Inutile de mobiliser des experts en lecture labiale. Dimanche dernier, après avoir inscrit un superbe but face à Villarreal, João Félix a tellement bien articulé que chacun a pu comprendre qu'il ne s'agissait pas d'une déclaration d'amour. Le Portugais s'était tourné vers son banc et il a beau être encore jeune, il est aussi suffisamment intelligent pour savoir que ses mots et son geste - le doigt sur la bouche - ne seraient pas interprétés autrement que par une attitude de défi envers son entraîneur, Diego Simeone.
"Officiellement", l'homme qui valait 127 millions d'euros s'était en fait adressé à son coéquipier, Renan Lodi, qui aurait eu le malheur de le chambrer avant le match. Cette version-là a quelque peu tardé à se dégager et, juste après la rencontre, le doute a persisté. El Cholo, lui-même, s'est posé la question. "Lorsque vous lui parlerez, vous pourrez lui poser la question", a-t-il glissé aux journalistes, avant de préciser que tout cela n'avait de toute façon pas de quoi le vexer. Au contraire : "J'adore le fait que les joueurs se rebellent et soient forts. Nous avons besoin de joueurs comme ça."
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Au fond, qu'importe la cible : l'ex-benfiquista a encore exprimé une forme de frustration qui avait déjà pointé le bout de son nez, le 12 décembre dernier, lors du derby face au Real. L'attaquant n'avait pas franchement apprécié d'être remplacé à l'heure de jeu et l'avait fait savoir en s'en prenant aux sièges de la tribune du stade Alfredo-Di-Stéfano. Une preuve que le joueur a du caractère. Et, surtout, qu'il entretient encore une relation difficile avec Diego Simeone.

L'Atlético est redevenu lui-même

Rien de nouveau sous le soleil, mais l'automne dernier avait presque réussi à faire oublier des premiers mois difficiles au cours desquels Félix avait cherché ses marques, tant collectivement que tactiquement, à un poste d'ailier droit qui ne lui convenait pas. Ébouriffant avant l'hiver, l'international portugais incarnait une équipe madrilène devenue plus joueuse que jamais sous les ordres du Cholo. Simeone faisait un pas vers son joueur en lui offrant plus de liberté. João Félix le lui rendait en s'impliquant dans le repli défensif.
Le jeune homme donnait même l'impression d'y prendre goût, reproduisant les mêmes efforts avec sa sélection lors du rassemblement de novembre. "J'ai aimé le voir lors des matches avec l'équipe nationale, confiait alors Diego Simeone, conquis. Pour son travail, son adaptation à ce dont l'équipe avait besoin. Nous savons qu'il a du talent. Avec le Portugal, il a mis de l'engagement, de l'intention et de la volonté, et nous avons également besoin de cela de sa part."

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Oui mais voilà, le naturel a fini par revenir au galop lors des matches où la supériorité des Colchoneros n'était pas assurée. Il a aussi profité d'une série de résultats médiocres pour franchement reprendre ses aises. Face à Chelsea, Félix a passé le plus clair de son temps côté gauche au niveau de la ligne médiane pour fermer le couloir, et n'avait eu qu'une maigre opportunité de frappe. Les concessions donnant-donnant se sont dissipées. Le gouffre entre un joueur attiré par le jeu et la surface et un entraîneur bien plus attaché à la rigueur s'est de nouveau creusé.

Bénéfique pour tous les autres... Mais Félix est-il un joueur comme les autres ?

Simeone ayant plutôt l'habitude d'agir sans états d'âme, il a fait ses choix. Félix avait été titularisé lors de neuf des treize matches de Liga en 2020, il a débuté sur le banc lors de cinq des neuf rencontres de championnat en 2021. La méthode est aussi vieille que le mandat du Cholo à l'Atlético et le poids d'un transfert politique, ainsi que les pressions du super-agent Jorge Mendes, ne pèsent pas suffisamment lourd pour l'influencer. Le Portugais est soumis au même traitement que Thomas Lemar ou Marcos Llorente avant lui. Celui de la patience. Peut-il le supporter ?
João Félix partage un point commun avec Kylian Mbappé et Erling Haaland : il est un jeune homme pressé et c'est la raison pour laquelle il n'est pas certain qu'il soit capable d'accepter ce sort aussi longtemps que tous ceux qui l'ont subi avant lui. Même s'il s'est souvent avéré fructueux.

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Ce n'est pas le joueur qu'il est venu faire oublier à Madrid, à savoir Antoine Griezmann, qui dira le contraire. Les premiers mois de l'international tricolore au contact du technicien argentin furent difficiles, exigeants, frustrants, mais le résultat fut concluant. Le Mâconnais a atteint un niveau auquel peu l'imaginaient lorsqu'il était un joueur de la Real Sociedad. Félix, lui, est d'ores et déjà programmé pour devenir l'un des meilleurs joueurs du monde. Avec toute l'impatience que cela implique.
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