Nantes a ce qu'il mérite

Nantes a ce qu'il mérite
Par Eurosport

Le 24/05/2009 à 13:30Mis à jour

Après sa défaite à Sochaux, Nantes a les deux pieds dans la tombe. Le FCN ne sera donc resté qu'un an en L1 après son retour dans l'élite l'été dernier. Si la relégation de ce monument avait provoqué une certaine émotion en 2007, cette fois, personne ne pleure sur le sort des Canaris.

Il y a deux ans, la relégation du FC Nantes en Ligue 2 avait eu des allures de cataclysme. C'était un géant du football français qui disparaissait de l'élite, qu'il n'avait jamais quittée depuis son accession, 43 ans plus tôt. Pour les Nantais, le choc fut immense. Pour les autres, y compris les ennemis héréditaires des Canaris, il y avait là comme une incongruité. Oui, Nantes allait leur manquer. Bref, la Ligue 1 avait versé sa petite larme. Deux ans plus tard, après une remontée immédiate, le FCN va reprendre l'ascenseur. Et cette fois, franchement, il n'y aura personne pour le plaindre. Pas même les supporters nantais, dont le sentiment aujourd'hui s'apparente plus à de la colère qu'à de la tristesse.

Le mince espoir qui subsistait s'est envolé pour de bon après la défaite à Sochaux (2-1) samedi soir. Nantes est désormais assuré de redescendre en Ligue 2. Ce n'est pas encore une certitude mathématique, puisque si les hommes d'Elie Baup s'imposent 9-0 face à Auxerre et que Caen s'incline par huit buts d'écart dans le même temps contre Bordeaux, Nantes sera sauvé. Ne jouons pas sur les mots, donc. Les Nantais sont condamnés. Une issue logique pour une équipe qui a sidéré ces derniers mois par la pauvreté de son collectif, la lenteur de son jeu, la faiblesse individuelle de ses défenseurs, et l'absence de réaction d'un groupe pourtant dos au mur depuis belle lurette. "Il y a très longtemps que j'ai tiré la sonnette d'alarme", jure Baup. L'entraîneur à la casquette n'a pas dû bien se faire comprendre, car on n'a jamais eu l'impression que les Nantais possédaient l'instinct de survie.

Nantes, qu'as-tu fait de la Jonelière?

Faiblard lors de la première moitié de saison, le promu aux huit titres semblait pourtant capable de s'en sortir en virant à mi-championnat avec 20 points au compteur, juste au-dessus de la ligne de flottaison. Mieux, après 22 journées, Nantes comptait 26 points et pointait au 12e rang. Puis ce fut le trou noir: une seule victoire lors des 15 derniers matches, tous plus affligeants les uns que les autres. "Sur la deuxième partie de saison, on n'avait pas le niveau de la Ligue 1", admet Elie Baup, qui cherche malgré tout des circonstances atténuantes à ses hommes, à moins qu'il ne cherche à se dédouaner du naufrage. "Il y a eu des enchaînements: les six matches de suspension de Bagayoko, beaucoup de blessures, comme ce soir, ce qui a fait que Faty a joué arrière droit. Alonzo s'est blessé, c'est à l'image de la phase retour, avec aussi des attaquants qui se blessent."

Mais le mal est plus profond, plus structurel que ces excuses de circonstances. Nantes, depuis son titre de champion de France en 2001, a fait n'importe quoi. Sur toute la ligne. La première erreur, fatale, fut le limogeage de Raynald Denoueix, six mois après cet ultime sacre. Le président d'alors, de sinistre mémoire, Jean-Luc Gripond, avait par cette seule décision ouvert la boite de Pandore. Nantes, loué pour la stabilité de son banc de touche (cinq entraineurs en 40 ans), devenait un club comme les autres. Il n'a fallu que quelques mois à des dirigeants incompétents pour désincarner un club à l'identité si établie. Depuis le départ de Denoueix, sept entraineurs se sont succédé. Incapable de retenir les erreurs d'un passé pourtant bien récent, le FCN s'est enfoncé, creusant un peu plus chaque fois qu'il semblait toucher le fond.

Le plus grand crime des équipes dirigeantes successives (Gripond, Roussillion, Kita) fut d'avoir laissé de côté la formation. Samedi soir, à Sochaux, sur les 11 titulaires, seuls Frédéric Da Rocha et William Vainqueur étaient des purs produits maisons. Depuis des années, Nantes préfère se planter lamentablement sur le marché des transferts que de favoriser l'éclosion de sa pépinière. A quoi sert la Jonelière? La Pension Mimosa tombe en ruines. Samedi soir, écoeuré devant l'ampleur du gâchis, da Rocha a lancé une interrogation en forme d'accusation: "la formation, elle est où?" a demandé le dernier vestige du titre de 2001. On se le demande, effectivement. Nantes, qui a si longtemps fait envie, ne suscite aujourd'hui que la pitié.

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