois plus tard. Yabo Sports pourrait tout aussi bien ne jamais avoir existé. Que s'est-il donc passé pour que le bookmaker asiatique le plus en vue du football mondial disparaisse de la sorte ?

Les autorités chinoises vs Yabo

Pour comprendre le pourquoi de la chose, on doit d'abord rappeler que la loi interdit de parier sur les matches de football dans les pays-cible de Yabo Sports et de ses concurrents extrême-orientaux, dont Layu.com, W88, FUN88, SBOTOP et des dizaines, centaines d'autres. Ces plateformes numériques contournent les législations en vigueur dans leurs propres pays en obtenant une licence dans des contrées plus accueillantes, avec une prédilection toute particulière pour les Philippines, où Yabo Sports était homologué auprès des autorités compétentes depuis 2015, semble-t-il.
Les serveurs des bookmakers sont eux aussi délocalisés, tandis que les clients potentiels qui, eux, sont bien en Chine, sont alertés de leur existence via la publicité faite sur les maillots et panneaux lumineux des clubs et stades, en grande majorité européens, avec lesquels ces bookmakers ont passé des accords de "partenariat". Voilà pourquoi Yabo Sports avait dépensé des dizaines de millions pour collaborer avec le PSG, l'ASM, MUFC, le Bayern et tous les autres : pour se faire voir, se faire connaître auprès de sa clientèle extrême-orientale, pas des publics français, britannique ou allemand, où son activité était inexistante et le demeurerait.
Mais dans le cas de Yabo Sports, c'était sans compter sur l'intervention des autorités chinoises, qui, comme le révéla tout récemment le magazine Josimar, passèrent à l'action en décembre 2019, après que des clients malheureux - ils avaient perdu pas loin d'un demi-million d'euros sur la plateforme Yabo - allèrent se plaindre auprès de la police de Nanchong, dans la province de Szechuan, déclenchant ainsi une enquête sans précédent qui s'étendit rapidement à d'autres provinces de la République Populaire. Cette enquête, qui dura dix-huit mois, impliqua des milliers d'investigateurs et de policiers, et se conclut par un coup de filet dont l'ampleur donne une idée du gigantisme de ces sites de paris en ligne, quelque illégaux qu'ils soient là où ils opèrent.
On apprit que Yabo Sports employait un réseau de 80 000 (!) agents chargés de recruter les clients (5,6 millions au total, rien qu'en Chine) et de recevoir leurs mises. Au total, plus de 4 000 suspects furent arrêtés, et l'équivalent de 200 millions d'euros saisis par les autorités chinoises; ce qui, au passage, ne constituait qu'une partie infime des sommes brassées par Yabo Sports, dont les bénéfices étaient estimés à plus de 15 milliards de dollars US.
Voilà pourquoi le partenaire du PSG ne donnait plus signe de vie : le démantèlement d'un réseau criminel en Chine était la cause de sa disparition. Voilà peut-être aussi pourquoi les clubs qui avaient été si fiers d'accueillir Yabo Sports dans leurs 'familles' de partenaires demeurèrent silencieux, et le sont demeurés depuis, laissant les questions posées par Josimar sans réponse à ce jour, à l'exception du Bayern, qui finit par réagir de la sorte: "le Bayern Munich a unilatéralement mis fin au partenariat avec Yabo Sports en 2021. Nous ne ferons pas de commentaires sur d'autres questions et vous savons gré de votre compréhension". Le football n'est pas regardant quand on se présente à sa porte pour lui offrir des millions.
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Il n'est pas regardant non plus quand il s'agit de savoir avec qui exactement il fait affaires. La preuve en est que le Bayern, Manchester United et… Steven Gerrard signèrent leur accord avec Yabo Sports en compagnie du supposé “PDG” de l'opérateur de paris en ligne, un certain Dean Hawkes.
Eussent-ils poussé leur curiosité un tout petit peu plus loin qu'ils se seraient rendu compte que le dénommé Dean Hawkes n'était pas le PDG d'un bookmaker brassant des milliards, mais le gérant de deux ou trois micro-entreprises entre Chine et Royaume-Uni, lesquelles n'avaient absolument rien à voir avec le sport; et que Dean Hawkes était aussi, et peut-être avant tout, un mannequin prisé des agences de publicité chinoises. Il avait posé pour Huawei, entre autres.
Pourquoi ne poserait-il pas aussi pour Yabo Sports, alors, histoire de donner un cachet tout British au bookmaker asiatique préféré - un temps - du PSG et des autres ?
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