D'habitude, ce sont des questions qui ferment des chapitres, des phrases qui scellent des destins pour toujours et dessinent un héritage bien tangible. D’habitude, on attend la fin ou, en tout cas, le début d’un déclin. C’est tout le paradoxe qui entoure Karim Benzema aujourd’hui : alors qu’il n’a jamais semblé aussi fort qu’à l’orée de ses 33 ans, on veut déjà l’enfermer dans le débat d’après. Celui de sa postérité.
"Pour moi, c'est le meilleur [attaquant français de l’histoire, NDLR]. Il le prouve, il joue au Real Madrid depuis très longtemps, il compte plus de 500 matches, tous les buts... Au final, son palmarès, tout ce qu'il a accompli ici parle pour lui-même. Pour moi c'est le meilleur, oui, c'est très clair". L’hommage est signé Zinédine Zidane, peut-être l’un des mieux placés en France pour aborder la notion d’héritage.
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La sortie médiatique du Z répond à deux besoins : remercier publiquement un joueur, et un homme, qui lui a beaucoup donné récemment. Et l'a beaucoup sauvé. Mais aussi replacer un Benzema parfois tenu à l’écart de ces discussions éternelles, qui font le sel du foot et du sport en général. Sur ce point, Zizou a raison : aborder le sujet sans même mentionner "KB9" serait nier l'immense joueur sur lequel le Real, plus grand club du monde avec tous les travers que cela induit, a pu compter depuis tant d'années.

Sans les Bleus, point de salut ?

Pertinent, il l'est au moment d'égrener la longue litanie des buteurs iconiques made in France : Just Fontaine, Jean-Pierre Papin, Eric Cantona, David Trezeguet, Thierry Henry… Mais c’est justement la grosse limite, quasi rédhibitoire, de la candidature Benzema : sa relation cabossée avec la sélection tricolore.
Avec 27 buts en 81 sélections, l’ancien Lyonnais est loin d’être un étranger pour la sélection tricolore. Il figure même toujours dans le Top 10 historique de ses buteurs. Mieux, sans lui et l’improbable Mamadou Sakho, il n’y a pas de 2014 et donc pas de 2018 tant l’échec brésilien aura été un moyen pour la bande à Deschamps de croire à nouveau en son étoile, sa deuxième en l'occurrence. Sauf que Benzema aura été là au début, mais pas à la fin, quand ça compte.

FOOTBALL 2013 France - Ukraine (Sakho et Benzema)

Crédit: Panoramic

2016, 2018 : tournants majeurs et marquants des Bleus où l'attaquant du Real n’a pas été invité à la fête. Injuste ? Peut-être, chacun se fera sa propre idée. Mais bien réel. Au moment d'ouvrir le grimoire à souvenirs, Benzema n’en fera pas partie. Loin des yeux, loin du cœur. L’histoire est ingrate mais elle est ainsi faite.

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Henry, figure trop imposante

De cette absence découle tout le reste. Encore détenteur du record de buts marqués chez les Bleus, champion du monde 1998, membre spécial de la folle équipe de 2000, buteur en 2006 lors de matches capitaux, sauveur de la nation un soir de novembre 2009, quitte à en récolter des sifflets, Thierry Henry reste une figure tutélaire que Benzema aura bien du mal à atteindre.
Même en limitant le débat à des termes plus favorables à Benzema, c’est-à-dire à l'historique en club, "Titi" est encore devant. Karim Benzema restera sans doute l'un des attaquants les plus marquants de l’histoire du Real Madrid. Mais le Madrilène ne dépassera pas ce statut. Henry, c'est autre chose. Une icône, intouchable. Avec les Gunners, il n'a pas seulement affolé les stats. Il a renversé les stades et conquis les cœurs. Quel autre attaquant peut se targuer d’avoir une statue à son effigie à l'entrée du stade d'une des équipes les plus mythiques d’Angleterre ? Henry était Arsenal. Henry était aussi la Premier League. Il le restera pour toujours.
Benzema est-il le Real Madrid ? Le doute est permis. Dans ses conquêtes XXL, Benzema aura eu l'intelligence suprême d’endosser le costume de super lieutenant plutôt que celui de super-héros. Les titres amassés en Ligue des champions ne portent pas son sceau et son principal fait d'arme solitaire restera cette Liga 2020, acquise à la faveur de ses buts et de son immense talent. Fantastique mais pourtant insuffisant au moment de faire les comptes.

Benzema au Real, plus fort qu'Henry à Arsenal ?

Le débat correspond-t-il seulement à Benzema ?

S'il n'est donc pas le plus grand, peut-il être "le meilleur" comme le prétend Zidane ? Débat technique encore plus vaste mais qui correspond peut-être le plus à la lecture du cas Benzema. Sensation du foot français à ses débuts lyonnais, "KB9" avait un talent intrinsèque hors-norme. Du genre de ceux qui obligent. Mais il a su l'accompagner d’une soif de travail ahurissante, constatée par sa métamorphose physique qui ne lui a rien fait perdre de son élégance et illustrée par un jeu de tête, lacune d'avant devenue arme fatale de maintenant.
Benzema, c’est un peu tout ça. Et même un peu plus. Des propos de ZZ, les plus intéressants ne sont pas forcément les plus tapageurs. "Il a toujours démontré que ce n'est pas un numéro 9 pur, il ne pense pas qu'à marquer, a aussi expliqué le technicien du Real mardi. C'est pour ça qu'il me plaît tant, je l'adore, il n'a pas que les buts en tête. Il intervient dans le jeu, s'il faut faire la passe à un coéquipier il la fera... C'est ce qui me plaît dans son football. Il a les deux côtés (buteur et attaquant complet). Et quand il faut mettre des buts, même quand il ne fait pas un grand match comme ce (mardi) soir, eh bien il met deux buts. C'est ce qu'il est, Karim".
Anachronique, Benzema l'est un peu. Par sa volonté de refuser le diktat des stats et par son choix de mettre son intelligence de jeu au service d’un projet collectif. Anachronique et donc un peu à part dans un débat hautement personnalisé. C’est tout à l'honneur de Benzema. Et c'est même mieux comme ça.

Zinédine Zidane félicite Karim Benzema (Real Madrid)

Crédit: Getty Images

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