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Maxime Lopez, le minot dans le vent

Lopez, le minot dans le vent

Le 03/11/2016 à 22:35Mis à jour Le 04/11/2016 à 20:40

LIGUE 1 - Dans la lumière après son match étincelant face à Bordeaux (0-0), le jeune milieu de terrain olympien de 18 ans, Maxime Lopez, possède tous les atouts pour réussir au plus haut niveau. Zoom sur un joueur "made in Marseille" qui n'a pas fini de faire parler de lui.

"J'ai chassé tout le monde de mon appartement pour bien voir le match. Je ne voulais rien manquer." Serbe Obré, responsable de l'école de foot du FC Burel, n'a pas boudé son plaisir, dimanche soir. Il a croqué à pleines dents dans le savoureux match délivré par son protégé, Maxime Lopez, lors de la rencontre OM-Bordeaux (0-0). "J'ai ressenti des frissons en le voyant devant ces 57 000 personnes au Vélodrome, raconte l'éducateur. Le petit a montré tant de maturité sur le terrain. Il a donné de la voix. Et ses gestes étaient ceux d'un vrai patron. J'ai vraiment été étonné. Mais son papa aussi." Très proche de la famille Lopez, Serge Obré joue depuis 40 ans au foot avec Jean-Yves, le père de Maxime. Les deux hommes ressentent une vraie fierté devant tout le travail accompli. Quand Maxime a commencé à taper dans le ballon, il n'avait que cinq ans. Il a logiquement opté pour le FC Burel. Son grand frère, Julien, jouait déjà pour ce club marseillais, l'un des meilleurs de la cité phocéenne.

Dès ses premiers pas sur un terrain de foot, Maxime Lopez avait quelque chose de différent. "Son premier tournoi m'avait marqué, explique Obré. Il avait un sens inné du déplacement. Il savait se servir des espaces malgré son petit gabarit." Cette petite taille ajoutée à un anniversaire tombant en fin d'année (4 décembre) ont obligé le jeune Lopez à développer des qualités techniques hors-normes. Pour compenser ses manques sur le plan physique, le petit Maxime fait preuve d'une vision du jeu assez bluffante pour son âge. Il devient vite LE joueur à recruter dans le centre de formation de l'OM. "Tout le monde le connaissait", souffle un recruteur de Metz, habitué à sillonner la région provençale. "Son départ à l'OM s'est fait le plus logiquement du monde", note pour sa part Serge Obré, content de ne pas voir s'échapper trop loin une véritable pépite du foot local.

Maxime Lopez (OM)

Maxime Lopez (OM)AFP

Le projet de l'OM

Si Maxime a souhaité rester à Marseille, c'est aussi parce que sa famille représente un point essentiel à son épanouissement. Un projet de vie associé à un plan de carrière bien défini. Arrivé à 14 ans à l'OM dans la peau d'un meneur de jeu, le frêle milieu de terrain va pourtant un peu tarder à exposer tout son talent. "Il jouait n°10 quand on l'a recruté, explique Thierry Rodriguez, l'éducateur olympien le plus proche de Lopez. Ce n'était pas le Maxime aussi fringant qu'aujourd'hui. Il avait une belle technique, une belle vision. Et un bon sens du jeu. Mais il a alterné les bonnes et les moins bonnes périodes pendant deux ou trois ans." Coach des équipes U15 puis U17, Rodriguez a dirigé Lopez pendant trois saisons. "C'est durant sa seconde année en U17 qu'il a vraiment explosé, note son ancien entraîneur qui le faisait aussi jouer dans une position plus reculée de milieu défensif. Il a réussi à acquérir ce petit coup de rein supplémentaire. Et il arrivait à garder son temps d'avance qu'il pouvait s'offrir grâce à sa technique." Il réalise alors une saison exceptionnelle en U17 Nationaux, attisant ainsi les convoitises des plus grands clubs européens.

Alléché par la possibilité de recruter gratuitement un grand espoir du foot français, Liverpool se met vite sur la trace de Maxime. Les dirigeants britanniques invitent toute la famille Lopez à visiter les installations de son centre. Les parents sont réellement impressionnés. Cet accueil dépasse tous leurs espoirs. Et le doute s'installe. Car l'attrait financier est bien réel. Les Reds promettent aux époux Lopez qu'ils ne perdront pas un centime en quittant leur emploi à Marseille pour venir s'installer dans le Nord de l'Angleterre. Mais ce trop grand déracinement ne convient pas à Maxime et ses parents. Le deal est rejeté au profit d'un contrat signé avec l'OM. Pas d'agent autour de cette signature avec un club professionnel. Un membre de la famille Lopez, ancien capitaine du club d'Endoume, accompagné de José Anigo, signe ce premier contrat pro. "Le club avait un vrai projet pour lui, rappelle Rodriguez. Quand son entourage a compris tout cet investissement, le choix s'est imposé de lui-même. Mais Maxime a mis du temps à assumer son nouveau statut. Il avait signé pro et il ne jouait pas en pro. C'était illogique. Et ce n'était donc pas facile de n'évoluer qu'en CFA2."

Maxime Lopez et Bafétimbi Gomis (OM)

Maxime Lopez et Bafétimbi Gomis (OM)AFP

Un sacré caractère

Derrière son visage de poupon, Maxime Lopez cache une forte personnalité. "C'est un sacré caractère", rigole son père. L'ancien joueur du Burel n'hésite pas à s'opposer pour mieux exister. "On se prenait souvent le bec, renchérit Rodriguez. C'était un boudeur, un marroneur (rires). La difficulté, c'était d'arriver à lui donner de la liberté sur le terrain tout en maintenant certaines contraintes. Il n'arrivait pas à faire la transition entre les deux. C'était tout l'un ou tout l'autre. De temps en temps, je l'ai viré de l'entraînement. Il fallait le recadrer. Tout comme Bilal Boutobba. Car ils se permettaient certaines choses. Mais c'était toujours respectueux. Avec Maxime, on se connaissait par coeur car je l'ai eu trois ans. Et ça s'est toujours bien arrangé entre nous."

Ce caractère bien trempé sera essentiel pour affronter les périodes plus délicates de sa carrière. "Il est très bien lancé, souligne encore Rodriguez. Mais il y a un moment où ça va être plus difficile. Il faudra qu'il passe par ces périodes-là. Mais à long terme, il n'y a pas de souci à se faire. Il possède un touché de balle que j'ai rarement vu dans ma carrière d'éducateur. Il peut aller très loin. On est en tout cas très fier de lui. Même si on a pu le faire un peu galérer, on a toujours cru en son potentiel."

Au nom du frère

Sa force mentale, Maxime Lopez l'a aussi puisée à la source des difficultés rencontrées par son frère. Julien voulait lui aussi devenir professionnel. Parti très tôt du cocon familial pour se rendre à Montpellier, l'aîné de la famille (24 ans) n'a encore jamais pu signer ce fameux contrat pro. Aujourd'hui, Julien évolue en National à Consolat, club des quartiers Nord de Marseille. "Cet échec relatif a permis à Maxime de ne pas reproduire les mêmes erreurs, note Thierry Rodriguez. Et de s'accrocher." Maxime écoute beaucoup les conseils de son frère. Et ils dissertent souvent sur les aléas du foot lors de parties de jeux vidéos endiablées. Il faut dire que les deux Lopez habitent ensemble, non loin de la Commanderie. Un point supplémentaire apporté au crédit de Maxime, soucieux de ne pas perdre de temps sur la route pour se rendre à l'entraînement. Car à bientôt 19 ans, il n'a pas encore passé le permis…

Pas besoin de voiture pour se rendre au stade Vélodrome les jours de match. Il prend le bus de l'OM. Pour sa première apparition boulevard Michelet, les coeurs étaient serrés dans la famille Lopez. C'était le 16 octobre dernier contre Metz (1-0). Près de vingt minutes de jeu inoubliables. Tout comme celles disputées à Clermont-Ferrand (1-2) en Coupe de la Ligue lors de sa première titularisation sous le maillot olympien. Rebelote en Ligue 1 face à Bordeaux (0-0). Sa famille était en tribunes. Même sa grande soeur. Hôtesse au Vélodrome les soirs de matchs pour payer ses études, elle pourra maintenant apercevoir plus souvent son jeune frère en jetant des regards vers le terrain. Décidément, l'OM c'est une vraie histoire de famille chez les Lopez…

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