Cet été, nouvelle série des Grands Récits d'Eurosport, consacrée au "Sport face à l'histoire". Evènement historiques, sociaux, problématiques géopolitiques, le monde du sport se retrouve parfois en confrontation avec des évènements qui le dépassent autant qu'ils le grandissent. Dans ce deuxième épisode, nous retournons plus de huit décennies en arrière. Un mythe naissant, la Coupe du monde de football, et une période troublée : les années 30.


Omnisport
Les Grands Récits : L'intégrale, épisode par épisode
25/08/2020 À 17:26

"Vincere o morire". "Vaincre ou mourir". Ce n’est pas exactement le message d’encouragement que l’on attend avant l’événement d’une vie. Surtout lorsque celui-ci se déroule sur un rectangle vert et pas sur un champ de bataille, avec un ballon au bout des crampons et non une baïonnette au bout du fusil. A quelques heures d'une finale de Coupe du monde, avec le recul qui est le nôtre et équivaut à plus de huit décennies, cette expression, à l'accent martial, paraît pour le moins... malvenue. En 1938, la locution collait un peu plus à l'air du temps, malheureusement. Les événements qui suivraient cette dernière récréation sportive majeure avant l'embrasement de la planète donneraient encore plus de corps à ce slogan belliciste.

Ce "Vaincre ou mourir" serait pourtant apocryphe. Parce que si Benito Mussolini a bel et bien envoyé un message aux joueurs de la Squadra Azzurra, celui-ci se serait voulu moins guerrier. C'est en tout cas que ce que Pietro Rava, arrière gauche de cette équipe d'Italie, confiait en 2001 à un journaliste du Guardian : "Non, non, non, ce n'est pas vrai. Il nous a envoyé un télégramme pour nous souhaiter bonne chance, mais il n'y a jamais eu ces mots 'Vaincre ou mourir'".

Histoire ou légende ? Légende pour servir l'Histoire ? On ne saura jamais avec certitude. Ce qui est certain, en revanche, c'est que vous, comme moi, avez trouvé plus que crédible cette histoire de télégramme et cet ordre du Duce. Ce qui, vous en conviendrez également, donne une idée assez précise de l'atmosphère qui régnait en ce mois de juin 1938, à quelques encablures de la fin d'une décennie qui avait vu la planète passer d'un abîme (économique) à un autre (politique et militaire) sans jamais réellement sortir la tête de l'eau. Dix ans sans respirer, le monde a fini par étouffer.

Le sport, avant la guerre

Dans un peu plus de quinze mois et deux bonnes décennies après la "Der des Ders", la vieille Europe serait de nouveau en guerre. Elle entraînerait bientôt le monde, nouveau et ancien, dans son sillon de malheur, jetant aux oubliettes les dernières agapes sportives d'un été 1938 qui, déjà, humait sacrément la poudre à canon. Des tribunes du stade Yves-du-Manoir de Colombes, du Vélodrome de Marseille ou de la Meinau strasbourgeoise, il n'était pas nécessaire de consentir trop d'efforts pour entendre le bruit des bottes se mêler au cliquetis des crampons.

On apprend beaucoup d'une époque en s'attardant sur ses représentations visuelles. Comme les photographies, les affiches cristallisent avec acuité le temps qui passe. Celle de la Coupe du monde 1938 n'échappe pas à la règle. Pour un peu, elle la définirait presque, tant elle est caricaturale de réalisme. Un pied posé autoritairement sur un ballon. Une planète Terre qui en supporte le poids. Le tout sur une teinte métallique et sans nuance, menaçante et cuivrée. Une coloration qui n'est pas sans rappeler celle des balles qui siffleront bientôt dans le ciel européen puis aux quatre coins du monde.

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Eté 1934. Quatre ans auparavant, la guerre n'est encore qu'un lointain mirage. Et si le vent se lève, la brise est encore légère. Le continent a pris un virage extrême, très à droite, avec la conquête d'Italie par Benito Mussolini au début des années 20 et l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler au début de l'année 1933 en Allemagne. Les deux dictateurs, dont la rivalité se noiera pour le malheur de l'humanité dans une alliance de circonstance, ont un but commun : hisser leur nation au plus haut. Et les deux hommes ont compris qu'avant la guerre, qu'ils ne sont pas encore en mesure de mener, il existait un catalyseur de leur ambition aux finalités morbides : le sport.

Mussolini a pris le pouvoir à la fin de l'année 1922. Ancien journaliste et patron de presse passé du socialisme au nationalisme comme on change de chemise (noire, de préférence), celui qui devient président du Conseil italien troque rapidement sa tunique démocratique pour un complet de dictateur, celui du "Duce". Nous sommes en 1925 et l'Italie entame doucement sa descente vers les enfers.

Le créateur du Parti National Fasciste veut redonner du lustre à une Italie meurtrie par la guerre de 14-18. Pour qualifier l'issue de celle-ci, les nationalistes parlent de "victoire mutilée". Mussolini veut une revanche. En attendant le match retour du premier conflit planétaire, "l'homme nouveau", étouffé par sa virilité, voulu par le régime fasciste et le Duce, doit promouvoir la grandeur du régime, sa supposée et surtout fantasmée écrasante supériorité. Et quoi de mieux que le sport et ses différents terrains d'expression pour propager l'idéal fasciste ? Et quoi de mieux, surtout, que la victoire pour clamer haut et fort la "primauté" du modèle totalitaire sur le monde démocratique ? Mussolini n'a pas tardé à le comprendre. Hitler en fera autant. Staline ne sera pas en reste.

Les dictateurs ont découvert le sport. C'était inévitable

Menton carré, aspect belliqueux, le Duce se veut un sportif accompli et n'hésite jamais à le montrer : ici sur des skis, là sur une piste d'escrime, ou encore dans une piscine. Le dictateur sait que le sport est un vecteur d'unité d'exception. Dans la victoire. L'Italie est un pays jeune, parce qu'unifié en 1871. Le fascisme est un pouvoir naissant, également. L'Italie qui gagne, c'est l'Italie qui s'assemble et s'écrit une histoire commune.

Dès 1936 et à quelques semaines de l'embrasement de la vasque olympique à Berlin, voici ce que John R. Tunis, auteur et journaliste sportif majeur de la première moitié du XXe siècle, écrivait dans "Foreign Affairs" avec un sens unique de la formule et une ironie grinçante : "Les dictateurs ont découvert le sport. C'était inévitable". Avant de développer le fond de sa pensée : "D'une simple source d'amusement et de loisirs, le sport est devenu un moyen de parvenir à ses fins, une arme entre les mains du Tout-Puissant. (…) Un triomphe italien en football, en cyclisme, en tennis ou dans tout autre sport, en particulier s'il est acquis aux dépens de vieux rivaux tels que les Français, est magnifié, raconté et constitue une preuve de la supériorité de la race et de ses principes de gouvernement." Tunis n'avait pas encore assisté aux Jeux de Berlin et encore moins vu le film de Leni Riefenstahl mais il en connaissait déjà la trame.

Quelques semaines plus tard, l'Allemagne nazie trônerait au sommet du tableau des médailles et s'en servirait pour sa propagande. Heureusement, un athlète noir, Jesse Owens, lui volerait la vedette dans les grandes largeurs et éclipserait un temps au moins les idéaux nauséabonds du régime nazi en décrochant quatre médailles d'or aux nez et à la moustache d'Adolf Hitler.

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Mussolini ouvre les hostilités

Benito Mussolini n'a jamais obtenu l'organisation des JO. Mais le dictateur italien fut celui qui, historiquement, ouvrit les hostilités. Deux ans avant Berlin et les Jeux de la XIe olympiade de l'ère moderne, le Duce fit de la toute jeune Coupe du monde de football l'outil de sa propagande maison.

En 1934, le Mondial est une compétition balbutiante qui n'a de planétaire que le nom. Lors de sa première édition en Uruguay en 1930, il ressemble à un championnat d'Amérique qui se serait élargi à quatre nations européennes (France, Belgique, Roumanie et Yougoslavie), celles qui ont eu le courage de traverser l'Atlantique en paquebot. Quatre ans plus tard, la Coupe du monde s'ouvre un petit peu plus. Cette fois, trois continents sont représentés, l'Europe, l'Amérique et l'Afrique, via l'Egypte.

L'Uruguay, tenante du titre et meilleure équipe de la planète depuis une décennie, n'a pas daigné faire le déplacement. Les principales nations du Vieux Continent ont snobé la première édition ? Elle leur rend la pareille. Un donné pour un rendu. Brésiliens et Argentins sont là mais les Auriverde ont amené une équipe B et l'Albiceleste est composée d'amateurs.

Les Britanniques, eux, n'ont pas l'excuse des kilomètres. Mais les inventeurs du jeu n'ont pas besoin de croiser les crampons avec les continentaux pour savoir qu'ils sont les plus forts. Alors que l'Italie n'est même pas qualifiée d'office et doit passer par un tour préliminaire pour assurer sa place au Mondial - un cas unique pour un hôte du Mondial -, la FIFA offre deux places aux Anglais et Ecossais dans le tableau final. Rien à faire. Ils campent sur leurs positions.

La Coupe du monde, chambre d'écho idéale

Benito Mussolini et le régime fasciste ne s'émeuvent guère de ces absences. L'essentiel est ailleurs : du 27 mai au 10 juin, en même temps que le Giro, l'Italie est le centre du monde et Mussolini a compris qu'il ne pouvait y avoir meilleure tribune pour faire entendre sa voix. De Turin, au cœur du stade Mussolini (qui deviendra le stadio Communale), à Rome, au stade du Parti National Fasciste (bâti à l'emplacement de l'actuel Flaminio), dans des enceintes d'une modernité confondante, le Mondial 1934 est une compétition qui ne peut, qui ne doit pas échapper à l'Italie. Le succès doit être total, organisationnel et sportif. Ou il ne sera pas.

Huit villes accueillent des matches, contre une en 1930 (Montevideo), près de 250 journaux ont dépêché des envoyés spéciaux dans la péninsule italienne, 13 des 16 pays qualifiés retransmettent les matches de leur équipe nationale en direct à la radio : la Coupe du monde est une formidable chambre d'écho pour le régime fasciste.

Giorgio Vaccaro, alors président de la fédération italienne et fasciste décomplexé, ne s'en cache pas et ne boude surtout pas son plaisir : "Le but ultime de la manifestation sera de montrer à l’univers ce qu’est l’idéal fasciste du sport dont l’unique inspirateur est le Duce. (…) Je ne sais pas encore comment mais l’Italie doit gagner ce championnat. C’est un ordre".

Si Vaccaro fait mine de ne pas savoir, Mussolini, lui, a une petite idée sur la question. Le dictateur a le bras long et il n'a pas toujours besoin de le tendre pour peser sur le cours des événements et de l'histoire.

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Footballistiquement parlant, l'Italie n'est pas en retard sur le reste du monde. La Serie A a vu le jour en 1929 et mis fin au dispersement des forces, alors que deux compétitions nationales se regardaient en chiens de faïence. Leo Arpinati, l'un des vieux amis de Mussolini, sera, avant d'être renié, l'homme de l'unité. La Serie A devient un championnat puissant, qui paie (déjà) bien ses joueurs majeurs. Arpinati sera aussi l'homme qui obtiendra l'organisation du Mondial et celui qui va convaincre le Duce du pouvoir unificateur du football à travers ses masses.

La Squadra Azzurra prépare sa Coupe du monde isolée durant un mois et demi. La sélection prévoit un combat autant qu'une Coupe du monde. A sa tête, Vittorio Pozzo, un personnage à part. Dans quatre ans et jusqu'à ce jour, il deviendra le seul sélectionneur vainqueur à deux reprises du Mondial. Nationaliste plus que fasciste, homme de discipline, il aime l'ordre et quand ses troupes marchent droit. Ancien combattant de la première Guerre Mondiale, avec les Alpins, corps militaire spécialisé pour les combats en altitude, il ne fait donc pas tache dans le paysage et s'accommode du régime tel qu'il est. L’inverse est également vrai.

Son équipe, bâtie à son image, laissera une trace durable, pour ne pas dire éternelle, sur le football transalpin et l'équipe nationale dont il tiendra fermement les rênes de 1929 à 1948 (avec deux petits passages en 1912 et 1924 à l'occasion des JO). Personnage majeur d'une époque tourmentée et finalement considéré comme l'un des plus grands techniciens de l'histoire, Pozzo et sa crinière blanche lèguera un héritage pour le moins contrasté.

Sur le terrain, une tête dépasse : celle de Giuseppe Meazza. Avant de donner son nom au stade de l'AC Milan et de l'Inter, il est un immense footballeur. Lui aussi réussira le doublé planétaire, brassard autour du biceps en 1938. Avec Meazza, on retrouve Raimundo Orsi, Luis Monti - qui a disputé la finale 1930 avec... l'Argentine - ou encore Enrique Guaita, les "Oriundi", descendants d'émigrés italiens. L'Italie avait banni les étrangers de son championnat en 1926, via la charte de Viareggio, elle a trouvé une raison d'assouplir la règle. Guaita inscrira le seul but de la demi-finale face à l'Autriche (1-0), Orsi égalisera en finale face à la Tchécoslovaquie (2-1, ap). "S'ils peuvent mourir pour l'Italie, ils peuvent aussi jouer pour l'Italie", justifie Pozzo.

Le 12e, 13e et 14e homme

Le 27 mai, jour de l'ouverture de la compétition, jour également des huitièmes de finale qui se jouent au même moment aux quatre coins du pays, il est difficile de désigner un favori absolu, en l'absence des Uruguayens. Sinon l'Autriche et sa Wunderteam. L'Italie est à ranger dans la catégorie des outsiders.

Onze hommes sur le terrain. Un douzième en tribunes. Et un treizième, Benito Mussolini, qui va consacrer le plus clair de son temps à convaincre un quatorzième, vêtu de noir, de ne pas barrer la route ni d'entraver sa conquête. Quoi qu'il en coûte, l'Italie devra aller au bout.

L'Italie n'est pas une équipe bâtie pour jouer au football. Elle est sur le pré pour guerroyer. A cet égard, le quart de finale du Mondial disputé face à l'Espagne en sera l'illustration ultime. Au cœur d'une rencontre brutale, possiblement la plus violente de l'histoire du Mondial, la Squadra Azzurra vient à bout des Ibères. En deux fois. Lors de leur premier affrontement, les deux équipes ne parviennent pas à se départager au terme d'une boucherie, qui va coûter la revanche à onze joueurs (1-1). Sept Espagnols, dont le formidable portier Ricardo Zamora - blessé sur l'égalisation transalpine -, et quatre italiens, dont Mario Pizziolo, jambe brisée, ne sont pas du "replay".

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Le lendemain, l'Italie s'impose 1-0. Tête de Meazza. Même carnage. Le Belge Louis Baert et le Suisse René Mercet, qui officiaient respectivement lors du premier et du second match, ont laissé jouer. Plus que de raison. Et, déjà, des rumeurs volent au-dessus d'une compétition biaisée. A son retour en Suisse, Mercet sera radié. Dans l'Auto, on peut lire : "L'arbitre conduisit les opérations avec une telle désinvolture qu'il paraissait fréquemment être le douzième homme de l'Italie". Bref, ça se voit. Comme le nez au milieu du visage. Mais le pire, c'est qu'on n'a encore rien vu.

Deux jours plus tard, à Milan, l'Italie a rendez-vous avec la Wunderteam autrichienne du non moins formidable Matthias Sindelar. Promis à un avenir tragique, parce qu'il refusera ce que lui imposait son époque, l'avant-centre autrichien est encore le fer de lance d'une équipe d'exception. Monti va s'occuper de son cas. Mussolini, lui, s'est chargé de celui de l'arbitre, un certain Ivan Eklind. Retenez son nom, vous le retrouverez en finale.

Avant le match, Mussolini avait rencontré l'arbitre

Un jour de grande lucidité, Jules Rimet, président de la jeune FIFA et maitre supposé des cérémonies, a eu ces mots : "Durant cette Coupe du monde de football, le vrai président de la fédération internationale de football, c’était Mussolini." Le Duce s'occupe de tout. Surtout des arbitres, qu'il désigne pour les matches de l'Italie.

Italie - Autriche se déroule sous une pluie torrentielle. Le terrain, gorgé d'eau, est plus propice aux basses œuvres qu'aux envolées. Les Italiens vont s'imposer 1-0. Un but de Guaita, entaché d'un hors-jeu. Et avec un penalty oublié, après une faute grossière de Monti sur Sindelar. Et deux ou trois autres aberrations arbitrales, ici et là.

En 1998, Josef Bican avait ouvert la boîte aux souvenirs pour la BBC. "Avant le match, Mussolini avait rencontré l'arbitre suédois. Selon notre entraîneur, Hugo Meisl, ce dernier avait été corrompu et il savait qu'il sifflerait en faveur des Italiens, expliquait l'ancien attaquant autrichien. Sur une action, je me souviens que j'ai adressé un long ballon sur l'aile droite à Cizek. Il courait pour l'attraper, l'arbitre l'a alors renvoyé de la tête et rendu aux Italiens." L'histoire raconte que Ivan Eklind n'a pas seulement rencontré le dictateur italien avant la demie. Il a dîné avec lui, la veille de la rencontre.

Mussolini a aimé la prestation d'Eklind, qui rempilera pour la finale. Du jamais-vu, avant. Et après. Eklind ne décevra pas, une nouvelle fois. Le Suédois est invité en tribune avant le match pour rencontrer le chef d'Etat italien. Cette fois, le couperet passe près des têtes transalpines. Menée au score par la Tchécoslovaquie, tombeuse de l'Allemagne en demie, la Squadra Azzurra devra son premier titre mondial à son abnégation. L'Italie égalise à neuf minutes du terme, par Orsi. Et décroche le titre, grâce à Schiavio en prolongation. Les 50 000 personnes massées dans le Stade du Parti National Fasciste de Rome exultent. Mussolini jubile. Pari réussi. Il Popolo D'Italia, journal créé par Mussolini au début du premier conflit mondial, se réjouira comme il se doit de "l'harmonie, la discipline, l'ordre et le courage" dont ont fait preuve les nouveaux maitres du monde.

Gianpiero Combi, capitaine aux anges, reçoit alors la Victoire Ailée, trophée remis au champion du monde. Mais aussi la Coppa del Duce, six fois plus grande et bien plus lourde que la délicate récompensée imaginée par Abel Lafleur. Plus fasciste, également. Là aussi, Jules Rimet et la FIFA n'ont pas eu voix au chapitre. Ils ont suivi le mouvement, instrumentalisés par un pouvoir autoritaire. C'est la première fois. Pas la dernière.

Le premier sacre mondial de l'Italie portera à jamais le voile du soupçon. Et malgré un triomphe aux Jeux Olympiques de 1936 puis un deuxième sacre, en France, dans des conditions sportives plus apaisées, il restera comme un goût amer de cette ère transalpine.

En 1938, le contexte politique toujours aussi nauséabond de cette fin de décennie, lié à certaines manifestations idéologiques, comme un double salut romain avant le huitième de finale face à la Norvège, pour défier les exilés italiens à Marseille, le port d'un maillot noir face à la France en quart de finale, n'aidera pas à la Squadra Azzurra à s'extirper de l'ombre mussolinienne. Au contraire.

Pas plus que ces mots signés Antal Szabo, gardien de la malheureuse Hongrie, battue en finale 4 buts à 2. "En acceptant d'être battu, j'ai sauvé la vie à onze hommes." Le télégramme de Mussolini était peut-être apocryphe. A Szabo comme à vous, la menace avait pourtant paru bien réelle.

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