Depuis le début de la saison, l'Europe a découvert que même Lionel Messi pouvait être en méforme. Cet état de fait permanent selon lequel le niveau de l'Argentin était constant dans l'excellence a atteint une date de péremption. Même lors de cette étrange saison sous les ordres de Tata Martino, le 10 n'était pas aussi éteint que par les temps qui courent. Cette apathie s'explique à n'en pas douter par la fin d'été désagréable vécue par le sextuple Ballon d'Or, aux prises avec des dirigeants le retenant au club contre son gré. Pourtant, les raisons de ses difficultés ne sont pas que mentales, elles sont aussi tactiques.

"Le système est nouveau, les coéquipiers sont nouveaux et Messi doit apprendre de cette situation. Il avait énormément de complicité avec Suárez, Rakitic et Alba. De ces trois-là, il n'en reste qu'un. Messi doit se trouver lui-même et trouver de nouvelles complicités, de nouveaux mécanismes", explique Àlex Delmàs, ancien joueur devenu consultant pour plusieurs médias catalans. Pour la première fois depuis des années, le FC Barcelone est moins le Barça de Messi que celui de son entraîneur.

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Messi et Koeman doivent se trouver

Arrivé dans la grande équipe jouant le football le plus lent du continent, Ronald Koeman a tenté de redynamiser le jeu des siens. Si l'augmentation du rythme et les velléités verticales de ce nouveau Barça siéent parfaitement aux prises de balle de Coutinho, aux longs envois téléguidés de Pjanic ou aux appels dans l'espace d'Ansu Fati, il convient assez mal à un Lionel Messi qui n'a plus les jambes d'antan. Problème, si l'équipe adopte un tempo plus à même de satisfaire son capitaine, elle se met à ressembler dangereusement au Barça des années Valverde, les victoires en moins. L'adversaire a le temps de fermer les espaces et Messi se retrouve contraint d'être l'alpha et l'omega des attaques catalanes. À ce stade-là de sa carrière, cela ne lui rend pas service.

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"Je pense qu'on est en train de voir un Messi de moins en moins capable d'aspirer autant de ballons et de prendre en charge autant de facettes du jeu comme il le faisait il y a quelques années. Et au niveau collectif, le Barça est en train d'exiger de Messi qu'il soit le même joueur qu'en 2017, chose impossible. Car si Messi se dépense dans des tâches de construction à 40 mètres des buts, il ne peut pas avoir la même énergie pour terminer les actions", estime pour sa part Albert Blaya, journaliste pour Editorial Puskas. Cela fait maintenant quatre ans que tout entraîneur s'asseyant sur le banc du Camp Nou fait face au même dilemme : à quelle hauteur du terrain situer Messi ?

Griezmann peut aider Messi

Du point de vue théorique, il existe un consensus. Messi doit être trouvé aux abords de la surface adverse. Avec le but en ligne de mire, il est décisif comme personne. Pourtant, le consensus a tendance à voler en éclat au devant de l'incapacité de son équipe à lui faire parvenir le ballon dans des zones avancées. Valverde et Setién en ont fait l'amère expérience. Ils avaient initialement tenté de situer leur meilleur joueur le plus haut possible sur le terrain avant de finir par assister aux décrochages systémiques de Messi, obligé de venir régler lui-même les problèmes de l'équipe à la création.

Lionel Messi and Antoine Griezmann

Crédit: Getty Images

Alors, comment régler ces problèmes ? C'est là qu'Antoine Griezmann rentre en jeu. Dimanche dernier face à Osasuna, Griezman a possiblement disputé son meilleur match sous le maillot blaugrana. Situé au cœur du jeu, derrière Martin Braithwaite, le Français a été le dépositaire des offensives culé. À l'heure de faire progresser l'équipe, tous les bons ballons passaient par ses pieds. Résultat, une fluidité retrouvée à l'heure d'attaquer et un Messi pouvant enfin recevoir la balle dans de bonnes conditions.

Une fois dans le dernier tiers, Griezmann rendait le costume de n°10 à l'Argentin et enfilait les habits d'attaquants, multipliant les appels. "Si tu veux intégrer Messi et Griezmann dans un onze, tu dois faire en sorte que Griezmann puisse participer dans la phase de construction. Il ne peut pas être isolé. Et une fois que l'équipe est installée en camp adverse, c'est Griezmann qui doit occuper une position plus avancée et pas Messi, car Griezmann est un joueur avec des démarquages très bons. Le Barça doit être conscient qu'il doit intégrer Griezmman dans les deux phases", alerte Albert Blaya. Un Griezmann intégré au jeu, permettant ainsi d'absoudre Messi de certaines tâches, prolongeant au passage l'espérance de vie de l'Argentin, Koeman aurait-il trouvé la formule ? N'allons pas si vite en besogne…

On avait oublié Braithwaite

Pour saisir la teneur de la performance d'AG7 face à Osasuna, il faut comprendre l'importance qu'a eue Martin Braithwaite ce jour-là. "La figure de Braithwaite est très importante. Pas pour une question de qualité, mais de profil. C'est ce neuf qui fixe : il est toujours entre les deux centraux et monopolise leur attention. Ça, ça rend meilleurs Messi et Griezmann. Griezmann a deux points forts : la finition et la détection des espaces. Et pour pouvoir détecter les espaces libres, il doit avoir quelqu'un devant qui provoque ces espaces-là", note Àlex Delmàs.

Dépendre de la titularisation de Braithwaite… c'est là que cette animation attirante au premier abord perd de son charme. D'une part, l'ancien du TFC n'a pas le niveau pour être titulaire face à des rivaux prestigieux. D'autre part, confier la pointe au Danois et faire repasser Messi à droite constitue un vrai problème à l'heure de presser.

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"Messi déséquilibre l'équipe. C'est difficile de structurer un pressing avec Messi à droite. Ce n'est pas un grand adepte du pressing et en plus il finit toutes ses actions au centre. Donc quand l'adversaire récupère le ballon, il dispose d'un côté complètement libre par lequel il peut ressortir" développe Àlex Delmàs. Le match de l'autre jour [contre Osasuna ndlr.] ouvre une nouvelle porte pour la cohabitation entre Messi et Griezmann. Je ne vois plus les choses aussi négativement qu'il y a une semaine, mais je crois qu'on se tromperait en disant 'regardez, on a trouvé la formule'". Cette configuration pourra être très utile face à des rivaux inférieurs au Barça. Toutefois, dès que les grands matches arriveront, Messi retrouvera le centre et Griezmann en fera les frais.

La solution idéale n'existe pas

La scénario le plus probable est que Koeman ne trouve pas la pierre philosophale car elle n'existe tout simplement pas. "Chaque fois que Koeman aligne un onze, il demande différentes choses à ses joueurs en fonction de leurs profils. On ne voit jamais un Barça similaire, à l'exception de Frenkie de Jong qui lui a un rôle qui ne change pas. Tous les autres s'adaptent en fonction de là où ils jouent" conclut Albert Blaya. Toute modification dans le onze et tout replacement de joueurs comporte des désagréments intrinsèques.

À droite Messi est heureux mais Dembélé, en progrès, n'a pas sa place. Lorsque Dembélé joue, c'est au tour de Sergiño Dest de manger son pain noir car Koeman préfère aligner Roberto en compagnie du Français. Quand Roberto est aligné, c'est toute la relance du Barça qui est à la peine, forçant Messi à redescendre. Bis repetita. Ronald Koeman fait face à une série interminable de casse-tête. Le technicien néerlandais avance à tâtons, mais au moins, il avance.

Ronald Koeman

Crédit: Getty Images

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