Depuis quelques années, on est en droit de se demander si Diego Simeone n'est pas coincé dans une faille spatio-temporelle. À chaque début d'exercice, l'entraîneur de l'Atlético de Madrid tente de mettre en place un football plus protagoniste. On voit ainsi ses joueurs tenter d'attaquer tous ensemble en camp adverse, multiplier les passes, faire preuve de patience. On se dit alors que l'Atlético est enfin sur la bonne voie pour réussir une mue nécessaire dans l'optique de jouer le titre. La Liga est tombée si profondément dans cette caricature où les grandes équipes ont le ballon et les petites passent leur temps à défendre qu'il est impossible pour l'Atlético de jouer le même football que durant la période 2013-2016. Puis octobre arrive et dans ce qui ressemble à un accès d'impatience ou de panique, Simeone finit à tous les coups par rétropédaler au-devant du début de saison raté des siens, l'Atlético étant devenu spécialiste des retards à l'allumage. Retour aux bonnes vieilles méthodes, retour à un football attentiste, retour à des ambitions réalistes.

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La transition a été faite

La présente saison a commencé comme les dernières : une victoire enthousiasmante face à Grenade suivie de deux prestations horripilantes dénuées de buts et de cohérence face à Villarreal et Huesca. Mais contrairement au passé, Simeone a continué à croire à son idée de départ et l'Atlético a enchaîné les succès, devenant au passage l'équipe la plus attrayante du championnat, aussi surprenant que cela puisse paraître. La circulation de balle est fluide, les passes sont progressistes, les joueurs n'ont cesse de varier leurs déplacements. Simeone aurait-il enfin trouvé le bon filon ?

Diego Simeone

Crédit: Getty Images

Depuis le titre de Liga en 2014, l'Atlético est dans une position plutôt étrange. Capitaine du club, Koke l'exemplifiait récemment encore : "nous allons essayer de faire ce que nous demande le club, c'est-à-dire être troisièmes, mais à l'interne, nous avons nos objectifs". L'Atlético se situe dans une espèce de no man's land. Il tente de se mêler à la lutte pour la Liga avant de devoir invariablement déchanter et se dire que finalement, être troisième ce n'est pas si mal : l'objectif a été rempli et finir deuxième constituerait déjà une surperformance tant les effectifs du Real et du Barça sont supérieurs.

Toutefois, il n'est actuellement pas insensé pour les Colchoneros de revoir leurs objectifs à la hausse. Les deux mastodontes du championnat sont à la peine et l'état instable dans lequel ils se trouvent pourrait encore se prolonger. Empêtrés dans un processus de régénération qui avance plus ou moins lentement, le Barça et le Real sont capables du meilleur comme du pire : mercredi, les observateurs pensent que l'entraîneur a trouvé la formule, dimanche, une nouvelle contre-performance les pousse à se dédire. Cette étape douloureuse de la fameuse saison de transition où il avait fallu compenser avec les pertes des trois-quarts du secteur défensif en plus de celles de Griezmann et ("le plus grand défi que nous avons sur ces huit années depuis je suis au club" avait déclaré Simeone à l'époque) l'Atlético l'a terminée l'été passé.

L'ère de la félixité

Symbole de ces temps nouveaux, João Félix vit ses meilleurs jours à Madrid. En plus de l'admiration de ses coéquipiers, il semble enfin avoir été compris par son entraîneur. Durant longtemps on a eu

l'impression que les deux parlaient des langages différents. Simeone reprochait de vive voix au joueur ses errements défensifs tandis que le football créatif de João semblait tout entier maudire les velléités conservatrices de son supérieur. "Sa dynamique avec Simeone est spécialement drôle. Par principes philosophique Simeone désirerait ne pas l'aimer, mais à contrecœur, il ne peut éviter de tomber amoureux de lui" écrivait le journaliste Iñako Díaz-Guerra dans El Mundo. Ayant à présent chacun fait un pas vers l'autre, les deux hommes sont passé de l'incompréhension à la coopération. Dans cet Atlético plus entreprenant qu'à l'accoutumée, João Félix peut s'épanouir. Plus que ça, il multiplie les exhibitions. Les comparaisons avec l'idole locale Futre se font de plus en plus audibles.

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Jamais bien loin du prodige portugais, Luis Suárez constitue l'autre élément de satisfaction de l'automne rojiblanco. En Espagne, tout le monde s'accorde sur un fait : l'Uruguayen terminera la saison avec 20 buts au moins. Avec cinq réalisations en six rencontres, il possède déjà le meilleur ratio parmi les buteurs du championnat. C'est devenu un running gag, à chaque but but d'El Pistolero les journalistes pro Atlético chambrent leurs collègues pro Barça sur la venue de Luis Suárez, dont le prix aura coûté vingt fois moins cher que celui de Griezmann.

En plus de sa contribution sur les feuilles de stats', Suárez apporte une qualité technique dans le jeu qui sied parfaitement à la volonté de Simeone d'avoir la mainmise sur les débats. Externalité positive de cette prise de risque en attaque, l'Atlético brille en défense. Si les Madrilènes perdent le ballon, ils le perdent haut sur le terrain, éprouvent davantage de facilité à presser et s'épargnent ainsi bien des problèmes. L'Atlético n'a encaissé que deux malheureux buts en championnat et à la différence des années passées, il est moins dépendant des miracles à répétition de Saint Oblak.

40 jours pour être fixé

Meilleure défense du championnat, meilleure attaque, joueur le plus en forme, évolution du style de jeu, tout va-t-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ? En réalité, il existe plusieurs ombres au tableau. Malgré un crédit illimité auprès de Simeone, Thomas Lemar n'y arrive pas. Diego Costa a contracté une quatorzième blessure en moins de trois ans. Sául Ñiguez est méconnaissable et c'est à se demander ce qu'il apporte à cette équipe. Grandes satisfactions de la saison passée, les Brésiliens Lodi et Felipe ne sont plus à leur niveau, tandis qu'au poste de latéral droit Trippier devient un joueur stéréotypé à force de multiplier les centres. Sans oublier que dans les bureaux, les dirigeants se frottent sûrement les mains des 50 millions qu'a rapporté la vente de Thomas Partey, qu'importe si l'équipe s'en retrouve affaiblie. Néanmoins, Simeone évite les vagues et maintient son cap. Là où les adversaires sanctionnent les turnovers de Zidane et Koeman, Simeone s'en sort indemne. Ángel Correa et Savic reviennent en grâce, Mario Hermoso n'a jamais été aussi bon et Lucas Torreira donne l'impression d'avoir joué toute sa vie en rouge et blanc.

La question est sur toutes les lèvres, l'Atlético peut-il gagner à nouveau La Liga ? Troisième avec deux matches en moins que la majorité des équipes, il dispose d'une marge d'erreur bienvenue (surtout qu'en vue du match de samedi, Luis Suárez et Torreira seront absents pour cause de covid). Les 40 prochains jours feront office de juge de paix. Les Madrilènes affronteront le Barça, Valence, le Real, la Real Sociedad et Getafe. L'Atlético sera compétitif mais quel visage adoptera-t-il ? Sous pression, Simeone sera-t-il fidèle au style de jeu qui a fait son bonheur depuis la rentrée ? Après tout, les questions de style ça n'a jamais été trop son domaine. "Le meilleur style du monde, c'est de gagner" aime-t-il répéter à l'envi. El Cholo a beau s'adapter, il restera toujours El Cholo.

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