C'est un petit jeu, une musique entêtante qui accompagne désormais chaque affrontement entre Lyon et Marseille. Les deux Olympiques s'envoient des piques par presse interposée quand, sur le terrain, une polémique ne vient pas les aider à s'écharper à coups de communiqués. Bref, l'OM et l'OL se détestent. Voilà plusieurs mois et même quelques années désormais que ça dure.
Pourtant, chaque club a déjà son rival historique : le derby face aux Verts pour l'OL, le choc face au PSG pour l'OM. Mais, en termes de puissance économique, Saint-Etienne, malgré ses progrès spectaculaires depuis 2012, ne joue pas encore dans la même cour que l'OM et le derby est davantage une question de suprématie régionale. Quant à Paris, il n'appartient plus vraiment au commun des mortels de la Ligue 1.
Les chocs face à l'OM restent médiatiquement incontournables, mais la vraie priorité des Parisiens s'est déplacée sur ses printemps européens. Sportivement, dans le haut du tableau, aucune équipe ne ressemble plus à l'OL que l'OM. L'inverse tient aussi la route. Depuis 2006-2007, les deux équipes ont toujours terminé dans les mêmes eaux en Ligue 1. Si on excepte le trou noir marseillais en 2011/2012 (10e), les deux équipes n'ont jamais été distancées de plus de deux places en Ligue 1 au soir de la dernière journée :
Ligue 1
Lyon confirme son rebond
HIER À 20:52
Saisons OMOL
2014/20154e2e
2013/20146e5e
2012/20132e3e
2011/201210e4e
2010/20112e3e
2009/20101er2e
2008/20092e3e
2007/20083e1er
2006/20072e1er

Yoann Gourcuff (OL) et Benjamin Mendy (OM)

Crédit: Panoramic

Mêmes ambitions, mêmes joueurs visés

Mieux, depuis que Lyon n'est plus champion, l'écart moyen est de six points après 38 journées. Soit deux victoires et, potentiellement, le fruit de leurs affrontements en commun. C'est dire la rivalité sportive qui électrise le rendez-vous. C'est d'ailleurs de là que tout part. Si Lyon et Marseille ne se disputaient pas le même pré carré, la deuxième place de Ligue 1 cette année et sans doute encore pour quelques saisons, leur rivalité n'aurait pas le même sel. C'est pour ça aussi, qu'aujourd'hui, ils se disputent les mêmes joueurs. L'objectif est de déstabiliser voire d'affaiblir le concurrent direct. Exemples lors du dernier mercato :
  • Jérémy Morel, en fin de contrat à l'OM, a filé à Lyon
  • Claudio Beauvue, l'une des priorités du recrutement de l'OM en juin, a filé à Lyon
  • Mathieu Valbuena, figure historique de l'OM des années 2000, a filé à Lyon
  • Lyon avait fait de Nicolas Nkoulou son choix numéro 1 pour renforcer sa défense. Jean-Michel Aulas l'a répété durant trois mois. Mais Vincent Labrune en a fait une affaire d'honneur et a préféré prendre le risque de voir le Camerounais partir libre en juin plutôt que de le céder à l'OL.
  • Par la voix de son président, et pour mettre la pression à Anthony Lopes en pleine négociation de contrat, l'OL annonce avoir Steve Mandanda sur les tablettes. Aulas bluffe, mais ne choisit par le gardien de l'OM par hasard.
Pour aller plus loin : N'Koulou, Lacazette, Mandanda : Aulas donne une leçon de communication en 3 déclas
C'est que Vincent Labrune et Jean-Michel Aulas se cherchent et se trouvent bien souvent depuis plusieurs mois. Le boss de l'OL utilise bien souvent son arme désormais favorite : le tweet aiguisé.

Le dossier de Labrune vs. les tweets d'Aulas

En avril, Labrune, lui, a dégainé un dossier d'une dizaine de pages à charge contre JMA compilant toutes ses critiques à l'encontre de l'arbitrage tout en réclamant des "sanctions disciplinaires fortes". En reprenant seize ans de déclarations, Marseille offre un florilège des critiques de JMA à l’encontre des hommes en noir. A commencer par celle-ci, datant de 1999, et que les dirigeants phocéens n’ont apparemment toujours pas digérée :
Les arbitres ne prennent pas totalement leurs responsabilités au Vélodrome et il est évident qu'il faut être une fois et demie plus fort que l'OM pour gagner là-bas.
Sur le terrain aussi, la tension est montée à son comble le 15 mars dernier, après un 0-0 ponctué du but fantôme d'Ocampos. Labrune perd le contrôle :
On prend un point sur six en deux matchs contre l'OL. Aux deux matchs, on a été victimes d'erreurs d'arbitrage. A l'aller, les deux équipes n'ont pas été arbitrées de la même façon.
Aulas dégainera comme souvent un tweet bien senti:
Tout cela vise une déstabilisation de l'adversaire direct en le faisant sortir de ses gonds.

Aulas (OL) et Labrune (OM) s'allument depuis des mois

Crédit: Panoramic

Chacun est un miroir des carences de l'autre

Le nœud du problème, au-delà de la rivalité sportive évidente, reste la jalousie respective qu'entretiennent les deux Olympiques. Lyon n'a jamais goûté à la même popularité de l'OM et ce qui en découle (visibilité dans les médias et potentiel marketing). Malgré ses résultats brillants du XXIe siècle, ses parcours souvent marquants en Ligue des champions n'ont pas soulevé le même enthousiasme que ceux de Marseille dans les années 90. L'OL garde l'image d'un club froid et Gerland ne sera jamais le Vélodrome. Le futur Grand Stade non plus, d'ailleurs.
L'OM, lui, a observé, avec envie, les résultats récents de l'OL. Il peut jalouser la cohérence de la politique sportive des Gones, l'inouï succès de sa formation et la stabilité de sa gouvernance sans remous ou presque. Même si Lyon n'a plus sa couronne depuis 2008, c'est encore lui qui est venu chiper à Marseille la très convoitée place de dauphin du PSG l'an passé. L'OM possède ce que l'OL désire le plus et vice-versa. Chacun est un miroir des carences de l'autre. Forcément, ça irrite.

Un jeu gagnant-gagnant

Cette façon de s'étriper sur la place publique est aussi un moyen de fédérer ses troupes face à un ennemi identifié. L'affrontement médiatique serait presque devenu un jeu qui arrange les deux parties. Car les deux poids lourds du foot français doivent désormais composer avec l'aura nouvelle du PSG qui écrase toute la L1. Comment exister face à un mastodonte qui truste les titres et la lumière qui les accompagne ? Labrune et Aulas ont peut-être trouvé la solution : nourrir une rivalité qui leur permet de s'affranchir de l'ombre du triple champion de France.

Marseille - Lyon

Crédit: AFP

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