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Sio, le bel intérimaire de Sochaux
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Publié 26/04/2013 à 08:54 GMT+2
Il n’a que 24 ans, mais il a déjà évolué dans trois pays et six clubs. La carrière de Giovanni Sio, prêté à Sochaux par le WFL Wolfsburg, où il devrait repartir, est un voyage permanent. Récit.
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Nantes, parti trop vite ?
La question de son départ précoce de Nantes s’invite l’espace d’un instant dans la réflexion de Giovanni Sio. "Peut-être que j’en suis parti trop tôt (Ndlr : à 18 ans). Cela n’a pas été simple, car je suis né vers Nantes et j’ai été formé. Mais avec les dirigeants, nous ne sommes pas tombés d’accord sur le contrat proposé." Stéphane Moreau, qui entraînait l’équipe réserve (CFA), se souvient "d’un joueur avec du talent, mais sans doute un peu victime de son entourage", explique l’ancien professionnel (Nantes, Caen, Laval), et directeur du centre de formation du club mayennais depuis 2009. "A l’époque, il était surclassé, et il avait disputé dix-neuf matches en CFA, alors qu’il venait des moins de 19 ans. On sentait ce potentiel, cette explosivité et ce sens du but. Giovanni a du caractère, mais ce n’est pas un garçon difficile à gérer. Il a une carrière atypique, mais il semble rebondir. Ce qui lui est arrivé lui a mis du plomb dans la tête", assure Moreau. Sio n’a d’ailleurs pas définitivement tiré un trait sur Nantes. "Y revenir un jour ? Pourquoi pas…"
La galère de Saint-Sébastien
Son refus de signer le contrat proposé par Nantes ne lui laisse pas d’autre choix que de s’exiler. Reading, un temps intéressé, préfère abandonner le dossier Sio. "Mon agent de l’époque m’avait dit que les Anglais avaient laissé tomber, mais je n’ai jamais connu le fond de l’histoire J’ai changé d’agent et j’ai réalisé un essai concluant à la Real Sociedad." Les conditions financières proposées par le club basque (pour un contrat de stagiaire) sont jugées recevables par le joueur et son nouvel agent. Sio s’adapte assez vite à son nouveau cadre de vie, et Chris Coleman, l’entraîneur gallois des Txuri-urdin, observe avec un intérêt non feint les performances du Franco-Ivoirien en équipe réserve. "Hélas pour moi, il a été viré, et son successeur, Juanma Lillo, ne me connaissait pas". Sio, qui se contente de trois apparitions en Liga lors de ses deux saisons en Espagne, précipite son départ, après s’être par ailleurs estimé victime de comportements racistes de la part de deux joueurs de l’effectif. "Ce n’était pas tout le temps. Mais il y a eu des paroles, que des coéquipiers sont venus me traduire parce que je ne maîtrisais pas vraiment la langue, des cris de singe pendant les toros… Le coach et le directeur sportif m’avaient dit qu’il y aurait des sanctions. Il ne s’est rien passé. Je ne pouvais plus rester."
La rédemption à Sion
La liste des joueurs qui ont envisagé d’arrêter le football après un échec sportif ou un transfert avorté "vers le club de leur rêve", selon une formule bien rôdée, aurait de quoi remplir un annuaire. Sio assure y avoir pensé. "J’ai songé à tout plaquer, à signer dans un club de CFA, avant de me reprendre." Son essai à Vannes, alors en Ligue 2, ne débouche sur rien. "Je n’avais pas le profil recherché." Conseillé par Christian Karembeu, Sio s’expatrie pour la seconde fois, au FC Sion (Suisse). Où il est d’abord prié d’aller faire ses gammes en équipe réserve. "Je suis allé l’observer, et je n’ai pas tardé à le faire venir avec les pros", se souvient Laurent Roussey, aujourd’hui entraîneur de Lausanne Sports. L’ancien Stéphanois, qui a entendu dans les entrailles du Tourbillon certains avis définitifs sur le comportement du joueur, préfère se forger sa propre opinion. "Des gens racontaient qu’il était difficile à gérer, qu’il avait la grosse tête… J’ai discuté avec lui, de ses points forts, de ses points faibles. J’ai trouvé quelqu’un d’attentif, de volontaire, prêt à travailler dur pour améliorer ses qualités comme la vitesse, explosivité, son pied gauche et son jeu de tête, et atténuer ses défauts, notamment son pied droit. Il était marqué par ce qui s’était passé à Nantes, puis en Espagne." A l’évocation de son séjour de trois ans dans le Valais (21 buts), et ponctué par un transfert estimé entre 6 et 7 millions d’euros à Wolfsburg en janvier 2012 Sio admet avoir sans doute vécu "les meilleurs moments de (sa) carrière". "Laurent Roussey, est un ancien attaquant, et il m’a fait progresser dans mon jeu, car j’étais un peu brouillon, appuie-t-il. J’ai pris conscience que je pouvais aussi marquer."
L’Allemagne se refuse à lui
La réputation de Félix Magath n’est donc pas exagérée. L’ancien milieu de terrain d’Hambourg et de la Mannschaft est catalogué comme un entraîneur adepte d’une discipline quasi militaire et d’un goût immodéré pour les séances dont on ressort lessivé. "J’ai vraiment compris la différence entre la Suisse et l’Allemagne ! Magath est un entraîneur dur, exigeant. Avec lui, les charges de travail sont élevées, parfois trop. J’ai eu une discussion avec lui pour parler de ma situation." Et de cette conversation, Sio apprend que son entraîneur compte sur lui. Mais pas dans l’immédiat. "Il m’a parlé d’un prêt d’Augsbourg, un promu, où j’aurais plus de temps de jeu. Seulement, j’ai vite compris en arrivant là-bas que Markus Weinzierl, l’entraîneur, ne me calculait pas. J’étais affecté, je n’avais plus envie d’aller m’entraîner. En plus, des dirigeants racontaient que j’étais une diva, que je n’acceptais pas la concurrence. C’est faux !" Après s’être contenté de neuf matches entre janvier et mai 2012 à Wolfsburg, Sio n’en dispute que six à Augsbourg. Pour zéro but au total. "J’ai dit stop, et j’ai demandé à être prêté ailleurs."
Sochaux, deuxième rédemption
L’opportunité d’attirer dans le Doubs un joueur que le FCSM suivait "depuis son passage à Sion", dixit Bernard Maraval, en charge de la cellule recrutement s’est vite concrétisée. "J’avais d’autres pistes à l’étranger, mais j’ai vite accepté de rejoindre Sochaux", explique l’attaquant, auteur de trois buts et d’une passe décisive depuis son arrivée fin janvier. "On savait qu’il avait les capacités de s’adapter rapidement à notre jeu. Il s’est vite fondu dans le groupe", reprend Maraval. Sio, que Sabri Lamouchi, le sélectionneur de la Côte d’Ivoire a convoqué pour la première avec les Eléphants pour le match face à la Gambie (3-0, le 23 mars) en qualifications pour la Coupe du Monde 2014 (Ndlr : il est resté sur le banc de touche) devra retourner en Allemagne à l’issue de son prêt sans option d’achat. "Mais je n’ai pas envie de rentrer à Wolfsburg pour faire le nombre." Lié au club de Basse-Saxe jusqu’au 30 juin 2015, Giovanni Sio n’est pourtant pas certain d’y rester. Et Sochaux n'est pas certain de pouvoir le conserver…
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