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2009, les Galactiques II : Cristiano Ronaldo, accord secret pour jeu de dupes mondial

2009, les Galactiques II : Cristiano Ronaldo, accord secret pour jeu de dupes mondial

Le 04/07/2019 à 08:05Mis à jour Le 06/07/2019 à 12:16

Hazard, Jovic, Mendy, Militao avant Pogba ou Mbappé ? Cet été, le Real Madrid est le grand animateur du mercato. Il y a dix ans, en 2009, la Casa Blanca avait déjà sorti la planche à billets pour remettre le plus grand club du monde sur le devant de la scène. Retour en cinq volets sur le mercato le plus marquant de l’histoire du Real Madrid. Episode 4.

Le mercato est une partie de poker. Où les jetons valent des millions, certes. Mais le principe reste le même. Tromper son monde. Laisser croire. Pour mieux rafler la mise en fin de compte. Si vous avez la meilleure main, ne jouez pas les gros bras. Avec Cristiano Ronaldo en 2009, Florentino Pérez avait une quinte flush royale dès le flop. Mais parce qu’il est passé maître dans l’art de négocier des super deals, le patron madrilène a su rester maître des horloges. Pour imposer son tempo. Et signer presque sans efforts de sa part celui qui deviendra le symbole de son Real triomphant.

"Bien sûr que le club peut payer 94 millions pour moi. Je suis sûr d’en valoir plus". L’avantage avec la star portugaise, c’est qu’il n’y a pas de fioriture. Sur le terrain, où son efficacité létale a fait sa légende, mais aussi derrière les micros où certaines "punchlines" sont déjà passées à la postérité. Le 6 juillet, "dans sa nouvelle maison" dixit Florentino Pérez, c’est floqué du numéro 9 que Cristiano Ronaldo fait ses premiers pas au Santiago-Bernabeu devant 80 000 spectateurs, un record à l’époque. Qui reste encore à l’heure du jour dix ans après.

Ce 6 juillet 2009, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre. Pour le Real, bien sûr. Pour CR7 - alors CR9, respect de la légende Raúl oblige - aussi, lancé à la conquête de quatre autres Ballons d’Or. Mais pour le football en général avec ce duel haletant entre deux mutants : Messi-Ronaldo. Pendant dix ans, la planète football a vécu au rythme de ce mano a mano épique. Qui aurait pu ne jamais exister. Car Ronaldo en légende du club merengue, ce n’était pas forcément dans les plans initiaux de Pérez.

2006 et l’embrouille avec Rooney a ouvert la porte

Par où commencer l’histoire ? Car Ronaldo au Real, c’est le serpent de mer de la décennie 2000. Toujours annoncé ou presque. Jamais arrivé. Jusqu’à cette année 2009. Quand le timing était devenu idéal. La première fois que l’avenir du Portugais a été imaginé loin de Manchester United, c’était en 2006. À 21 ans, celui qui est alors plus feu-follet que machine à stats se lance à la conquête du monde. En Allemagne, c’est un psychodrame qui scelle presque son avenir mancunien.

En quarts de finale de Coupe du monde, face à l’Angleterre, le gamin vient réclamer le carton rouge pour l’autre prodige de MU, Wayne Rooney. Coupable d’avoir marché sur Ricardo Carvalho, l’attaquant anglais voit son compatriote en club débouler à toute vitesse auprès de l’arbitre pour lui demander d’appliquer la sanction la plus sévère possible. L’expression faciale de Rooney dit tout. Le clin d’œil de Ronaldo au banc portugais après coup aussi.

Le coéquipier modèle... Cristiano Ronaldo vient réclamer l'expulsion de Wayne Rooney en 2006 en quarts de finale de la Coupe du monde

Le coéquipier modèle... Cristiano Ronaldo vient réclamer l'expulsion de Wayne Rooney en 2006 en quarts de finale de la Coupe du mondeGetty Images

Les tabloïds se jettent sur l’occasion. Comment imaginer Ronaldo cohabiter avec Rooney après tout ça ? Ils oublient cependant un facteur déterminant : Sir Alex Ferguson. Celui que le Portugais définit souvent son "père footballistique". Après plusieurs coups de téléphone rassurants entre les deux joueurs, Ferguson scelle le problème et remet tout le monde au travail après une simple réunion. L’hypothèse d’un départ est écartée. Temporairement.

" Je préférerais te tirer dessus plutôt que de te laisser aller au Real"

Car, en 2008, c’est une autre limonade. Entretemps, Cristiano Ronaldo a changé de dimension. Oubliez le gamin talentueux, c’est un monstre au sang froid qui porte United sur la saison jusqu’à dominer l’Europe avec ce sacre en C1 qui portera son sceau malgré son tir au but raté dans la séance fatidique face à Chelsea. Le voilà lancé à grande vitesse dans la conquête de son premier Ballon d’Or.

Voilà Sir Alex Ferguson bloqué face à la demande publique du joueur. Il le sait, il ne pourra retenir éternellement son joyau. Mais l’Ecossais est fier. Pas question pour lui de perdre la face. Surtout face au Real qu’il exècre. Dans son autobiographie, le mythique entraîneur explique comment il gère la situation. Avec flegme et autorité. Du Ferguson tout craché. Énervé par l’approche inopinée de Ramon Calderón, alors aux commandes de la Casa Blanca, il convoque son joueur. Est-il disposé à négocier avec le Real pour sa pépite ? "I’d rather shoot you", lui lâche-t-il. Traduction : "Je préférerais te tirer dessus".

Un père footballistique et son fils prodige : Sir Alex Ferguson et Cristiano Ronaldo en février 2008

Un père footballistique et son fils prodige : Sir Alex Ferguson et Cristiano Ronaldo en février 2008Getty Images

L’accord secret de Calderón… qui bloque Pérez

Le message est limpide. Ronaldo ne pourra pas quitter Manchester lors de cet été 2008. Mais les deux hommes concluent un deal officieux : en cas d’offres convenables lors de l’été suivant, Ronaldo pourra quitter United. "La réunion s'est bien passée, lâche l’Ecossais face à la presse le 18 juillet, histoire de calmer l’incendie. Nous avons chacun nos points de vue, nous avons notre position, le joueur la sienne. Je peux dire qu'il sera un joueur de Manchester United la saison prochaine. Il ne sera pas vendu". Pourquoi n’a-t-il pas raccourci ses vacances pour résoudre le problème au plus vite ? "Je n'allais pas interrompre mes vacances pour ça. Je n'ai pas paniqué parce que le joueur est sous contrat. La force et le droit sont du côté de Manchester". Mais les millions sont à Madrid…

Désormais, Ronaldo n’est plus "l’esclave des temps modernes" comme l’avait décrit Sepp Blatter dans une formule qui avait suscité colère et humour pince sans rire de l’autre côté de la Manche. Il partira l’été suivant. Au Real Madrid, évidemment. Mais Ramón Calderón préfère assurer le coup plus que jamais.

Comment ? En signant dans le secret des Dieux dès novembre 2008 trois contrats engageant le club madrilène. Un avec Manchester United, un avec le joueur et un dernier avec l’agent star Jorge Mendes, qui signe là le transfert d’une carrière. Avec le club anglais, c’est la somme de 80 millions de livres qui est fixée mais le coût peut évoluer en fonction du cours de la monnaie anglaise par rapport à l’euro. En juin 2009, c’est ce taux qui fixe le transfert à 94 millions d’euros.

Avec la star portugaise, les détails sont plus limpides : contrat de six ans, salaire de neuf millions annuel, 40% du droit d’image du joueur cédé au club madrilène mais surtout cette clause qui change tout. Une pénalité à hauteur de 30 millions si le club ou la star décident de faire machine arrière. Avec comme date limite le 30 juin 2009.

Cristiano Ronaldo à son arrivée à Madrid

Cristiano Ronaldo à son arrivée à MadridGetty Images

" Pérez pensait qu’il était trop cher, qu’il ne valait pas une telle somme"

Calderón l’a joué fine. Problème, après son scandale de corruption, il doit faire place nette. Et c’est Pérez qui récupère le bébé. Pas forcément à sa plus grande joie. Car, ironie de l’histoire au regard du résultat dix ans plus tard, il n’est pas spécialement fan du joueur et de ses caprices de star. En 2014, Calderón, sans doute un peu jaloux que Pérez ait tiré la couverture à lui, révélait sa vérité autour de ce transfert : "Quand Florentino est redevenu président, il voulait casser les négociations, explique-t-il. Il pensait qu’il était trop cher, qu’il ne valait pas une telle somme".

La clause change cependant tout. Le nouveau boss madrilène est pieds et poings liés alors qu’en coulisses, Zidane pousse davantage sur la piste menant à Franck Ribéry. Mais hors de question de donner trente millions pour ne rien récupérer. Alors, l’espace de cinq mois, il bluffe. Tente de faire croire que rien n’est encore bouclé et que voir le Portugais chez les Merengue n’a rien d’acquis. C’est évidemment l’inverse.

Le jeu de dupes prend fin le 11 juin 2009. Dans un communiqué, Manchester United révèle avoir accepté une offre de 94 millions pour sa star. Venant du Real, évidemment. Au micro de la BBC, c’est même Gordon Brown, Premier ministre anglais, qui se lamente de la décision : "Je crois que les gens vont être tristes de ne plus voir son jeu en Angleterre. […] J’espère que Manchester et le football anglais s’en relèveront d’une manière ou d’une autre, peut-être encore plus fort sur le long terme".

Mais ça, ça ne concerne plus du tout Cristiano Ronaldo. Le voilà joueur du Real Madrid. De quoi combler sa mère qui estimait qu’elle pourrait "mourir tranquille" une fois que son fils avait porté la tunique merengue. C’est chose faite pour une présentation hollywoodienne le 6 juillet. Un Santiago-Bernabéu en délire d’accueillir sa star XXL, le vrai symbole du projet Galactiques 2. Avec cette pointe d’arrogance qui caractérise certains grands champions : "Je suis heureux d’être le joueur le plus cher du monde".

Peu importe les grincheux, Joan Laporta, président du Barça, et Michel Platini, président de l’UEFA, en tête. Ce transfert mirobolant change à jamais la face du Real. Car dix ans plus tard, le Portugais est probablement devenu le plus grand joueur de l’histoire du plus grand club du monde. Le tout avec 16 trophées dont quatre Ligues des champions, quatre Ballons d’Or sous la tunique madrilène et le titre de meilleur buteur de l’histoire du club. Et, dans sa quête de sommets, Ronaldo ne le sait pas encore mais un tout jeune Français s’apprête à devenir son partenaire de crime préféré : Karim Benzema.

Rendez-vous vendredi pour le dernier épisode de notre série d’été sur le mercato XXL du Real Madrid en 2009.

(Visuel de Une : Quentin Guichard)

Le roi Ronaldo découvre sa nouvelle maison le 6 juillet 2009
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