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Courbis (MHSC) : "Gourcuff sait très bien que nous ne pouvons pas lui proposer un énorme salaire"

Courbis : "Gourcuff sait très bien que nous ne pouvons pas lui proposer un énorme salaire"

Le 04/08/2015 à 12:23Mis à jour Le 04/08/2015 à 12:27

LIGUE 1 - Dans l'entretien qu'il nous a accordé, le truculent entraîneur de Montpellier continue d'alimenter la rumeur annonçant l'arrivée de Yoann Gourcuff. Et tire la sonnette d'alarme au sujet du championnat de France, qui ne cesse de s'appauvrir.

Yoann Gourcuff était attendu ce lundi à Montpellier pour rencontrer notamment Louis Nicollin, mais le rendez-vous a été annulé. La possibilité de le faire venir existe-t-elle toujours ?

Rolland COURBIS : On attend de trouver une nouvelle date pour le rencontrer, dans les prochains jours j’espère. Il a eu un empêchement lundi. Je ne sais pas s’il jouera à Montpellier cette saison, car il y a d’autres clubs qui souhaitent le faire venir. Nous, nous sommes déjà fiers que Gourcuff soit sensible à notre intérêt.

C’est aussi un joueur qui touchait un gros salaire à Lyon…

R. C. : Oui, mais je crois que ce qui le motive avant tout, c’est le challenge sportif. Il sait très bien que nous ne pouvons pas lui proposer un énorme salaire. Yoann Gourcuff a, je crois, envie de se relancer. Montpellier, qui est un club sympa, peut lui offrir cette opportunité, pour une saison par exemple.

La saison qui va débuter vendredi, avec Lille-Paris-SG (20h45), s’achèvera avec deux ou trois relégations en Ligue 2, puisqu’à ce jour, le litige entre la fédération Française de Football (FFF) et la Ligue de Football Professionnel (LFP) n’a pas encore été tranché…

R. C. : Ah oui, c’est vrai. Parce que le football français n’a rien de plus important à faire que de faire ce genre de réforme ? On pense régler les problèmes avec ça ? Mais honnêtement, c’est risible ! Il n’y a pas des choses plus importantes à faire que de décider si deux ou trois clubs vont descendre en Ligue 2 et si deux ou trois vont monter ? C’est comme si on soignait un cancer en mettant des bouts de sparadrap sur le malade. Nos dirigeants voient-ils que nous sommes en train de nous faire piller ? Déjà, la saison dernière, c’était le cas. Mais là… De nombreux joueurs quittent la France. Ce n’est pas seulement inquiétant et décevant, c’est humiliant.

On pourra toujours atténuer votre propos en vous disant que Di Maria arrive au PSG, que l’OM a fait signer Diaby et Lassana Diarra et que Lyon est sur le point de recruter Valbuena…

R. C. : Ok, mais là, vous parlez du PSG, dont on connaît les moyens, et de deux autres clubs, qui, avec Monaco, et éventuellement Bordeaux et Saint-Etienne, peuvent encore plus ou moins résister. Mais jusqu’à quand ? On ne pourra pas lutter longtemps. En France, quand un joueur touche 100 000 euros par mois, une fois qu’il a payé ses impôts, il lui reste autour de 40 000. Et je ne parle même pas de ce qu’il coûte en charges sociales au club. En Angleterre, pour le même salaire, il touchera après impôts entre 70 000 et 80 000 euros. Je comprends que les joueurs n’hésitent pas ! Avant, il y avait le Droit à l’Image Collective (DIC), qui permettait d’améliorer les rémunérations. Elle a été supprimée (en 2009, ndlr) par un hurluberlu. Puis un jour, un spécimen, en pleine campagne électorale, décide de taxer les revenus supérieurs à 1 million d’euros à hauteur de 75 % ! Et pourquoi pas 90, ou 95 % ! Et les dirigeants du foot français disent "Amen" ! Alors, c’est sûr qu’une réforme sur le nombre des relégations et des accessions, ça va tout changer !

" Si on ne bouge pas, tous les meilleurs vont partir. Et dans deux ou trois ans, la Ligue 1 sera la maternelle de l’Europe, avec une majorité de joueurs de 18-20 ans !"

Envisagez-vous une accélération de ce phénomène d’exil ?

R. C. : Ah oui ! Si on ne bouge pas, tous les meilleurs vont partir. Et dans deux ou trois ans, la Ligue 1 sera la maternelle de l’Europe, avec une majorité de joueurs de 18-20 ans ! Et on connaîtra le nom du champion de France en décembre, et cela sera toujours le même. Le PSG bénéficie des moyens des qatariens, et c’est tant mieux pour lui. Il est parti pour régner un bout de temps. Imaginez que le seul salaire de Di Maria, 11 millions d’euros par an, et sans les charges, c’est en gros le budget du GFC Ajaccio ! Quand on fait les comptes, on comprend vite.

Et Montpellier dans tout ça ?

R. C. : On a terminé à la septième place la saison dernière, en jouant plutôt bien. Je suis content, car on a fait venir Boudebouz et on a réussi à conserver Mounier. Bon, on va essayer de faire un petit peu mieux que la septième place. J’ai une bonne équipe, un bon cadre de travail…

Et un président avec qui vous formez un couple assez atypique…

R. C. : Ouais, mais chacun est à sa place. Nous ne sommes pas O.-K. sur tout, mais on l’est à 90 %. Louis Nicollin, c’est un président qui laisse son entraîneur bosser. Il ne vient pas m’emmerder dans mon boulot de technicien. Et puis, un président qui intervient tout le temps, je n’aimerais pas ça. Mais à la limite, cela ne me dérangerait pas plus que ça si Loulou me demandait de temps en temps des précisions avant ou après un match. Cela dit, comme à chaque fois que je fais une connerie, je le reconnais, ça facilite les choses. Comme quoi je n’ai pas que des défauts !

Rolland Courbis (à droite), l'entraîneur de Montpellier, aux côtés de son président Louis Nicollin.

Rolland Courbis (à droite), l'entraîneur de Montpellier, aux côtés de son président Louis Nicollin.AFP

Votre vie d’entraîneur et de consultant sur RMC semble vous convenir et partie pour durer…

R. C. : Mais quand j’entraîne, je n’ai pas l’impression de travailler, même si parfois, il a des moments pénibles. Le foot est une passion avant tout. Et consultant trois fois par semaine, alors là, j’ai encore moins l’impression de bosser. Je pourrais très bien arrêter d’entraîner. Mais pas d’être consultant.

Vous êtes un des rares acteurs du football français à parler de manière très libre. Vous ne regrettez pas que le milieu soit devenu aussi aseptisé ?

R. C. : Je suis comme je suis et je ne changerai pas. Je peux aussi comprendre la timidité ou la prudence de certains de mes confrères. Parfois, quand je les écoute s’exprimer, et toujours avec sympathie, je bouge la tête de droite à gauche, en pensant que je vois les choses d’une autre façon. Mais ce n’est pas pour ça que j’ai raison…

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