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Ligue 1 - Nantes - Bordeaux : 5 petites histoires pour une grande rivalité

Nantes - Bordeaux : 5 petites histoires pour une grande rivalité

Le 28/03/2014 à 22:06Mis à jour Le 29/03/2014 à 12:41

Le FC Nantes et les Girondins de Bordeaux adorent se détester. Avant leur 72e duel, retour sur quelques épisodes croustillants et inoubliables de cette rivalité.

1. Nom : Giresse - Taille: 1,63m - Poste : gardien de but

La petite histoire la plus absurde, la plus abracadabrante et peut-être la plus drôle de l'histoire commune entre Nantais et Girondins. Au printemps 1982, Bordeaux rêve encore du titre de champion de France mais une défaite à Lens lors de la 35e journée ruine ses chances. Lors de ce match, Dragan Pantelic, le gardien bordelais, bouscule le juge de touche, M.Koltes. Pour le portier yougoslave, la sanction va être terrible: un an de suspension. Elle tombe deux jours avant la 38e et dernière journée, où Bordeaux doit se déplacer à Nantes. Estimant ce jugement inique, Claude Bez, le bouillantissime président girondin, va prendre une décision spectaculaire : Bordeaux jouera à Marcel-Saupin sans gardien. Ou plutôt sans vrai gardien.

Le patron décide qu'Alain Giresse, capitaine et 163 centimètres sous la toise, officiera devant le filet. Il impose sa décision à son meneur de jeu comme à son entraineur, Aimé Jacquet. Les ordres de Bez ne se discutaient pas. Devant des Nantais médusés et agacés, persuadés que les Bordelais "se foutent de la gueule du monde" selon les dires de leur capitaine Patrice Rio, Giresse s'installe donc dans la cage girondine. Après quatre minutes, il a déjà pris deux buts. Il en prend deux de plus et sort au bout d'une heure d'une farce improbable, remplacé par… Marius Trésor. Nantes s'impose finalement 6-0. La plus large victoire des Canaris face à leur rival historique. Paradoxalement, ce match rocambolesque passe presque inaperçu sur le moment. Le même soir, Saint-Etienne et Monaco se jouent le titre et le 9-2 des Verts face à Metz ne suffit pas à priver l'ASM du titre. Mais au fil du temps, "Gigi dans les buts" a gagné ses galons d'épisode légendaire de la saga bordelo-nantaise.

2. Pauleta, un match pour une place dans la légende

Une première sous un nouveau maillot, ça s'oublie rarement. Mais des premières comme ça, tout le monde s'en souvient. Le joueur lui-même, ses partenaires et peut-être plus encore ses adversaires. Le joueur en question, c'est Pedro Miguel Pauleta. Lorsqu'il signe à Bordeaux en provenance du Deportivo La Corogne à l'été 2000, il a déjà 27 ans mais, en dépit de son statut d'international portugais, il est relativement méconnu en France. Certains rigolent même doucement devant la somme déboursée (80 millions de francs, soit un peu plus de 12 millions d'euros) par les dirigeants aquitains. Ça ne va pas durer. Le 6 septembre 2000, Pauleta, qui débarque avec la lourde responsabilité de remplacer Sylvain Wiltord, parti à Arsenal, dispute donc son premier match avec la tunique au scapulaire, au stade de la Beaujoire, à Nantes. Il claque trois buts et Bordeaux s'impose 5-0. Pauleta ignore tout du rapport particulier entre les deux clubs mais pour les supporters girondins, il aura suffi de ce seul match pour qu'il devienne une légende. Jamais le FCN n'avait subi un tel affront à domicile dans toute son histoire. Paradoxalement, huit mois plus tard, Nantes sera sacré champion de France, son huitième et dernier titre à ce jour.

3. Tusseau et le bonheur gâché de Suaudeau

Pedro Miguel Pauleta lors de sa première saison à Bordeaux.

Pedro Miguel Pauleta lors de sa première saison à Bordeaux.AFP

La première moitié des années 80 marque sans doute l'apogée de la rivalité entre Nantes et Bordeaux. Le FCN est au sommet du football français et les Girondins s'y installent. En 1983, Nantes décroche son 6e titre avec ce que Jean-Claude Suaudeau considère comme la plus belle équipe qui lui ait été donnée de guider. Plus forte encore que celle de 1995. Le FCN finit avec 10 points d'avance (avec la victoire à 2 points). Mais le soir même du sacre, Suaudeau apprend le départ de son arrière gauche international, Thierry Tusseau. Il vient de s'engager avec Bordeaux. Pour le technicien nantais, c'est une déchirure. Il perd un de ses joueurs préférés, un élément important de son dispositif et un joueur qui était là depuis 10 ans.

C'est le début de la fuite des cerveaux pour cette formidable génération 1983. En trois ans, Nantes perdra notamment, après Tusseau, Maxime Bossis (Racing), William Ayache (PSG), Vahid Halilhodzic (PSG), José Touré (Bordeaux) ou Michel Bibard (PSG). Soit la moitié de son équipe. Que des internationaux ou presque. Mais Tusseau restera le plus symbolique. Bordeaux, historiquement, a toujours aimé se servir chez son voisin de l'Atlantique. Mais aucun de ces départs n'a été plus douloureux que celui de Tusseau. Parce qu'il a symbolisé l'irrésistible montée en puissance du Bordeaux de Bez, qui allait remporter trois des quatre titres suivants, tout comme le progressif déclin d'un FCN peu à peu vidé de son sang par une hémorragie impossible à stopper. Tusseau a incarné le début de la saignée.

4. Rolland, Coco et le "grand Nantes"

Au début des années 90, Nantes et Bordeaux touchent le fond. Les Girondins, à l'agonie financière, sont relégués en D2 en 1991. Un an plus tard, le FC Nantes est sur le point de subir le même sort mais sauve sa peau en appel. Les deux géants ont payé leurs frasques. Mais ils vont vite se relever. La purge financière a contraint le FCN à se reposer sur la pépinière de la Jonelière. C'est ce qui pouvait lui arriver de mieux. Quant à Bordeaux, il relève vite la tête, lui aussi et, dès la saison 1992-93, on retrouve Bordeaux (4e) et Nantes (5e) tout près des sommets. La rivalité repart de plus belle, notamment entre les deux entraineurs, Jean-Claude Suaudeau, de retour aux affaires, et le truculent Rolland Courbis. Le second n'aime pas le premier. Rien n'agace plus Courbis que les assertions sur le "jeu à la nantaise", qu'il n'est pas loin de tenir pour une fumisterie. A sa façon, il ne rate pas une occasion d'égratigner Suaudeau.

"Je ne comprends pas pourquoi Rolland est comme ça d'autant que, de mon côté, j'ai beaucoup de respect pour lui", regrette Suaudeau. A l'automne 1993, les deux clubs jouent la Coupe de l'UEFA. Les Canaris chutent d'entrée contre le FC Valence, avant que le club espagnol ne soit désintégré par Karlsruhe (7-0 au retour en Allemagne) au tour suivant. Justement, en huitièmes de finale, Bordeaux se frotte à Karlsruhe‎. Courbis en profite alors pour livrer une saillie dont lui seul a le secret, pleine d'une ironie grinçante qui fait le bonheur de ses fans et donne de l'urticaire aux autres. "Ça ne va pas être facile. Karlsruhe‎ a balayé Valence qui, lui-même, avait sorti le grand Nantes." Du 100% Courbis. Mais Suaudeau aura sa revanche. Plutôt deux fois qu'une. Un mois plus tard, en janvier 1994, Nantes étrille Bordeaux à la Beaujoire (4-1) avant de battre à nouveau les Girondins (1-0) en Coupe de France quelques jours plus tard. Le "grand Nantes" avait frappé.

5. La victoire la plus sinistre de toute l'histoire du FC Nantes

Pour le FC Nantes, gagner à Bordeaux, c'est toujours un évènement. C'est si rare… Depuis le début des années 80, ce n'est arrivé que quatre fois. En 1982-83, puis en 2000-2001, deux saisons où le FCN a remporté le titre. Puis en 2007. La victoire la plus triste de toute l'histoire nantaise. Ce 9 mai 2007, en effet, lors de l'avant-dernière journée de Championnat, les Jaunes l'emportent 1-0 à Chaban-Delmas sur un but de Denis Oliech dans le dernier quart d'heure. Mais en dépit de cette victoire, ils sont officiellement relégués en Ligue 2. Jamais, depuis son accession dans l'élite en 1963, le club des bords de l'Erdre n'avait subi les affres de la descente. Et pourtant, vaincre à Bordeaux aurait dû être si savoureux… Moralité, depuis plus de 30 ans, quand Nantes gagne à Bordeaux, ou il finit champion, ou il descend. Pour mémoire, les Nantais ont gagné à l'aller à Chaban-Delmas cette saison…

2007 : Nantes vainqueur à Bordeaux mais relégué

2007 : Nantes vainqueur à Bordeaux mais relégué

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